AU FIL DES HOMELIES

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LA SURPRISE

1 Jn 5, 1-12 ; Jn 16, 12-15

Vendredi de la septième semaine après Pâques – C

(28 mai 2004)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

L

e dernier trimestre, celui de la fête de la Pen­tecôte, celui de la fête de toute l'Église, est le trimestre en général des prévisions. Dans les familles, pour les jeunes, il y a l'échéance certes, des examens, mais on voit toujours plus loin que les exa­mens, on voit toujours plus loin que les vacances, parce qu'on ne peut pas s'arrêter simplement aux va­cances, à ce moment privilégié du repos, de la joie des retrouvailles avec les autres, mais, tout de suite, on a le regard qui se plonge, qui se prolonge vers septem­bre, vers la rentrée.

Je ne veux pas être rabat-joie, mais pour une paroisse, c'est un peu la même chose. Pour une pa­roisse c'est un peu aussi comme le jeune qui attend de se tourner vers son avenir, et une paroisse commence déjà à réfléchir sur ce que sera l'année prochaine, comment on va organiser le catéchisme et l'organisa­tion pastorale. Je trouve que cette fête de la Pentecôte tombe à pic, parce que au moins, dans l'effort pasto­ral, on voudrait toujours garder la maîtrise, on vou­drait toujours avoir les meilleurs plans d'attaque, on voudrait toujours avoir ce qui va marcher à tout coup, on voudrait avoir ce qui va vraiment entraîner une paroisse vers davantage de proximité, vers davantage d'évangélisation, vers davantage de rayonnement, parce qu'on veut garder toujours cette maîtrise, parce qu'on veut avoir les meilleurs plans pastoraux possi­ble, on en veut pas lâcher et suivant nos tempéra­ments, on va tout organiser. C'est quelquefois sans compter les difficultés, le peu de moyens de nos communautés, même si elles sont particulièrement ferventes, riches et dynamiques. Comme on va dé­ployer tout cet activisme, tout notre savoir-faire, on se heurte aussi à ce monde qui est parfois hostile et qui refuse nos meilleurs plans pastoraux, qui refuse nos plus belles idées, nos pus belles propositions. Le ris­que effectivement, quand notre effort de maîtrise, notre effort d'organisation se heurte à une incompré­hension, une indifférence qui, il faut bien le reconnaî­tre aujourd'hui est assez massive, à ce moment-là, le risque, c'est de baisser les bras, c'est l'apathie, et fina­lement, se dire que tout cela ne sert à rien.

La fête de la Pentecôte tombe à pic, parce que c'est la fête de la surprise. Les apôtres n'avaient aucun plan pastoraux. Ils n'avaient pas d'idée de plans sur la comète, pour envisager ce qu'ils allaient faire en sep­tembre. Alors, faut-il faire et comme eux en se disant, on prie, et puis, cela tombera bien tout seul ? Non, il faut s'engager, mais en sachant que tout appartient à Dieu. Cette phrase de Gamaliel devrait être inscrite en lettres d'or sur le fronton de toutes les paroisses : "Si cela vivent de Dieu, cela se maintiendra, si cela ne vient pas Dieu cela s'écroulera".Dans la Pentecôte, dans cette irruption, cette surprise de l'Esprit, cet inattendu de Dieu, il y a cet aspect de "dé-maîtrise". Nous n'avons pas tout dans nos mains, nous n'avons pas tous les attendus dans nos mains, nous n'avons pas toutes les solutions. C'est peut-être une des attitu­des importantes pour éviter de tomber dans la déses­pérance qui fait penser que finalement, cela marchera comme les autres années, ou bien cela ne tournera pas et puis, je m'en désintéresse et je m'en désinvestis. Non, je crois qu'il faut avoir cette attitude qui était celle des apôtres, de Marie, de tous ceux qui atten­daient la venue de l'Esprit, en pensant que c'est Dieu qui a la solution, c'est Dieu qui est le maître de l'im­possible, c'est toute la différence entre des œuvres pour Dieu qui seraient encore notre fait, et les œuvres de Dieu, c'est-à-dire, ce qu'Il souhaite lui-même pour son Église, pour les paroisses, pour chacun d'entre nous.

C'est cela la fête de la Pentecôte, c'est la fête de la surprise. C'est la fête d'un avenir qui n'est pas tracé à l'avance, c'est la fête de toute notre faiblesse, comme une terre assoiffée qui a besoin de cette ondée vivifiante de l'Esprit. A ce moment-là, on entend très bien la première lecture de saint Jean, quand il dit : "Qui est vainqueur du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ?" Qui peut vraiment proposer la foi à notre monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ? Celui qui croit que Jésus est vraiment le maître de l'impossible et que ce qu'il nous a promis, Il est capable de nous le donner.

Je vous partage une des grands consolations du ministère de prêtre, ce sont les recommençants, les catéchumènes, tous ceux qui frappent à la porte, parce que je crois que ce sont des témoins de la surprise. Ils nous sont envoyés par Dieu comme des pépites de surprise. Ce soir, nous aurons une jeune parmi nous, Morgane, qui va rentrer en catéchuménat, qui a pris la décision de s'acheminer vers le baptême, et c'est vraiment la surprise. C'est quelqu'un qui frappe un jour à la porte et qui dit simplement : je désire le baptême. Rien n'avait été prévue, aucun plan, on n'avait pas prévu une structure pour l'accueillir, mais elle frappe et à ce moment-là, l'Église ouvre toute grandes ses portes et accueille la surprise de l'Esprit.

Demandons cet Esprit de surprise qui seul, peut nous entraîner dans les vues de Dieu.

 

AMEN

 

 

 
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