AU FIL DES HOMELIES

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L'ESPRIT FAIT L'UNITÉ

1 Jn 5, 1-12 ; Jn 16, 12-15

Vendredi de la septième semaine de Pâques – B

(6 juin 2003)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

P

ardonnez-moi la comparaison, mais ce texte, cet entretien entre le Christ et ses apôtres qu'on appelle la prière sacerdotale, moi, me fait pen­ser à un tableau : la leçon d'anatomie. C'est-à-dire qu'on se trouve devant un corps humain coupé en petits morceaux, pour essayer de comprendre son fonctionnement. Je crois que toute la difficulté de toux ces chapitres chez saint Jean, c'est qu'ils ont une unité, et en même temps, on ne sait pas comment les saisir, on ne sait pas quoi en faire. Un petit peu comme quelqu'un qui a son unité, qui a sa trace. Et puis, avec la difficulté de notre intelligence, nous utilisons notre scalpel et essayer de comprendre ce que tout cela veut dire, et nous faisons une petite inci­sion dans ce texte pour essayer d'y comprendre quel­que chose.

Je crois que comme dans la leçon d'anato­mie, nous prenons des petits morceaux, et à un mo­ment donné, nous nous disons : ça y est, j'ai compris quelque chose. Le problème c'est qu'au moment même où nous avons pensé comprendre quelque chose, cette chose nous échappe. Je crois que c'est vrai pour le fonctionnement du corps humain, je crois que c'est vrai aussi pour ces textes de saint Jean, et je crois que c'est vrai aussi pour la Trinité. On pense qu'en coupant, en prenant le Père, puis le Fils, et après le Saint Esprit, on va réussir à mieux comprendre la manière dont ils fonctionnent l'un avec l'autre.

Et l'on en arrive à saisir quelques petites phra­ses, quelques petites idées qui nous font dire : ça y est, j'ai enfin compris quelque chose, j'ai réussi à capter quelque chose de la vie de Dieu. Et au moment même où on a l'impression d'avoir capté, d'avoir pris quelque chose, cette vie de Dieu nous échappe. Je crois que si on essaie de faire ce petit exercice sur le texte d'aujourd'hui, on va comprendre justement que cette vie de Dieu nous échappe. En effet, dans le texte de saint Jean, à un moment donné le Christ dit : "Quand Il viendra, lui l'Esprit de vérité, Il vous intro­duira dans la vérité tout entière". On a l'impression que le départ du Christ laisse place d'une manière pleine et entière au Saint Esprit, et que par consé­quent, comme certains l'ont dit depuis maintenant des centaines et des centaines d'années, comme il y aurait eu l'âge du Père, c'était l'Ancien Testament, il y aurait ensuite l'âge du Fils, c'est l'annonce de l'évangile, et puis après le départ du Fils, l'âge du Saint Esprit, et nous serions frères et sœurs, en plein âge du Saint Esprit.

Dans ce schéma, pour reprendre aussi une autre image, nous serions comme sur une plage, où au fur et à mesure que les années passent, il y a un limon qui vient se déposer, qui vient cacher le limon précé­dent, quand le Fils viendra cacher ce que fait le Père, comme le Saint Esprit viendra cacher ce qu'a fait le Fils. Nous serions de cette manière dans une religion d'éternel progrès où ce qui arrive nous apporte quel­que chose de plus, de mieux. Je crois que ce qui est flatteur dans ce système, c'est que nous avons affaire à des couches successives d'auto engendrement. Je crois que cela nous plaît. Auto-engendrement, c'est dire que nous ne venons de personne et que c'est nous-mêmes qui nous faisons, comme des grands, tout seuls, de dire que le Fils, Il a réglé ses comptes avec son Père, et que le Saint Esprit prend le relais. Auto-engendrement, une sorte d'autonomie dans les relations de la Trinité, et aussi de ce que nous pensons être nos relations avec les autres et avec Dieu. Et puis bien sûr, arriver à cet esprit d'indépendance, comme si ce que Dieu voudrait nous donner et qui soit cette indépendance.

En fait tout ce travail devant disséquer ce texte a abouti tout simplement à la mort de la vie tri­nitaire. Nous n'avons plus que trois organes dans les­quels la vie ne circule plus, une mort qui se désintègre et j'ai envie de dire devant nos yeux et dans nos mains, et qui nous échappe. Pour reprendre l'image de la plage, les relations entre le Père et le Fils et le Saint Esprit, pour ce qui est du Fils et de l'Esprit, le Fils est celui qui nous montre le Père, une sorte de rayonne­ment du Père que l'on peut voir. Ce que vient faire le Saint Esprit ce n'est pas rajouter une couche de sable sur le Fils, mais c'est au contraire montrer que si le Fils fait un travail extérieur que nous pouvons contempler, ce travail d'extérieur prend sens dans notre vie par la grâce de Dieu qui est ce travail inté­rieur du Saint Esprit, mais on ne peut pas couper les deux. Le rayonnement du Fils ne peut pas exister s'il n'y a pas un travail intérieur, ce baume, cette huile qui pénètre dans notre peau, qui pénètre dans notre foi et qui nous permet justement de découvrir que le Fils est le rayonnement du Père.

Je crois que ce travail de la Sainte Trinité n'est pas de rajouter des couches de limon, mais au contraire le travail du Saint Esprit est de dégager cette plage. Ce qui est toujours très beau sur une plage, c'est comment la mer avec les vagues successives, vient enlever de légères couches de sable pour laisser scintiller les petits morceaux de pierre, les petits crustacés qui se révèlent à notre regard. Je crois que le travail du Fils qui est de révéler le Père, et le travail du Saint Esprit qui est de révéler cette relation extra­ordinaire qu'il y a entre le Père et le Fils, ce travail du Saint Esprit est justement de déblayer en nous, de nous aider à enlever tout ce qui empêche de pénétrer dans notre esprit, notre cœur, afin que nous décou­vrions qu'il est le moteur et l'agent de notre divinité, pour qu'un jour nous aussi nous soyons appelés à vi­vre dans cette intimité de la vie trinitaire.

 

 

AMEN

 

 
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