AU FIL DES HOMELIES

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JE REVIENDRAI VERS VOUS

Ac 8, 5-8+14-17 ; 1 P 3, 15-18 ; Jn 14, 15-21
Sixième dimanche de Pâques - année A (24 mai 1987)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

"Je M'en vais vers le Père, mais Je reviendrai vers vous. Le monde ne Me verra plus, mais vous vous Me verrez et vous vivrez".

Frères et sœurs, quel est Celui-là qui s'avance vers la mort et qui a cette audace extraordinaire, sa­chant ce qui L'attend, et les disciples autour de Lui sachant aussi ce qui les attend, quel est Celui-là qui a l'audace de dire : "Je vais vers la mort, et pourtant Je reviendrai vers vous", et qui ne le dit pas comme s'Il se berçait d'illusions, puisque précisément Il ajoute : "Le monde ne Me verra plus, mais vous vous Me ver­rez".

Voudrait-Il nous entraîner dans une sorte de faux espoir, d'illusion qui nous fait croire qu'Il est toujours vivant, qu'Il est là parce que nous en avons gardé le souvenir dans notre cœur ? Mais si le Christ n'était que le souvenir que les chrétiens en gardent dans leur cœur, l'Église serait tout au plus un musée, nous serions condamnés, comme le dit saint Paul, à être "les plus malheureux de tous les hommes".

Quand le Christ nous dit : "Je reviendrai, et pourtant vous seuls Me verrez", qu'est-ce que cela veut dire ? Ici nous touchons au cœur même de notre foi. Quand nous disons que nous croyons au Christ, nous disons qu'il existe entre nous et Lui un rapport, une relation tout à fait réelle, plus réelle encore d'une certaine manière que celle que les disciples pouvaient avoir avec Lui, avant sa Mort et sa Résurrection. Lorsque le Christ meurt, Il peut dire en toute vérité qu'Il revient vers nous. Nous, le peuple de Dieu, nous croyons que le Christ est Celui qui vient et qu'Il ne peut venir qu'à partir du moment où Il est mort pour nous. Pourquoi cela ? parce que, lorsque le Christ était sur la terre, sa présence était la présence d'un homme, dans un temps déterminé : à l'époque des débuts de l'empire romain, dans un lieu déterminé : la Palestine qu'Il a sillonnée en prêchant le Royaume de Dieu. Il était pour ainsi dire limité à cette portion de terre, à cette portion de temps dans laquelle Il nous a réellement rencontrés. Mais cette entrée dans notre histoire, cette entrée de Jésus dans notre vie est le début, le commencement d'une entrée solennelle par laquelle Il veut investir le monde en­tier, Et cette entrée solennelle, c'est sa mort et sa Ré­surrection. Lorsqu'Il meurt, on peut dire qu'apparem­ment, selon nos yeux de chair, Il est un individu dans l'humanité. Lorsqu'Il passe de ce monde au Père et ressuscite, Il devient définitivement le principe d'une nouvelle humanité, le lieu-source à partir duquel tous les liens des hommes à Dieu vont commencer à se reconstituer et à reformer ainsi une communauté nou­velle, une humanité nouvelle qui s'appelle l'Église. Mais cela ne peut se faire que parce que Jésus vient à nous, réellement, comme le Ressuscité.

Et c'est là le paradoxe étonnant de notre foi : nous croyons en quelqu'un qui est mort. Mais au mo­ment même de sa mort et de sa Résurrection, Il nous a rejoints de façon réelle : Il vient vers nous. La mort est le chemin qu'Il a choisi pour venir nous ren­contrer, chacun d'entre nous. Et depuis qu'Il est mort et qu'Il est ressuscité, Jésus ne cesse jamais d'être Celui qui vient, c'est-à-dire qui, invisiblement mais réellement, dans son corps ressuscité, est capable de rejoindre chacun de nous, réellement, dans les condi­tions les plus diverses de notre vie. C'est ce que nous disons, lorsque nous disons que l'Église est catholi­que, nous voulons dire que le Christ ressuscité rejoint chaque homme dans sa singularité, dans sa diversité, dans chacune des situations concrètes où il se trouve. Le Christ désormais est tout près de chacun d'entre nous, à tout moment de notre histoire et de l'histoire de l'humanité et en tout lieu. Il nous a rejoints, et c'est ainsi que nous le voyons et que nous sommes vivants, parce que Celui qui est mort, il y a bientôt deux mille ans, ne cesse depuis sa mort de venir réellement à la rencontre de chacun d'entre nous.

Frères et sœurs âgés ou malades, vous êtes pour nous l'exemple privilégié de cette présence de Jésus-Christ. Jésus vous a rejoints, Jésus vient en vous et chez vous, Jésus-Christ vient vous sanctifier au cœur même de vos souffrances, de vos épreuves, au cœur même de ce poids de la vieillesse qui peut, à certains moments, peser si lourdement sur vous, sur votre cœur et sur votre affection. Jésus vient. Et dans cette souffrance que vous portez, Il se rend visible à nos yeux comme Celui qui souffre avec vous et en vous, comme Celui qui ne veut pas que vous por­tiez,tout seul ou toute seule, votre souffrance, mais qui veut la porter avec vous. Telle est peut-être la difficulté à laquelle nous sommes affrontés quand nous sommes en face de la souffrance ou de l'épreuve, mais c'est cela que le Christ fait en vous.

Vous me direz peut-être que cela ne vous soulage pas beaucoup quand vous passez des mo­ments difficiles ou quand vous vous sentez accablés sous le poids de la souffrance. C'est sans doute vrai. Cependant c'est différent de se sentir seul et aban­donné dans sa souffrance, et d'avoir la certitude que l'on ne porte pas seul cette souffrance. Peut-être qu'en ce moment même, cette souffrance reçoit une valeur infinie, car le Christ, s'Il vous aide à porter votre pro­pre souffrance, fait que cette souffrance avec Lui et par Lui devienne source de vie et de résurrection pour vous d'abord, car vous êtes appelés à être des ressus­cités, et c'est aussi pour nous rappeler que nous-mê­mes, nous n'avons pas d'autre but dans la vie que de devenir des ressuscités. Mais votre souffrance a aussi un sens pour les autres, car par votre souffrance le Christ nous ressuscite. Quand le Christ porte le poids de vos épreuves, Il vous fait source de résurrection avec Lui pour tous ceux qui ne connaissent pas encore la beauté et la grandeur de cette résurrection.

Frères et sœurs, aussi paradoxal que cela puisse paraître, c'est vous qui aujourd'hui ressuscitez le monde parce que vous êtes ces hommes et ces femmes à qui le Christ a dit : "Je reviendrai" et qu'Il revient vous visiter dans tout ce qui peut peser sur vous de poids de souffrance ou de mort. Mais vous êtes pour nous les témoins que la promesse du Christ n'est pas une promesse vaine, mais qu'aujourd'hui même Il tient sa promesse pour vous et pour nous.

Je ne dis pas qu'il faut rendre grâces pour vo­tre souffrance ou pour ce qui vous accable, il n'y a pas à rendre grâces pour ce qui fait souffrir l'homme. Mais il y a une chose pour laquelle nous ne cesserons jamais de rendre assez grâces à Dieu parce que le Christ veut nous rejoindre, nous tous et vous en parti­culier, Il fait que notre cœur soit sanctifié par la puis­sance de sa Résurrection, ainsi nous devenons les uns pour les autres et les uns par les autres, source de vie et de résurrection.

 

AMEN

 

 

 
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