AU FIL DES HOMELIES

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Vigiles de l'Ascension

(12 mai 1988)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL 

Anzy-le-Duc : Tympan de l'Ascension 

V

ous avez peut-être été choqués ou du moins surpris en entendant saint Epiphane nous dire que l'Ascension est la plus grande de toutes les fêtes. On est tenté de penser qu'il disait cela parce qu'il prêchait le jour de l'Ascension et qu'il parlait pour son affaire. Mais je crois qu'en réalité ce que nous dit saint Epiphane est très profond et très vrai.

L'Ascension est la plus grande de toutes les fêtes d'abord parce que le Christ retourne au Père et que, pour le Christ, il n'y a rien de plus important que de retourner au Père. Nous venons de l'entendre dans l'évangile : "Je ne suis plus dans le monde, eux sont dans le monde, et moi je viens à Toi !" Ce cri du Christ : "Je viens à Toi !" c'est tout le cœur de sa vie, tout le sens de sa mission. Le Fils est pour le Père. Tout au long de sa vie terrestre, Il s'est ressourcé inlassablement, chaque nuit, à chaque instant, dans cette contemplation du Père, dans ce cœur à cœur avec le Père. Vous l'avez remarqué tout au long de l'évangile. Il s'éloignait, Il allait dans la montagne, dans le désert, dans la solitude. Il s'écartait pour retrouver le visage du Père, pour pouvoir s'abîmer dans cet amour infini, dans ce regard du Père qui était toute sa joie, toute sa force. Le Christ retourne auprès du Père, c'est le plus beau jour pour le Christ. C'est le plus beau jour pour nous puisque le Christ est notre bien-aimé, puisque sa joie est notre joie.

       Mais si le Christ retourne auprès du Père, Il n'y retourne pas seul. Au jour de l'Ascension, le Christ retourne auprès du Père comme Fils mais aussi avec sa nature humaine. Cette nature humaine qui est la nôtre, qui est notre nature, qu'Il a prise en naissant de la vierge Marie, cette nature humaine qui le fait si profondément notre frère, attaché à nous par toutes les fibres de sa chair, par toute la réalité de cette humanité. Cette nature humaine est désormais auprès du Père. Quand le Christ dit : "Je viens à Toi !" ce n'est pas seulement "Je reviens auprès de Toi comme j'y étais auparavant" mais "Je viens à Toi avec ce visage d'homme ébloui par cette fête, ébloui par cette joie, par cette lumière que ce visage d'homme n'avait encore jamais contemplé, dont il n'avait jamais été inondé comme Il l'est au jour de l'Ascension".

        Si le Christ retourne auprès du Père, avec sa nature humaine, Il nous attire avec Lui, par cette sorte de contagion qu'il y a entre sa nature humaine et la nôtre. Elle n'est pas séparable de la nôtre car nous sommes ses frères, Il tient à nous autant que nous tenons à Lui. Il est étroitement imbriqué dans notre existence, comme Il est infiniment attiré, polarisé par la lumière du Père. Retourner auprès du Père, entraîné par ce plus grand amour qui fait exulter son cœur, ne l'empêche pas de rester infiniment, profondément lié à nous par le même amour, celui qui est né et qui a grandi en Lui depuis l'instant de son Incarnation. Aussi bien l'Ascension est-elle inséparable du retour du Christ. Ce ne sont pas deux fêtes : son départ et son retour à la fin des temps c'est une seule fête à deux faces. Les Anges de l'Ascension ne se trompent pas, ils disent aux apôtres : "Comme vous le voyez partir, vous le verrez revenir, de la même façon. Ne restez pas là à attendre et à regarder, Il reviendra de la même manière." C'est dire qu'Il est déjà en train de revenir. Le mouvement par lequel le Christ retourne au Père est inséparable du mouvement par lequel Il reviendra nous chercher. Nous chercher pour nous conduire nous aussi au Père pour que s'achève, dans la joie du Père, cette plénitude du Christ qui, désormais, de peut plus être tout à fait Lui-même sans nous, car nous faisons partie de Lui. Nous sommes les membres de son corps, nous sommes la chair de sa chair. Nous faisons partie intégrante, intime de ce qu'Il est.

       Et alors, vous le voyez, l'Ascension complétée en quelque sorte par ce retour du Christ qui en est la face alternative, l'Ascension et le retour du Christ c'est le Christ comblant toute chose, remplissant l'univers. Le Christ, Dieu et homme, le Fils ayant pris une chair d'homme, une nature d'homme, ce Fils qui, pendant sa vie sur la terre jusqu'à sa mort et sa résurrection n'a été qu'un homme parmi les autres, voilà que maintenant, Il remplit le ciel. C'est cela l'Ascension : cet homme remplit le ciel, et à son retour, Il remplira la terre, Il remplira l'univers. Parce que, à ce moment-là, il apparaîtra à l'évidence qu'Il n'est pas seulement un homme parmi les autres, mais qu'Il est le centre, l'axe et le regroupement de tous les hommes et que nous ne faisons qu'un avec Lui. Et quand Il reviendra Il nous rassemblera en un seul corps, et cet unique corps du Christ sera, pour toujours, en face du Père, jouissant de ce bonheur infini d'être aimé par le Père, de voir ce regard du Père se poser sur Lui et de pouvoir répondre à ce regard par un même regard.

       Oui, tous nous serons dans ce regard du Christ et nous y sommes déjà. C'est pourquoi cette fête est déjà notre retour auprès du Père parce que l'Ascension du Christ que nous célébrons aujourd'hui c'est le commencement de son retour parmi nous. C'est déjà le commencement de notre unité avec le Christ, le commencement de notre montée au ciel, le commencement de la plénitude de l'univers, de la plénitude de l'humanité, de la plénitude de chacun d'entre nous.

       Alors en un sens, oui, c'est la plus grande fête. Et l'on pourrait dire que la résurrection du Christ n'est que le prélude de l'Ascension, et la Pentecôte que, bizarrement, saint Epiphane cite avant l'Ascension, est effectivement la fête de l'entre-deux la fête de ce temps de l'Église pendant lequel se prépare notre ascension définitive, qui sera bien le comble de toutes les fêtes, de toute joie et de toute gloire.

       AMEN


 

 
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