AU FIL DES HOMELIES

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DÉCIDER DANS L'ESPRIT

1 Jn 5, 1-12 ; Jn 16, 12-15

Vendredi de la septième semaine de Pâques – A

(21 mai 1999)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

N

ous sommes entre le départ et le retour de Jésus. Il est parti, et il annonce qu'il va reve­nir. C'est certain, c'est l'affirmation de ce dernier mot qui nous est laissé par l'évangile, et ce sera la fin de ce monde. C'est plus joli que la fin du monde. C'est la fin de ce monde, tel qu'il est en tant qu'il nous prépare au monde de Dieu, au monde dans lequel nous allons être avec Dieu.

Nous sommes donc certains de son retour et de la coïncidence de son retour avec la fin de ce monde. Mais, nous ne savons pas, et rien ne nous dira quand ? Non pas que Dieu ait voulu nous cacher une sorte de date secrète, qu'il garde dans sa poche, mais si nous savions la fin du monde, imaginez dans quel état serait le monde, et si nous pouvions même en pressentir la venue, vous imaginez comment les hommes de ce monde quasiment fous seraient les uns avec les autres.

De même d'ailleurs que nous ne savons pas l'heure de notre mort, et que si nous savions l'heure de notre mort, nous agirions très différemment, peut-être comme des fous. Si nous savions qu'il nous reste deux ans, trois ans, trente ans, exactement, et que cette date serait inéluctable, nous nous comporterions soit comme des gens les plus généreux, offrant notre vie, ou au contraire comme des gens les plus égoïstes considérant que nous avons si peu à vivre, qu'il faut consacrer le temps à nous. Des romans se sont sou­vent emparés de cette idée de date certaine, et tou­jours pour signifier que les hommes ne peuvent pas tenir dans leur vie en sachant quelle est la date de la fin. C'est pourquoi, Dieu nous préserve en nous ca­chant la date de la fin. Il lui fallait à la fois nous mo­biliser dans notre vie, sans pour autant que nous soyons uniquement attachés à ce monde. Nous som­mes des voyageurs, et nous voyageons.

Nous ne sommes pas encore arrivés ! Nous sommes comme des voyageurs, en ce sens que cette terre n'est pas la nôtre, définitivement, mais nous y marchons, vraiment. C'est pourquoi il nous faut vivre notre vie. C'est la première invitation que Dieu nous lance, et tout autre forme de démission serait non seulement une injure à nous-mêmes, mais une injure à Dieu. Tout autre forme de messianisme qui semble un peu fleurir de-ci, de là, laissant voir dans les signes à venir l'approche de la fin du monde, c'est net, mais ces signes sont toujours les mêmes. Les signes de catastrophes sont malheureusement le pain quotidien de ce monde. Avant la guerre 14, avant la guerre de 100 ans, avant la guerre au Kosovo, nous pouvions penser que ce déchaînement de violence préparait l'avènement final. Malheureusement, ces signes de violence se répètent, s'inscrivent dans la banalité de notre histoire humaine. Ils sont à la fois réellement le signe que ce monde, quand il est retourné sur lui va à sa fin, et en même temps, ils sont le signe avant-cou­reur certain de la fin du monde.

C'est une perspective que nous avons qui n'est pas démissionnante, mais qui est une perspective que nous nous engagions dans notre vie. Il faut vivre avec Dieu, il faut être bien inspiré, c'est le mot qui convient à cette attente de l'Esprit. Il faut être comme on dit souvent, bien inspiré. Il ne faut pas attendre de Dieu comme une sorte de définition de ce que j'ai à faire, mais trouver en nous, ce que nous avons à faire, et sentir que la décision que nous prenons elle est à la fois, totalement la nôtre, et en même temps, inspirée par Dieu, même si nous ne pouvons pas d'emblée le reconnaître comme le don de Dieu, bien que quelques critères nous permettent de le désigner et de le recon­naître comme venant de Dieu quand la décision est bonne. Il ne s'agit pas seulement de choisir entre le mal et le bien, mais il s'agit de l'opportunité de la dé­cision que nous avons à prendre : une chose bien à un moment donné, peut devenir moins bien à un autre moment et ne correspond pas. Et les différents critères qui nous permettent de reconnaître que ces signes nous ont été inspirés, c'est ce qu'on appelle les fruits de l'Esprit Saint, c'est assez simple. Que cette décision soit prise avec une maîtrise de soi, de la douceur, qu'elle nous laisse dans la paix, qu'elle nous rende ouvert aux autres, qu'elle accomplisse ce que nous sommes, et ne rompe pas notre relation avec Dieu. Vous allez me dire que ce n'est pas si simple, c'est vrai d'ailleurs ! Mais, il y a une sorte de reconnais­sance au-dedans de nous, que ce qui nous paraissait inspiré par nous, et non pas venu d'ailleurs, comme un signe évident dans le ciel, était marqué du sceau de Dieu, à l'intérieur, il est là, avec. Cela, c'est l'action de l'Esprit. Et il y aurait, et c'est dans l'ordre de la su­perstition de croire que Dieu écrit, ou va écrire, ou donne un signe comme si le chat qui va traverser la rue de gauche à droite, me donne l'autorisation de ne pas passer mon bac, ou au contraire cette colombe qui franchit l'espace entre deux clochers me permet de croire que je vais rencontrer ma bien-aimée aujour­d'hui à cinq heures et sur la Place des Prêcheurs. Toutes les choses qui nous font rire ont été des choses courantes dans la vie religieuse des hommes et on ne peut plus les entendre comme chrétiens ! Il n'y a pas de signe extérieur, providentiel, de cet ordre-là, en quelque sorte, qui me dirait un message à moi. Mais, il y a un message intérieur, inspiré, au point même que nous avons l'impression que c'est nous-même qui prenons cette décision, qui avançons, mais notre foi consiste à reconnaître que lorsque cette décision a été reconnue comme "bien" au sens propre du terme, comme étant le fruit de l'action de l'Esprit Saint, en moi, c'est-à-dire de moi et de Dieu, sans négliger ni l'un ni l'autre.

 

 

AMEN

 

 
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