AU FIL DES HOMELIES

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LE TÉMOIGNAGE

1 Jn 5, 1-12 ; Jn 16, 12-15

Vendredi de la septième semaine du temps pascal – C

(16 mai 1986)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

V

ous avez peut-être remarqué avec quelle fré­quence le mot témoignage revient dans les textes que nous venons de lire. Dans l'évan­gile, Jésus termine en parlant de ce témoignage de l'Esprit : "Il Me rendra témoignage" qui se prolonge par le témoignage des disciples, "Vous aussi vous Me rendrez témoignage, vous serez mes témoins." Et là nous sommes dans l'emploi qui nous est familier du mot témoignage. Que nous soyons, nous et l'Église, témoins du Christ, c'est-à-dire que nous manifestions notre foi au Christ, notre appartenance, notre atta­chement au Christ par toute notre vie, par nos paroles éventuellement, et que cela soit en nous l'œuvre de l'Esprit, je dirais : voilà qui nous est relativement fa­milier.

Mais, dans la première épître de saint Jean, le même mot de témoignage prend une profondeur nou­velle et s'applique à un domaine où nous n'aurions peut-être pas eu l'idée de l'utiliser. Il s'agit toujours du témoignage de l'Esprit. "C'est l'Esprit qui rend témoi­gnage", dit saint Jean parce que l'Esprit est la vérité." Et ce témoignage de l'Esprit n'est pas d'abord vu sous l'angle où il se prolonge en témoignage des hommes, mais en tant qu'il est enraciné comme témoignage de Dieu. "Si nous recevons le témoignage des hommes, le témoignage de Dieu est plus grand. Et c'est ce témoi­gnage que Dieu a rendu à son Fils qui consiste en ce que Dieu nous a donné la vie éternelle, et cette vie est dans son Fils et qui a le Fils a la vie. Qui n'a pas le Fils n'a pas la vie." Tel est le témoignage de Dieu.

Autrement, à la racine de ce mystère du té­moignage, il y a d'abord une action de Dieu. C'est Dieu Lui-même qui se rend témoignage, c'est-à-dire qui se manifeste, c'est-à-dire qui proclame, d'une ma­nière irréfutable, indubitable l'essentiel du mystère qu'Il vient d'accomplir, le don de la vie le témoignage de Dieu, Il l'a rendu en envoyant son Fils sur la terre pour nous donner la vie. Et le Fils a témoigné de l'amour de Dieu en venant sur la terre jusqu'à la mort et à la mort de la croix. C'est pourquoi Il est venu par l'eau et par le sang. Par le sang qu'Il a répandu sur la croix, par l'eau qui a coulé de son côté et qui est le symbole de l'Esprit Jésus est venu donner son sang c'est-à-dire son amour pour nous, et ainsi Il témoigne, au nom de Dieu, que l'amour est le plus fort, que l'amour nous est donné sans limites.

Tel est l'enracinement du témoignage Et c'est l'Esprit qui est témoin car cette eau qui coule du côté du Christ c'est le signe de l'Esprit. Cela veut dire que cet amour qui a poussé le Christ à verser son sang pour nous, cet amour est répandu dans nos cœurs par l'Esprit qui nous est donné. Et ainsi, nous portons en nous le témoignage de Dieu. Dieu témoigne qu'Il nous aime et qu'Il nous sauve en répandant son propre amour dans notre cœur. C'est en regardant notre cœur, notre cœur pécheur, et cependant pardonné, notre cœur pauvre et cependant appelé à l'éternité, notre cœur misérable, notre cœur qui n'est qu'une pauvre chose temporaire et qui pourtant est appelé à la gloire, notre cœur qui ne sait pas aimer et qui pourtant dé­borde de l'amour de Dieu, c'est en regardant notre propre cœur que nous y lisons le témoignage que Dieu se rend à Lui-même et qu'Il se rend à Lui-même, à nos propres yeux. Dieu témoigne devant nous. Et c'est pourquoi nous pouvons à notre tour témoigner. Nous témoignons parce que nous savons, nous avons vu dans notre vie, nous avons expérimenté, nous constatons de nos propres yeux l'amour de Dieu.

Peut-être que nous ne sommes pas assez at­tentifs à cet amour de Dieu dans notre vie. Quelque­fois nous avons des doutes, nous sommes pris d'in­quiétude et d'angoisse ou bien nous nous découra­geons, ou bien nous nous méprisons, nous ne nous aimons pas beaucoup, ou bien nous désespérons, dé­sespérons de nous-mêmes, de notre salut, du monde, de l'humanité, nous désespérons de l'histoire. Tout semble aller à vau l'eau et de plus en plus mal. Nous sommes nous-mêmes si médiocres et nous retombons toujours dans les mêmes ornières. Nous n'avons quel­quefois d'attention que pour ce côté négatif de notre propre vie et de tout ce qui nous entoure et de toute l'histoire des hommes. Mais c'est là justement que nous devons acquérir un regard de foi, que nous de­vons lire à travers cette histoire qui est la nôtre et cette histoire des hommes, le témoignage de l'amour de Dieu. Car il est faux de dire que tout va de plus en plus mal, il est faux de dire que nous sommes de plus en plus médiocres, il est faux de dire que nous som­mes découragés de nous-mêmes et des autres. En réalité, si nous savions lire, si nous savions regarder toutes les délicatesses de Dieu, toute cette présence permanente de Dieu dans notre vie et autour de nous, nous serions convaincus de cette tendresse, de cet attachement, de cette attention avec laquelle Dieu nous regarde, nous guide et nous tient en sa main.

Alors nous pourrions témoigner d'expérience, parce que d'abord, nous aurions lu en nous le témoi­gnage de Dieu. C'est cela l'œuvre de l'Esprit : ouvrir nos yeux, ouvrir nos cœurs, nous permettre d'entendre le témoignage de Dieu et ainsi de parler non pas en notre propre nom, mais au nom de ce Dieu qui nous aime, de ce Dieu qui remplit tout ce que nous sommes et qui nous associe à Lui-même, qui met son amour dans notre cœur, pour que nous aimions comme Il nous aime et que nous puissions ainsi dire : oui c'est vrai; l'amour est vainqueur, vainqueur de toutes nos faiblesses, vainqueur de toutes nos détresses, vain­queur de nos épreuves, vainqueur du monde. Oui, "gardez courage" dit encore Jésus-Christ dans ce même entretien avec ses disciples "gardez courage : j'ai vaincu le monde ! "

 

AMEN

 

 

 
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