AU FIL DES HOMELIES

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DON DE L'ESPRIT AU PLUS INTIME DE MON CŒUR DON DE L'ESPRIT COMMUN A TOUTE L'ÉGLISE

Ac 15, 1-2+22-29 ; Ap 21, 10-14+22-23 ; Jn 14, 23-29
Sixième dimanche de Pâques - année C (30 avril 1989)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Frères et sœurs, à mesure que s'approchait le moment où le Christ devait quitter ses disci­ples par le mystère de sa mort, de sa Résurrec­tion et de son retour auprès du Père, Il a commencé, de façon obscure d'abord, puis de plus en plus précise, à leur parler d'un autre consolateur, un autre ami, un autre avocat, un autre Paraclet, dit le texte avec un terme grec difficile à traduire, un autre Lui-même qui viendrait en quel que sorte le remplacer au moment de son départ. Ce serait l'Esprit Saint.

De la même manière, la liturgie de l'Église, à mesure que s'approche le jour de l'Ascension, du re­tour de Jésus auprès de son Père, nous parle de façon de plus en plus insistante de cette venue de l'Esprit. Vous venez de l'entendre : "l'Esprit que le Père en­verra en mon Nom, dit Jésus, vous enseignera tout, Il vous rappellera tout ce que Je vous ai dit". "Il est bon que Je m'en aille, dit encore Jésus, car si Je m'en vais, Je vous enverrai l'Esprit" (Jean 16,7).

L'Esprit, cet autre consolateur, Celui qui vient prendre la place de Jésus, c'est Dieu qui se fait intime au plus intime de nous-mêmes. Jésus vient de nous le dire : "Si quelqu'un M'aime, le Père et Moi nous nous manifesterons à lui, nous ferons en lui notre de­meure". Et c'est par l'Esprit que se fera cette demeure de Dieu en nous, au plus profond de nous-mêmes.

Depuis toujours les hommes, devant le mys­tère du monde, devant les forces de la nature qu'ils n'arrivaient pas à maîtriser, ont pressenti l'existence de Dieu. Depuis toujours, les hommes ont compris qu'il y avait au-delà des forces de l'univers, une force plus fondamentale, plus puissante, plus radicale, plus originelle, et cette force que peu à peu ils ont pres­senti comme étant quelqu'un, c'est ce qu'ils ont appelé Dieu. Et à mesure que les hommes, dans leur expé­rience, réfléchissaient à cette présence d'abord perçue comme écrasante, puis comme vivifiante, puis perçue comme aimante, les hommes peu à peu ont découvert que ce Dieu était leur Père, que ce Dieu était pour eux comme un père qui se penche sur son enfant, qui le suscite dans la vie, qui le guide et lui apprend à mar­cher, comme le dira si admirablement le prophète Osée (11, 3-4).

Mais ce Dieu Père était encore un Dieu loin­tain, un Dieu tellement puissant, tellement transcen­dant, tellement différent que l'homme ne pouvait se tourner vers Lui qu'en tremblant, que l'homme ne pouvait essayer de s'approcher de Lui qu'avec crainte. Dieu, c'était le Tout-Autre, ce qui est au fond de tout et explique tout, mais qui par là-même, d'une certaine façon, semble nous écraser, en tout cas nous dépasser tellement qu'il fallait toute la foi d'Israël pour décou­vrir que ce Dieu si puissant s'intéressait à nous, se faisait proche de nous, entrait dans le cours de notre histoire et de notre vie pour l'orienter et la guider, la remplir de sa présence et de son amour.

Voilà que ce Dieu si puissant et en même temps si plein d'amour paternel, ce Dieu a annoncé à son peuple qu'Il allait se faire plus proche encore et venir partager son existence dans sa quotidienneté, Dieu viendrait sur la terre, Dieu se ferait notre frère, notre ami. Dieu s'est fait homme, Dieu s'est fait l'un de nous. Et après la révélation du Père, ce fut la révé­lation du Fils. Le Fils incarné, le Verbe fait homme, Jésus, qui a partagé pendant trente années la vie de la terre, la vie des hommes, leurs souffrances, leurs joies, leur mort.

