AU FIL DES HOMELIES

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L'ASCENSION, NŒUD DU MYSTÈRE DU CHRIST

Dn 7, 9-10+13-14; Jn 17, 1-11 c

Vigiles de l'Ascension – C

(12 mai 1983)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Pourquoi restez-vous à regarder le ciel ?

V

 

ous avez entendu tout à l'heure Saint Epiphane, emporté par le délire de sa joie, nous dire de la fête de l'Ascension qu'elle est la plus grande de toutes les fêtes et qu'elle dépasse en splendeur toutes les autres fêtes de l'année liturgique. Peut-être Saint Epiphane exagère-t-il un petit peu en mettant ainsi l'Ascension au-dessus de Pâques et de Pentecôte, pourtant il est vrai que la fête de l'Ascension occupe une position tout à fait privilégiée dans l'année liturgique, à cause des rapports étroits qu'elle entretient avec l'ensemble des mystères du Christ.

Il y a tout d'abord une corrélation étroite entre l'Ascension et la naissance de Jésus, la fête de Noël. A plusieurs reprises, dans l'évangile, Jésus ne nous dit-il pas : "Je suis sorti du Père et venu dans le monde !" et voilà l'Incarnation, voilà Noël. "Maintenant, je quitte le monde et je retourne au Père !" : c'est ce que nous célébrons aujourd'hui dans la fête de l'Ascension. Effectivement l'Ascension est la clôture de cette vie terrestre du Verbe de Dieu, de ce temps pendant lequel Il est entré et sorti parmi les fils des hommes, comme le dira Pierre au début des Actes des apôtres. L'Ascension c'est donc l'achèvement, la plénitude de cette Incarnation du Christ. En se faisant homme, Jésus a pris une nature humaine intimement jointe à sa nature divine, aussi intimement qu'il est pensable puisque c'est dans l'unité de sa personne de Verbe de Dieu, de Fils de Dieu qu'Il est à la fois Dieu et homme. Nous célébrons dans la fête de l'Ascension la divinisation de cette nature humaine qui, désormais, se trouve à la droite du Père, c'est-à-dire au cœur même de la Trinité, la nature humaine de Jésus, cette nature en tout semblable à notre nature humaine est maintenant, dans le mystère même le plus intime de Dieu.

Si la fête de l'Ascension est ainsi en étroite relation avec le mystère de l'Incarnation et la fête de Noël, elle est aussi en rapport étroit avec la fin du monde, cette parousie, cette venue du Christ dont les anges de l'Ascension parlent explicitement aux apôtres : "Pourquoi restez-vous ainsi à regarder le ciel ? Celui que vous avez vu ainsi monter au ciel, reviendra de la même manière." Et nous l'entendions tout à l'heure dans la prophétie du prophète Daniel, ces nuées qui symboliquement, élèvent le Christ au-delà de notre condition terrestre, de notre histoire, ces nuées seront celles sur lesquelles Il reviendra au dernier pour nous prendre avec Lui. Et là encore, le rapprochement est à double niveau, car si la nature humaine est ainsi exaltée à la droite du Père, si la nature humaine du Christ se trouve au cœur du mystère de la Trinité, c'est comme des prémices, comme nous le chantions tout à l'heure. Il est allé nous préparer une place, Il nous l'a dit Lui-même, pour nous prendre avec Lui. Ce sera cela la venue finale du Christ pour prendre tout l'univers dans ce mystère où Il s'avance aujourd'hui à la tête de toute l'humanité restaurée, transfigurée, divinisée. Oui, tous nous suivrons le Christ et l'univers tout entier avec nous deviendra corps du Christ, pour être avec nous et avec Lui, à la droite du Père, au cœur du mystère même de Dieu. L'Ascension est en rapport plus intime et plus profond encore avec la fête de Pâques. Nous venons de le chanter à l'instant. C'est au moment où Jésus s'avance vers Gethsémani, vers sa Passion et sa mort qu'Il dit : "Père, glorifie-moi de la gloire que j'avais près de Toi. Père, je viens à Toi !" Et Jésus avait dit aussi : "Quand je serai élevé de terre, j'attirerai tout à moi !" Et l'évangéliste nous disait : par ces mots, il désignait la mort dont il devait mourir, cette élévation du Christ sur la croix et en même temps le mystère même de l'Ascension. Car c'est d'un même mouvement que le Christ est hissé sur le gibet de sa mort et de l'infamie et qu'il fait, en quelque sorte éclater les limites du monde, sa croix transperçant le ciel et unissant la terre et le ciel. N'est-ce pas en son sang qu'Il a réconcilié le ciel et la terre ? N'est-ce pas par le sacrifice de sa croix qu'Il a ouvert le paradis qui était fermé depuis le péché d'Adam ? L'Ascension c'est l'achèvement de la Pâque du Christ. Aussi bien cette Pâque a-t-elle trouvé son sceau dans la Résurrection et il n'y a pas entre elles de véritable différence. Cette fête d'aujourd'hui que saint Luc nous a appris à rattacher au quarantième jour après la dernière apparition de Jésus, cette fête de l'Ascension, c'est un aspect même de la Résurrection du Christ.

