AU FIL DES HOMELIES

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IL VOUS EST BON QUE JE M'EN AILLE !

1 Jn 5, 1-12 ; Jn 16, 5-15

Vendredi de la septième semaine du temps pascal – A

(1er juin 1990)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

I

l vous est bon que je m'en aille" dit Jésus à ses disciples "parce que si je m'en vais, je vous en­verrai l'Esprit". Ainsi Jésus manifeste que l'Es­prit le remplacera. Ce Jésus avec qui ils ont vécu, qui était proche d'eux et qui va maintenant s'éloigner par sa résurrection et son Ascension auprès du Père, l'Es­prit va le remplacer dans le cœur des disciples, façon­nant en eux la vérité tout entière c'est-à-dire la res­semblance avec le Christ, transformant les disciples en présence du Christ dans le monde.

Ce texte insiste aussi, dans un passage parti­culièrement difficile, sur le rapport de l'Esprit avec le monde. Les disciples seront présence du Christ dans le monde. Quelle est donc cette relation avec le monde qui est celle de l'Esprit au cœur des disciples ? Jésus nous dit : "L'Esprit va condamner le monde, c'est-à-dire dévoiler sa culpabilité en matière de pé­ché, en matière de justice, en matière de jugement." Qu'est-ce à dire ? Tout d'abord l'Esprit va dévoiler le péché du monde car dit Jésus, "ils ne croient pas en Moi !" le péché du monde c'est de ne pas reconnaître la présence de Dieu dans le monde, de ne pas recon­naître la vérité de Jésus-Christ. Et l'Esprit qui nous "conduit à la vérité tout entière" qui fait la vérité en nous, l'Esprit manifeste ce refus de la vérité, le fait que le monde ne croie pas à la présence de Dieu. Le monde se croit seul, le monde se croit autonome, le monde se croit délivré du poids de Dieu, le monde ne comprend pas qu'il est privé de la présence de la lu­mière de Dieu. C'est cela le péché du monde.

"En matière de justice." Ce mot est difficile à comprendre car dans la Bible a une signification par­ticulière qui ne nous est pas familière. Justice signifie la sainteté de Dieu. C'est la sainteté de Dieu qui nous juge, qui se trouve en nous et autour de nous pour faire éclater, à la lumière de sa pureté, notre péché. Condamner le monde en matière de justice, c'est ma­nifester la sainteté de Dieu. C'est donc l'opposé du péché. Il y a d'un côté le monde qui se complaît dans son péché, dans son refus et puis de l'autre côté il y a Dieu, le Christ dans sa sainteté, dans ce que l'Écriture appelle sa "justice". le monde sera confondu en ma­tière de justice "parce que Je vais au Père." Le retour du Christ auprès du Père, sa résurrection et son ascen­sion sont la manifestation qu'Il est venu de Dieu, qu'Il est envoyé de Dieu, que sa mission est sainte, qu'Il est venu pour nous apporter le salut. Si le Christ retourne auprès du Père c'est qu'Il est venu d'auprès du Père. Par conséquent son passage parmi nous est un pas­sage de grâce, passage de salut. Il est venu pour être "la lumière du monde". Il y a donc d'un côté le monde qui s'enferme dans ses ténèbres et de l'autre côté le Christ qui est la lumière.

Et parce qu'il y a comme un choc entre cette lumière du Christ et les ténèbres du monde, entre cette justice, cette sainteté du Christ et ce péché du monde, c'est pour cela qu'il y a jugement. Le jugement c'est la séparation. Littéralement "juger" c'est "séparer", séparer ce qui est mal de ce qui est bien, séparer ce qui est ténèbres de ce qui est lumière séparer ce qui est péché de ce qui est sainteté. Le jugement c'est précisément la condamnation du péché par la lumière de Dieu. "L'Esprit convaincra le monde en matière de jugement le Prince de ce monde est déjà jugé." Le prince de ce monde c'est Satan. C'est lui qui inspire au monde son refus, son refus d'amour. C'est lui donc qui va être foudroyé par la sainteté de Dieu, par la pureté lumineuse du Christ.

Ce monde dont il est ainsi question, qui va être convaincu de péché, qui va être convaincu de la sainteté lumineuse du Christ et qui ainsi sera jugé avec le prince de ce monde, c'est l'univers en tant qu'il se ferme à la transcendance. C'est l'humanité en tant qu'elle se replie sur elle-même. C'est toute la création en tant qu'elle veut être opaque au Créateur. Ce n'est pas le monde au sens de l'univers créé, c'est le monde en tant qu'Il est marqué par le péché de l'homme. C'est pour cela que Jésus a pu dire qu'Il est venu non pour condamner le monde mais pour que le monde soit sauvé. Car ce jugement du monde n'est pas le dernier mot. Au-delà de ce jugement est offert le sa­lut. Si le monde enfermé dans son péché se laisse vaincre par la sainteté lumineuse du Christ, alors il sera sauvé.

Par l'Esprit saint nous sommes chargés de cette conversion du monde, chargés de faire que ce monde qui est en nous et autour de nous cesse de s'en­fermer dans ses ténèbres, dans son refus de Dieu, dans sa négation de l'amour. Nous sommes, avec le Christ, envoyés par Dieu pour être comme Lui semence de salut pour ce monde qui est en nous, d'abord, puis pour ce monde qui nous entoure et qui fait corps avec nous, afin qu'il s'ouvre au Christ pour être sauvé par Lui.

 

AMEN

 

 
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