Et au moment où Jésus, notre compagnon, notre ami, notre proche, annonce à ses disciples qu'Il va les quitter car, ayant assumé la ressemblance totale avec l'homme, Il doit aussi en prendre la précarité, la durée limitée, Jésus étant vraiment homme ne pouvait vivre parmi nous que la durée d'une vie d'homme, Il ne pouvait qu'être limité dans l'espace et dans le temps, comme nous le sommes tous. Jésus annonçant à ses disciples qu'Il devait les quitter par le mystère de sa Pâque, de sa mort et de sa Résurrection, Jésus ré­vèle une troisième dimension de la relation de Dieu avec l'homme. Dieu n'est pas seulement ce Père tout puissant, créateur du ciel et de la terre, ce Père de qui a jailli tout l'univers, ce Père qui, à la fois, est la source et la fin de toute chose, Dieu n'est pas seule­ment ce Fils incarné, proche, fraternel qui a vécu côte à côte avec nous et qui, à travers tous les temps, res­tera comme le modèle et la référence de Dieu. Dieu n'est pas seulement le Père, Dieu n'est pas seulement le Fils, Il est aussi cette mystérieuse troisième per­sonne : l'Esprit, Dieu venant à l'intérieur de notre cœur, Dieu venant habiter à l'intérieur de nous-mê­mes, Dieu se faisant tellement un avec nous qu'Il ne se distingue plus tout à fait de notre propre vie et de notre propre existence, Dieu s'inviscérant en nous, nous imprégnant de sa présence, Dieu venant mêler sa vie à notre vie, sa pensée à notre pensée et son amour à notre amour. Dieu venant nous vivifier de l'inté­rieur, venant animer ce que nous sommes par son propre dynamisme, sa propre vie, Dieu habitant en nous de telle sorte que, peu à peu, notre pensée soit tellement animée par sa pensée que nous ne sachions plus si c'est nous qui pensons ou Lui qui pense avec notre esprit, Dieu vivifiant notre amour à tel point que, quand nous aimons, nous ne sachions plus si c'est nous qui aimons ou Lui qui aime avec notre cœur, Dieu présent dans notre action au point que, quand nous faisons quelque chose, nous ne sachions plus si c'est nous qui agissons ou Lui qui agit par nos mains. Dieu ainsi mêlant ses eaux aux eaux de notre être le plus profond en un unique courant, un unique courant de vie, une unique force vitale. Dieu nous divinisant, Dieu faisant de nous des présences de Dieu, Dieu tellement incorporé dans notre cœur, dans notre vie, dans notre être que nous devenons Dieu, en vérité enfants de Dieu, de la race de Dieu, de la nature même de Dieu qui nous est communiquée par cet Esprit qui vit en nous.

C'est le mystère vers lequel nous marchons en ces jours qui précèdent l'Ascension et la Pentecôte, c'est le mystère de cette plénitude divine, Dieu n'est plus seulement Celui qui nous a créés, Dieu n'est plus seulement Celui qui se fait proche et notre compa­gnon, Dieu est Celui qui nous envahit intérieurement au point que nous sommes transformés à son image, que nous devenons pleinement semblables à Lui.

Tel est le mystère de l'Esprit. Et ce mystère d'intimité, si profond, si intérieur, si fondamental en chacun d'entre nous est en même temps le mystère de notre rassemblement, car ce qui est paradoxal dans l'action de l'Esprit, c'est que cela même qui est le plus invisible est en même temps ce qui est le plus com­municatif, car l'Esprit c'est ce qui fait l'Église, parce que chacun d'entre nous étant animé de l'Esprit, nous sommes animés par la même vie et nous devenons ainsi plus semblables les uns aux autres, plus frères les uns des autres que nous ne l'avons jamais été, que nous ne le sommes par notre commune nature hu­maine. Nous sommes unis maintenant par la même adoption divine, par la même divinisation intérieure, par la même habitation de Dieu en nous, par la même présence de l'Esprit en chacun de nous. L'Esprit n'anime pas seulement tel homme, puis tel autre, Il nous anime ensemble, précisément parce que cet Es­prit qui nous anime nous anime par la force et la puis­sance de l'amour de Dieu, et que l'amour c'est ce qui rassemble, l'amour c'est ce qui unit. Nous ne pouvons être habités par la vie de Dieu que Si nous nous ai­mons, si nous sommes conduits vers l'amour et donc rassemblés en un seul corps, rassemblés en une même communion. Le mystère de l'Église, c'est le mystère du rassemblement par l'Esprit de tous ceux qui sont habités par l'Esprit. C'est le mystère de cette commu­nication de l'Esprit, de cœur à cœur. Voilà ce qu'est l'Église, non pas d'abord une société, non pas simple­ment l'ensemble des disciples du Christ, mais une communion d'êtres vivifiés de l'intérieur par la même puissance de l'amour de Dieu, par la même force de l'amour divin.

Frères et sœurs, nous sommes membres de l'Église, nous sommes habités par l'Esprit. Depuis notre baptême, l'Esprit ne cesse de creuser en nous la place de sa présence. Chaque jour l'Esprit se fait plus profond en nous, chaque jour l'Esprit saint nous trans­forme davantage à son image, à l'image du Père et du Fils. Sans cesse, jour après jour, nous sommes plus chrétiens, nous devenons d'autres christs. Que ce mystère de l'Esprit si extraordinaire, si immense et en même temps si familier, si présent si quotidien, que ce mystère de l'Esprit nous habite vraiment. Que nous acquiescions à ce don que Dieu nous fait. Que nous sachions regarder cette merveille que Dieu opère en nous, ne pas être indifférents, ne pas être inattentifs à ce mystère qui, peu à peu, s'élabore et se construit au fond de nous-mêmes. Que nous sachions répondre à cet appel, laisser se déployer en nous ce don. Que nous sachions communiquer à nos frères cette joie qui nous habite et nous rencontrer les uns avec les autres dans cette même vie divine qui est donnée aux uns et aux autres. Frères et sœurs, ce mystère de l'Esprit est un mystère de chaque jour. C'est un mystère d'aujour­d'hui, c'est un mystère de maintenant. Maintenant l'Esprit est en nous. Maintenant l'Esprit vient en nous. Maintenant l'Esprit nous envahit chacun et tous en­semble. Maintenant l'Esprit nous rassemble. Laissons-nous prendre par cette force et rendons grâce à Dieu pour ce don qu'Il nous fait.

 

 

AMEN

 

 
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