AU FIL DES HOMELIES

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TÉMOIGNER DANS LA DOUCEUR ET LE RESPECT

Ac 8, 5-8+14-17 ; 1 P 3, 13-18 ; Jn 14, 15-21

Sixième dimanche de Pâques

(1er mai 2005???)

Homélie du Frère Yves HABERT

Mont Saint Martin : Apôtres

N

ous avons entendu dans la seconde lecture, la lettre de saint Pierre : "Vous devez toujours être prêts à rendre compte de l'espérance qui est en vous, et faites-le avec douceur et respect". Cette phrase est peut-être passée comme cela, elle n'a peut-être pas suscité de réaction dans notre cœur, mais peut-être aussi a-t-elle opéré cette œuvre de dévoilement de nos craintes, de nos peurs, de nos hésitations devant cet acte de "rendre témoignage".

Je voudrais esquisser avec vous ce matin, une sorte de typologie des différents sentiments qui surviennent dans notre cœur quand on entend "vous devez toujours être prêts à rendre compte de l'espérance qui est en vous". Toute ressemblance avec des sentiments existants ou ayant existé serait purement fortuite ou involontaire. Quand je parle des sentiments qui surgissent dans notre cœur, ce sont les miens, aussi bien que les vôtres, c'est-à-dire que je ne me place pas comme quelqu'un immédiatement prêt à rendre compte de l'espérance qui est en moi.

Premier sentiment, c'est le sentiment de l'apeuré. Je ne suis pas digne, je suis trop timide, je ne vais pas savoir faire. Si jamais je témoigne de ma foi, on risque de me renvoyer à la figure ma propre vie morale. Non, il y a des gens beaucoup plus compétents que moi, et c'est peut-être bien que cela passe par d'autres. Une sorte de protestation d'humilité, qui se mêle d'indignité. Moi, je crois que la mission, l'évangélisation le témoignage nous fortifient, parce qu'ils sollicitent en nous des éléments de réponse, parce qu'ils éveillent en nous des capacités qui sommeillent, parce que tel se rendait compte qu'il était incapable de faire du caté à des collégiens, et qui, lancé, découvre qu'il y éprouve beaucoup de plaisir et beaucoup de bonheur à transmettre sa foi. Répondre parce que cela sollicite en nous des capacités, parce que c'est appel à Dieu dans la prière, parce que cela nécessite une certaine collaboration pour répondre, permet de nous sortir de ce premier sentiment.

Autre type de réaction que l'on pourrait avoir, c'est le réticent. Témoigner de sa foi, c'est très bien, mais j'ai déjà suffisamment de mal à croire moi-même, je crois que c'est indispensable, mais après tout, le fait qu'il y en ait certains qui quittent l'Église, cela opère une sorte de dégraissage et ce n'est peut-être pas plus mal. Ce sont les tièdes qui s'en vont, et là, maintenant, il n'y a plus que les convaincus. C'est peut-être très bien qu'il n'y ait plus que les convaincus. Pourquoi s'embêter à témoigner de notre foi à des gens que cela n'intéresse pas ? Eh bien non ! l'Église n'est pas un club d'habitués, sinon cela ferait deux mille ans qu'elle serait morte. L'Église n'est pas une sorte de club où il fait bon se retrouver mais l'Église elle est faite pour ne pas avoir de murs tout autour d'elle. L'Église est faite pour vivre en plein vent, en pleine situation, face au monde. Quelle nouvelle avons-nous à annoncer ? Ce n'est pas simplement quelque chose qui serait de l'ordre de l'opinion, mais c'est un Dieu qui meurt pour nous sauver, quelque chose qui dure, quelque chose qui donne sens à la vie alors que tellement de personnes crèvent d'angoisse et de non-sens. "Malheur à moi, dit saint Paul, si je n'évangélise pas", parce que ce n'est pas l'autre qui est jugé parce qu'il n'a pas eu accès, mais c'est moi.

Autre réaction : ce serait le sceptique. Le sceptique est un cas un peu particulier. Il se dit : après tout, à quoi ça sert d'évangéliser, de témoigner de sa foi. Les gens sont suffisamment agressés par toutes sortes d'opinions et de points de vue, on ne va pas en rajouter une autre. Et puis, tout se vaut ! Vous voyez que les arguments typiques sont directement tirés de l'Émile ou du Contrat social de Jean-Jacques Rousseau. Tout se vaut n'est pas respect de la vérité, mais mépris de la vérité. Témoigner de sa foi, c'est un service que l'on rend. Ce n'est pas une manière d'agresser l'autre, c'est une manière de proposer sa foi à l'autre.

