AU FIL DES HOMELIES

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ASCENSION PRÉLUDE DE LA PAROUSIE

Jn 17, 1-11 c

Vigiles de l'Ascension – B

(9 mai 1991)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

omme nous le suggérait tout à l'heure saint Epiphane, la fête de l'Ascension a une posi­tion stratégique au centre de l'année liturgi­que. Que la fête de l'Ascension soit l'accomplissement de la Pâque, qu'elle soit la plénitude de la Résurrec­tion, c'est assez évident, qu'elle soit aussi le prélude et l'introduction immédiate à la Pentecôte, c'est bien clair aussi. Plus profondément, l'Ascension fait inclu­sion avec la fête de Noël, avec l'Incarnation. Comme Jésus aime à le dire, Il "est sorti du Père et venu dans le monde", c'est l'Incarnation, "maintenant, Il quitte le monde et retourne au Père !" c'est l'Ascension. Mais cette inclusion appelle une autre inclusion sur laquelle je voudrais réfléchir. C'est la parole des anges dans les Actes des apôtres : "De la même manière que vous avez vu le Christ, s'élever aux Cieux, de la même ma­nière, Il reviendra parmi vous !"

L'Ascension fait un parallèle, une inclusion avec le retour du Christ à la fin des temps et d'une certaine manière, la joie de la fête de l'Ascension est toute pénétrée de cette espérance, de cette attente, de cette imminence du retour du Christ. D'ailleurs ce n'est pas seulement le texte de saint Luc dans les Ac­tes des apôtres qui nous indique cette relation étroite de l'Ascension avec le retour du Christ à la fin des temps, mais aussi la finale de l'évangile de saint Jean. Il nous montre le Christ sur les bords du lac de Tibé­riade, s'en allant avec Pierre. Nous avons l'impression que, au retour de la promenade, Jésus sera de nouveau parmi nous, que ce sera la fin des temps. Et saint Matthieu, de façon encore plus manifeste, nous dit par la bouche même du Christ : "Voici que Je suis avec vous, tous les jours, jusqu'à la fin des siècles !" Pour saint Matthieu, l'Ascension n'est pas le départ du Christ mais sa présence. Il reste avec nous et la fin du monde ne sera que l'éclatement de cette présence.

Cela nous invite effectivement à nous deman­der quel est le sens de ce temps qui sépare l'Ascension de la fin du monde. Quand nous disons que "le Christ a quitté le monde", Il l'a dit Lui-même, nous em­ployons une image. Le Christ n'avait pas quitté le Père pour venir dans le monde. Il ne cesse jamais d'être auprès du Père. Pas davantage Il ne quitte le monde pour retourner auprès du Père, comme si le Père était quelque part ailleurs. Le Christ "se détache" de la manière dont ce monde vit pour transporter son humanité dans la manière divine d'exister. Par l'As­cension, le Christ Ressuscité n'est plus un homme soumis au temps ni à l'usure du temps, soumis à cette dégradation qui est celle de tout notre univers. Par sa résurrection, l'humanité même du Christ trouve dans le sein du Père, dans le sein de la Trinité, cette pléni­tude éternelle, cette plénitude incorruptible qui est celle que le Verbe avait auprès du Père avant que fut le monde. Ce que le Christ, comme Dieu le Fils connaissait auprès du Père de toute éternité, voici que maintenant, il le connaît comme homme. Son huma­nité est absorbée dans la plénitude éternelle de sa di­vinité. De ce fait il prend un certain recul, une cer­taine distance par rapport à notre manière d'être, mais cette distance n'est pas d'ordre géographique, elle n'est pas d'ordre local. C'est une distance qualitative. Le Christ est toujours aussi intensément avec nous. Je dirais même qu'Il est plus intensément présent que jamais parmi nous. Mais nous ne sommes pas encore de taille à le voir tel qu'Il est, à participer à cette existence divinisée de son humanité à laquelle nous sommes appelés, mais dans laquelle nous ne sommes pas encore capables d'entrer.

Au fond, l'absence que nous imaginons, que nous ressentons, l'absence du Christ pendant ce temps de l'Église que nous vivons aujourd'hui, n'est pas une absence réelle. Il est réellement présent non seulement dans l'eucharistie, non seulement dans notre cœur, mais Il est présent partout. Et quand les apôtres le voyaient apparaître, le Christ ne venait pas de quelque part ailleurs pour se transporter au milieu d'eux, mais Il ouvrait leurs yeux à la présence véritable qui était la sienne parmi eux. Les apparitions du Christ n'ont pas seulement pour but de manifester aux apôtres que Jésus est ressuscité, mais aussi de manifester aux apôtres, et à l'Église après eux, que Jésus est réelle­ment présent dans notre monde, même si nous ne le voyons pas. Nous ne le voyons pas parce que nos yeux ne sont pas encore assez affinés pour le voir. Nous ne le voyons pas parce que, même si la foi rem­plit et illumine notre cœur, cette foi n'est pas encore parvenue à son plein épanouissement qui sera la vi­sion quand notre cœur et notre être tout entier, à partir de sa plus grande profondeur, s'ouvrira à cette pré­sence réelle du Christ parmi nous qui nous transfor­mera à son image.

Au fond, ce n'est pas le Christ qui est absent, c'est nous qui sommes psychologiquement absents de sa présence. C'est nous qui sommes encore en-deçà de la plénitude de cette rencontre dont pourtant tous les éléments nous sont donnés. C'est en ce sens que l'As­cension et la Parousie ne font qu'un. Le Christ est déjà aussi réellement là qu'Il le sera au dernier jour. Au dernier jour, il n'y aura pas la venue d'un Christ qui accéderait à notre monde en venant d'ailleurs. Il y aura, tout d'un coup, le surgissement, de l'intérieur même de notre monde, de cette présence du Christ enfin perceptible pour nous lorsque notre monde, en étant transfiguré, en étant transformé, en passant par sa Pâque, deviendra enfin capable de le voir, de l'étreindre, de vivre avec Lui et d'être élevé à sa pré­sence et à la plénitude de la communion avec le Christ.

Alors, quand nous prions, n'imaginons pas que nous nous transportons loin de ce monde, que nous faisons un effort d'élévation de notre cœur, de notre pensée, que nous nous abstrayons de cet univers pour aller quelque part ailleurs à la rencontre de Dieu. Quand nous prions, nos prenons seulement cons­cience, nous essayons de prendre conscience de la réalité de cette présence du Christ qui est là, vraiment, bien plus vraiment que nous ne pouvons l'imaginer, que nous ne pouvons le croire, que nous ne pouvons en avoir le pressentiment.

Oui, le mystère de l'Ascension c'est le mys­tère de cette aspiration que le Christ exerce à l'égard de notre monde pour l'attirer avec Lui jusqu'à la gloire. Le mystère de l'Ascension, c'est le mystère de notre élévation. Nous sommes en cours d'élévation vers la gloire de Dieu où le Christ nous appelle, où le Christ nous précède, où le Christ nous introduit parce qu'Il est à la fois avec le Père et avec nous. Avec nous parce qu'Il est notre Frère en humanité. Avec le Père parce qu'Il est glorifié éternellement.

Vivons cette fête de l'Ascension dans l'allé­gresse car elle est effectivement, comme le disait saint Epiphane, "les délices suprêmes de notre foi, la joie des joies et la fête des fêtes", parce qu'elle est l'an­nonce et déjà la réalité de notre accomplissement.

 

 

AMEN

 

 
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