AU FIL DES HOMELIES

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QUI EST L'ESPRIT SAINT ?

Ac 8, 5-8+14-17 ; 1 P 3, 15-18 ; Jn 14, 15-21
Sixième dimanche de Pâques - année A (9 mai 1999)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

"Moi, Je prierai le Père et Il vous donnera un autre défenseur (on peut traduire aussi Paraclet) qui sera toujours avec vous. C'est l 'Esprit de Vérité ".

Frères et sœurs, après avoir abondamment et joyeusement fêté Pâques, la Résurrection du Christ, nous entrons maintenant à la veille de l'Ascension pour nous préparer à la Pentecôte dans un temps où l'Église nous invite plus spécialement à méditer sur le mystère du Saint Esprit. Le Saint Esprit est une réalité très importante et c'est peut-être un malheur que dans l'Église on ne sache pas très bien dire qui Il est. Je dirais, mais n'y voyez aucune allusion ! que son action est à peu près aussi mystérieuse que celle d'un préfet à travers un commando de gendarmerie. Aucun rapprochement d'ailleurs avec le fait que l'Esprit Saint, pour la première fois, s'est manifesté sous des langues de feu ! Mais par-delà cette espèce de nuage dont on l'entoure et qui explique l'emploi des expres­sions telles que : "Cela s'est fait par l'opération du Saint Esprit !", c'est-à-dire en clair : "On n'y com­prend rien", il n'empêche que l'Esprit saint est une personne et l'Esprit Saint est vivant. Je dois même préciser que, même si on ne s'en rend peut-être pas compte tous les jours, s'il n'y avait pas l'Esprit Saint, nous ne serions pas ce que nous sommes et l'Église ne serait pas ce qu'elle est. S'il n'y avait pas l'Esprit Saint, il n'y aurait tout simplement pas d'Église. Autrement dit, et c'est l'occasion de mesurer l'importance et l'enjeu de l'affaire on croit toujours tout expliquer en disant : "Le Christ a fondé l'Église" et l'on pense que l'Église existe parce que le Christ est venu et qu'il a laissé une poignée de disciples courageux et entreprenants. Mais en fait, s'il n'y avait pas l'Esprit, le Christ dit lui-même qu'il n'y aurait plus rien : "Je vous enverrai un autre défenseur, le Paraclet, et il sera avec vous". Entendez "C'est par l'Esprit que vous serez quelque chose ensemble". D'où l'importance de nous redemander ce qu'est l'Esprit puisqu'il est celui qui construit notre identité chrétienne personnelle et notre identité de membres de l'Église. Il y a fondamentale­ment trois repères pour comprendre qui est l'Esprit Saint. Le premier c'est : "Je serai avec vous", le deuxième : "Il vous enseignera tout", le troisième : "Il sera votre Défenseur". Avec ces trois points de repère, on a la base solide et fiable d'une bonne théologie du Saint Esprit. C'est ce que je me propose de méditer brièvement avec vous ce matin.

