AU FIL DES HOMELIES

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NOTRE VIE VUE DU CIEL

1 Jn 5, 1-12 ; Jn 16, 12-15

Vendredi de la septième semaine de Pâques – A

(9 mai 2008)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

B

eaucoup d'entre nous pensent que la vérité consiste à aligner toute une série d'événements vrais et réels qui ont bien eu lieu. Mais si vous avez fait attention à l'évangile que nous avons entendu, Jésus dit au moment de passer de ce monde à son Père, donc juste avant son arrestation : "J'ai encore beaucoup de choses à vous dire mais vous ne pouvez pas le porter à présent". En d'autres termes, cela veut dire que la vérité ne consiste pas uniquement à aligner tout ce qu'on pourrait appeler des faits bruts, mais à donner un sens. Au cœur même de son discours avant son arrestation, que dit Jésus à ses disciples : il va m'arriver quelque chose et vous ne comprendrez pas ce qui va se passer ! Les disciples ne comprennent pas ce qui se passe lors de la Passion du Christ, événement malheureux, et ils ne comprennent pas plus le Christ ressuscité puisqu'ils croient qu'il doit revenir pour établir la royauté en Israël.

Cela veut dire que non seulement nous sommes capables de mal interpréter des événements négatifs, la mort, la souffrance, etc … mais que nous pouvons même passer à côté de la véritable signification des moments de gloire. On peut comparer le travail de l'Esprit Saint à ce très beau livre qui a été un succès phénoménal en librairie, surtout au moment de Noël, vous avez tous vu et peut-être même acheté pour un cadeau, ce livre de Yan Artus Bertrand : "La terre vue du ciel". Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que bien souvent, notre vie est comparable à une promenade en campagne, nous marchons, nous voyons des champs, nous touchons des arbres, nous rentrons dans des petits chemins qui nous semblent se fermer avec des buissons et des ronces, nous longeons quelquefois des petites rivières dans lesquelles s'amoncellent quantité de déchets, et nous avançons à tâtons. Nous voyons beaucoup de choses mais nous n'arrivons pas à y mettre du sens et certains sont même complètement désespérés. On ne trouve pas de sens à notre vie, on a l'impression que tout est moche, que tout est laid, comme ce petit chemin rempli d'immondices, ou ce petit torrent qui est complètement dénaturé. Le Christ qui monte vers son Père, c'est celui qui va donner sens et élargir notre vision et qui va être l'interprète de ce que nous vivons.

Souvenez-vous de cet épisode du Christ avec les pèlerins d'Emmaüs. Que fait le Christ si ce n'est de leur interpréter les Écritures en ce qui le concerne, et bien sûr, de ce que le Christ fait avec ses apôtres lors des cinquante jours qui le sépare de l'Ascension. Le Christ nous élève et nous permet, pour reprendre le titre de ce livre, qui nous permet de voir la terre vue du ciel, autrement dit, de voir notre vie vue du ciel.

Là, il faut bien l'avouer, elle est plus belle, elle est plus large, le ruisseau rempli d'immondices est un très joli petit parcours sinueux très clair dans la campagne, et peut-être même que le petit chemin au bout duquel nous ne voyions pas de sortie se révèle simple quand on le voit du ciel. Mais le Christ c'est celui qui, certes dans son interprétation permet de voir notre vie du ciel, mais le saint Esprit est celui qui nous ramène au cœur de la terre. C'est le ciel au cœur de la terre. Le Saint Esprit est celui qui pénètre la réalité et le détail. Nous ne sommes pas non plus en train de planer en dehors de nos vies, en disant : tout va bien, alleluia, surtout pas de problèmes !

Il y a cette articulation très importante entre ce que le Christ ressuscité et glorifié nous amène à découvrir dans notre vie, et le travail de l'Esprit Saint. Un peu comme si c'étaient les deux mains de la même personne, chacun faisant son œuvre. Je crois qu'une des plus belles images que nous pourrions justement méditer à partir de ces textes pendant ces derniers jours qui nous séparent de la Pentecôte, c'est l'image de l'aigle. L'aigle n'est pas seulement celui qui a porté Israël à la sortie d'Égypte, l'aigle est cet oiseau qui à la fois survole, a une capacité de voir la situation dans sa globalité, et ce n'est pas pour rien justement que l'évangile selon saint Jean a été interprété comme étant une vision de l'aigle, celui qui est capable de voir de très haut, mais l'aigle est aussi celui qui a la vue tellement perçante qu'il voit les détails. Il faut à la fois avoir une vue d'ensemble, pour ne pas désespérer et croire que le chemin que je prends me mène vers le néant, mais il ne faut pas non plus planer au point d'être hors de la réalité. L'aigle est vraiment cet oiseau qui survole et est en même temps capable de saisir la pointe de la réalité dans son détail.

Frères et sœurs, que cette fin de retraite qui nous amène vers le don de l'Esprit Saint, soit pour nous l'occasion de demander au Seigneur à la fois de pouvoir contempler notre vie vue du ciel et en même temps mettre beaucoup de ciel dans notre vie.

 

 

AMEN

 

 

 
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