Si le Christ remonte au Père, ce n'est pas par un mouvement local, un déplacement à travers l'univers. Si le Christ remonte au Père, c'est précisément par sa Résurrection, par cette sortie du tombeau, ce jaillissement dans la chair même du Christ, de la vie nouvelle qui est la vie éternelle, qui est la vie même de Dieu, qui est cette vie divine qui, précisément s'emparant de la nature humaine du Christ, de la chair même du Christ, ne pouvant pas abandonner la chair du Christ aux enfers et à la corruption, l'entraîne dans l'immortalité, dans l'incorruptibilité, dans l'éternité même de Dieu. Pâques, la résurrection du Christ, c'est identiquement le retour du Christ auprès du Père, car par cette image du retour du Christ, comme par l'image de son élévation, de son Ascension, ce que nous voulons manifester c'est que sa nature humaine est désormais dans le plus intime de ses fibres et de sa propre chair, divinisée, transformée en chair de Dieu.

C'est cela le mystère de l'Ascension qui est comme l'une des innombrables facettes de cette Résurrection du Christ. Et c'est pourquoi aussi l'Ascension est aussi étroitement liée au don de l'Esprit car le don de l'Esprit est aussi un autre aspect de la fête de Pâques. La Pentecôte, que saint Luc nous a appris à célébrer tout particulièrement le cinquantième jour après Pâques à cause des manifestations visibles de cet Esprit dans le comportement des apôtres qui se sont mis hardiment à prêcher l'évangile et à fonder l'Église, mais ce don de l'Esprit, il est ouvert à tous, la source de l'Esprit est ouverte depuis que le côté du Christ a été transpercé sur la croix, depuis que le Christ ressuscité a soufflé sur ses apôtres en leur disant : "Recevez l'Esprit Saint", car qu'est-ce que le don de l'Esprit sinon cette divinisation de la chair du Christ qui la rend comme perméable à cet Esprit Saint qui habitait dans les profondeurs de la divinité ? Par sa résurrection, le Christ est don de l'Esprit, source de l'Esprit. L'Ascension, la Pentecôte ne font en réalité qu'un seul mystère avec la Pâque, la Résurrection de Jésus.

C'est pourquoi entre la Pentecôte et l'Ascension il y a encore un lien étroit qui s'est exprimé quand Jésus a dit : "Il vous est bon que je m'en aille, car si je m'en vais, je vous enverrai l'Esprit." L'Esprit Saint c'est celui qui est l'autre Paraclet, l'autre défenseur, l'autre sauveteur, le premier étant Jésus Lui-même. C'est parce que Jésus n'est plus visiblement présent parmi nous, parce qu'Il n'est plus présent à son Église comme Il l'était sur les routes de Palestine que l'Esprit vient en nous, nous transformer en d'autres Christs, pour que, tous ensemble, son Église, nous soyons la présence réelle du Christ continuée jusqu'aux limites de l'histoire, jusqu'aux limites de l'univers. C'est bien ce départ du Christ qui est la contre partie et la cause immédiate de cet envoi de l'Esprit qui va faire que, désormais, c'est nous qui serons le corps du Christ, la présence du Christ.

Vous le voyez, nous sommes au carrefour de tout le mystère de Jésus, au carrefour de toutes les fêtes liturgiques de l'année. Dans l'Ascension du Christ se nouent, comme en une gerbe, tous ces aspects de l'Incarnation, de la Pâque, du don de l'Esprit et de l'attente de la venue de Jésus. C'est tout cela qui remplit notre cœur de joie, d'adoration. C'est tout cela qui fait que, ce soir, l'Église est particulièrement en fête et que l'on peut dire, t que tout le cœur des fêtes, depuis Noël, l'Epiphanie jusqu'à la fin du monde, tout le cœur des fêtes s'assemble autour de l'Ascension pour chanter d'une seule voix, d'une seule harmonie cette merveille que Dieu a voulu écrire dans son Christ Jésus, cette merveille de notre Rédemption, de notre salut, de notre glorification, de notre divinisation, de notre éternel bonheur.

 

AMEN


 
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