Voilà trois types. J'aurais pu en décliner d'autres. Trois types de personnes, qui, face à cette exhortation de saint Pierre se disent : ce n'est pas pour moi.

Alors, vient la question des méthodes, puisqu'on a parlé des sentiments qui peuvent jaillir de notre cœur. Quelle méthode adopter, puisque saint Pierre, vous l'avez remarqué, relie cette proposition de la foi à une méthode : avec douceur et avec respect. Tout d'abord, il y a deux manières si on voulait schématiser. Il y a une manière agressive, un peu comme les sectes, une manière provocatrice où un certain nombre de personnes sous l'emprise d'un gourou qui cherchent surtout leur porte-monnaie, créent un climat d'angoisse : il y a très peu de sauvés, il faut remplir le radeau de la Méduse avec les cent quarante quatre mille sauvés, et puis, le temps est compté, et puis, il y a peu de personnes capables de comprendre. Mais l'Église n'est pas une secte. Pour l'Église justement, le salut n'est pas réservé. Le salut doit être proposé à tous, le salut est large comme le cœur de Dieu, rien de moins. Donc, on n'a pas à lire l'Apocalypse comme une horloge, on n'a pas à compter le nombre des sauvés, on a à proposer un salut à tous, avec douceur et respect. Mais d'un autre côté, certains s'enlisant tellement dans les préambules ne finissent que par parler de la pluie et du beau temps, et n'arrivent pas à témoigner de leur foi dans tellement de préambules qu'ils finissent par s'enliser. Je crois qu'il n'y a pas à juger de la méthode, il n'y a pas à comparer une méthode par rapport à une autre, il y a à trouver sa place pour éviter soit le coup de l'épée dans l'eau parce que cette annonce a été comme plaquée, soit au contraire l'enlisement dans tellement de préambules qu'on se demande bien ce que la personne nous veut. Il y a une sorte d'équilibre à trouver, tout en respectant l'appel de chacun. "Avec douceur et respect".

Certains vont m'objecter : c'est un peu dépassé tout cela, parce que j'ai une situation professionnelle qui m'ouvre à de nouveaux horizons, parce que je pense que l'Église a un métro de retard, je crois qu'il faut confier la mission, l'évangélisation, à ceux qui ont fait HEC, les Hautes Etudes du Christianisme. C'est-à-dire qu'il faut passer par la publicité, il faut faire des études de marché, il faut cibler les personnes que l'on souhaite toucher. Il faut présenter quelque chose qui réponde à des critères objectifs de marché, et d'adéquations du produit au marché. Certes, on ne peut pas se passer aujourd'hui d'une annonce qui circule par le Web, qui passe par la télé, la radio, par les journaux. Mais je crois profondément, que le témoignage sera toujours un témoignage d'homme à homme. Je crois que l'évangile réclame cette sorte de proximité. Bien sûr, cela ne nous dispense pas d'être intelligent et de trouver vraiment des moyens, mais je crois aussi qu'il y a quelque chose qui doit se manifester dans la relation personnelle, sinon, il n'y aurait jamais eu de petites sœurs de Jésus pour vivre au cœur des quartiers défavorisés, et pour témoigner de la foi au cœur de ces quartiers. Ce témoignage, ce n'est pas un badge supplémentaire, mais c'est une sorte de nécessité de quelque chose qui est livré avec notre baptême. Il n'y a pas de recettes, il n'y a pas de trucs. Je me souviens dans l'évangile, à un moment les apôtres disent à Jésus : "on voyait Satan tomber comme l'éclair". Et le Christ répond : "Réjouissez-vous plutôt de ce que vos noms sont inscrits dans les cieux". Il n'y a pas de recettes, il y a le témoignage humble de quelqu'un qui vit profondément sa foi, de quelqu'un qui est animé profondément par les sentiments du pardon, de quelqu'un qui a compris combien ce témoignage de "rendre compte de l'espérance qui nous habite" n'est pas quelque chose "en plus", mais bien quelque chose qui constitue profondément son état de chrétien.

 

AMEN

 

 
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