AU FIL DES HOMELIES

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L'ANCIENNE ALLIANCE

Jn 19, 23-37

Vigiles du sixième dimanche de Pâques – A

(24 mai 1981)

Homélie de Frère Michel MORIN

Liège : Saint Denis - Christ en croix

J

 

e voudrais quelques instants, méditer avec vous sur trois des quatre citations que ce texte de l'évangile de Jean nous donne de l'Écriture, c'est-à-dire de l'Ancienne Alliance. "Ils se sont partagé mes habits, ils ont tiré au sort ma tunique". Au lendemain du premier péché, péché originel, lorsque l'homme s'était séparé de Dieu, de la clarté, de l'harmonie avec Dieu, lorsqu'il avait rompu, par le fait même, ses relations avec les autres et avec lui-même, Dieu l'avait revêtu d'un vêtement. Dieu lui avait fait une tunique, signe de son péché, signe de sa séparation avec Dieu, signe de ce paradis, de ce royaume que Dieu lui avait donné et qu'il quittait après ce péché.

Et le Christ, Fils de Dieu, se fait chair. Sa divinité revêt la chair humaine, chair de péché, afin qu'il puisse venir sur cette terre qui avait été un paradis mais dont l'homme avait fait un enfer, une terre de mal et de péché. Il était venu pour ouvrir cette porte que Dieu avait fermée sur l'homme pécheur. Il avait revêtu la tunique de notre chair. C'était une tunique sans déchirure, sans couture, d'une seule pièce car elle n'avait pas été brisée, elle n'avait pas été décousue par le péché. La tunique qu'a portée le Christ au moment de sa Passion, cette tunique sans couture était le signe qu'il venait réunifier ce que nous, nous avions déchiré. Or au moment où le Christ, par sa mort, va ouvrir la porte du Royaume, l'homme reprend son bien, l'homme reprend sa tunique, l'homme veut se cacher, une fois encore, devant le visage de Dieu. Il se partage ses vêtements. Il tire au sort sa tunique. Et voilà que l'homme, une fois encore, retient sur lui, cette tunique qui était faite pour le sauver et qui va encore devenir ce qui le cache aux yeux de Dieu. "Pas un de ses os ne sera brisé."

Dans la prophétie d'Ezéchiel, vous connaissez ce très beau texte sur les ossements de la vallée de Josaphat qui gisent là, sans vie, dans les ténèbres de la poussière et de la mort. Et Dieu inspire à Ezéchiel de redire à ces os de se réunifier, de reformer un corps, de redevenir quelque chose de vivant. Dieu annonçait ainsi que ce qui avait été, une fois encore, brisé dans l'homme par son péché, ce qui avait été réduit à la mort, à la poussière et aux ténèbres, un jour, sera réunifié, sera reconstitué en corps vivant, en corps unique. Ce corps, c'est celui du Christ, Fils de Dieu venu dans la chair. Ce corps qui était fait pour rassembler tous les ossements de l'humanité dispersée et les reformer, en un seul corps, par la résurrection de son propre corps. Cette prophétie d'Ezéchiel se réalise, en ce jour de la mort du Christ, car ce que Dieu avait réuni, tous ces os ensemble, l'homme ne pourra pas le briser, l'homme ne pourra pas le casser, l'homme ne rompra aucun des os du Christ, pour bien manifester que le Christ vient, même dans sa mort, pour réunifier ce que nous-mêmes nous ne cessons de diviser et de séparer.

"Ils regarderont Celui qu'ils ont transpercé", cette blessure au côté du Christ, par laquelle a jailli le sang et l'eau. Dans la première lecture, nous entendions ce récit des Actes des apôtres qui abolissaient la circoncision, cette blessure dans la chair de l'homme, signe de l'Alliance que Dieu voulait sceller avec lui d'où jaillissait ce sang, figure d'un autre sang, celui du Christ. Puisque désormais, c'est la chair même du Christ qui est blessée et déchirée, il n'est plus nécessaire que celle de l'homme le soit aussi. Car seule, la blessure et le sang du Christ suffit pour nous racheter, pour sceller entre nous et Dieu l'Alliance nouvelle, l'Alliance éternelle. Et depuis ce jour, toute blessure humaine doit devenir semblable à la blessure du Christ. Nous chantions, tout à l'heure : "Il a illuminé les peuples en les rachetant de son sang !" Il y a, dans cette blessure, qui seule, désormais est nécessaire pour notre salut, il y a dans cette blessure une lumière, une illumination, celle-là même du sang de l'Alliance Nouvelle qui est versé pour que les ténèbres disparaissent de notre cœur et de notre chair.

Ainsi, nous-mêmes, baptisés, plongés dans l'eau du baptême, nous qui recevons le sang qui a coulé de cette blessure, nous qui sommes introduits, dans le corps du Christ par cette blessure, nous n'avons plus besoin de la blessure de la circoncision, signe de la première alliance. Mais toutes nos blessures, nos blessures dans la chair, toutes nos blessures dans l'esprit, pour qu'elles soient vraiment "du Christ", pour qu'elles soient vraiment chrétiennes, doivent également illuminées par la mort du Christ, doivent également rayonner de la mort et de la résurrection du Christ. C'est cela, désormais, le sens de toute souffrance, de toute blessure, de tout sang qui jaillit de la chair d'un baptisé, qu'il soit le Pape ou un petit bébé de quelques mois.

Ce sang de la blessure du Christ nous allons le recevoir dans l'eucharistie. Nous allons regarder vers Celui qu'ils ont transpercé. Cela, pour qu'en recevant ce sang, nous soyons réunifiés en un seul corps, le corps du Christ. Cela aussi, pour que nous laissions définitivement tomber notre tunique de péché.

 

AMEN

 
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