Première chose : "Il sera avec vous". Les premiers chrétiens n'étaient pas naïfs. Ils étaient éton­nés que l'Église existe. Ils avaient connu le Seigneur vivant. Ils avaient, comme ils disent, bu et mangé avec lui, Ils avaient prié avec lui, mais ils s'aperce­vaient car ils étaient assez lucides pour ne pas mettre cette affaire-là sur le compte de leur propre mérite, que le rassemblement autour de Jésus ressuscité continuait, presque malgré eux. Il avait fallu d'abord que le Saint Esprit les sorte du Cénacle pour que la première prédication chrétienne prenne son essor. Ils savaient donc bien que l'Église n'était pas le fruit de la conviction, de la décision et du courage des seuls apôtres, lesquels avaient été les premiers à douter de la Résurrection ! Donc, pour les disciples, l'existence même de l'Église constituait un problème, une ques­tion. Pourquoi existe-t-elle ? Qu'eux-mêmes, ayant personnellement connu le Christ, continuent à y être attachés, c'est une chose, mais dix ans, vingt ans, trente ans après ? Que le phénomène ne cesse de grandir et de s'amplifier ! Il y avait là une vraie ques­tion. Saint Pierre s'émerveillait devant cette continuité en écrivant à la nouvelle génération des croyants : "Sans l'avoir vu, vous l'aimez". Ce n'est pas tout à fait un hasard si saint Jean, qui est à l'autre bout de la chaîne de la rédaction des évangiles, donc peut-être cinq ou six décennies après la mort de Jésus, se de­mande avec un certain étonnement : "Mais c'est curieux, cela tient encore !" Et donc, il s'agit de rendre compte du fait et de la durée de l'Église à partir de Jésus Christ, de son extension dans l'histoire et dans l'espace. Et comme le simple fait de dire : "Il y a continuité entre Jésus Christ et l'Église par les Apô­tres" ne suffit pas, alors surgit une sorte de travail caché par lequel ils cherchent à comprendre ce qui fait la continuité entre Jésus et l'Église : ce facteur de continuité, c'est l'Esprit. C'est plus tard, au fil des premières décennies de l'histoire des premières com­munautés qu'apparaît le sens de certaines paroles de Jésus concernant l'Esprit, comme celle que nous ve­nons d'entendre : "Il sera avec vous". Autrement dit : "Ce qui fait exister l'Église, c'est la puissance de quelque chose, de quelqu'un qui est là et qui permet de continuer à cette mystérieuse réalité de la présence de Jésus comme Sauveur". C'est ainsi qu'on l'appelle "L'autre Défenseur", car l'Esprit saint est un autre au sens où, pour que l'Église existe, il faut qu'il y ait le Christ qui, par son humanité, accomplisse le salut de l'homme. Mais il faut "un autre" : le Défenseur, le promoteur de la cause, le promoteur de l'affaire qui fait que Jésus a planté dans sa chair la victoire sur la mort. Or, cette victoire continue, ce qui manifeste le rôle premier de l'Esprit, : être là pour construire l'Église. Et donc là où il y a l'Église, il y a nécessai­rement l'Esprit. C'est pourquoi aussi dans ce texte Jésus précise : "Le monde ne le connaît pas", car il s'agit de ce qui constitue la différence entre le monde et l'Église. Ce n'est pas les hommes qui font la diffé­rence, car partout sur terre, ce sont les mêmes hom­mes : certains sont dans l'Église et certains sont dans le monde. Ce qui fait la différence, c'est l'Esprit qui constitue certains hommes en Église. Et c'est parce que l'Esprit Saint est avec eux qu'ils sont constitués comme Église : donc ces hommes connaissent celui qui les constituent membres de l'Église. Tandis que le monde, n'étant pas lui-même explicitement habité par l'Esprit comme avocat, défenseur et promoteur de la présence de Jésus Sauveur, ne peut pas le connaître. Ce n'est ni du racisme, ni de la discrimination, c'est la constatation d'un fait. L'Église est le peuple qui, constitué par l'Esprit, reconnaît la présence du Christ à travers l'Esprit Saint : C'est tout. Et donc l'Église est bien obligée de reconnaître que c'est l'Esprit qui la fait être ce qu'elle est. Voilà pour le premier point.

Le deuxième aspect, c'est : "Il vous ensei­gnera toute chose". Là encore, les disciples sont suffi­samment lucides pour avoir perçu à quel point l'an­nonce du Christ était une tâche difficile. Nous vivons dans une époque de médias quasiment mécanisés. Toute l'information passe en système binaire et nous croyons qu'aujourd'hui le seul problème de l'informa­tion c'est le problème de faire les petits blancs-noirs ou les petits oui-non sur les disques durs de l'ordina­teur. En réalité, les Anciens savaient très bien qu'en­seigner ce n'était pas simplement faire couler l'arro­soir ou le robinet d'eau tiède. Les Anciens savaient qu'enseigner c'était susciter l'adhésion intérieure. Il y a des pages admirables de saint Augustin sur ce pro­blème. Les Apôtres voyaient bien qu'ils prêchaient mais qu'ils ne pouvaient en aucun cas déclencher l'ad­hésion : cela ne pouvait pas venir d'eux. Ici encore, ce qui déclenchait l'adhésion c'était la présence de l'Es­prit qui, au moment où eux-mêmes transmettaient le message évangélique, enseignait et éveillait le cœur des auditeurs. L'Esprit Saint enseignait. Ils étaient d'ailleurs bien placés pour le savoir puisque eux-mê­mes, au moment où ils enseignaient, réalisaient qu'ils commençaient à mieux comprendre ce qui s'était passé qu'au moment où ils en avaient été les témoins directs mais incapables d'en dégager le sens. Chez saint Jean, il y a plusieurs passages où il rapporte : "Jésus dit : détruisez ce temple, etc..." Sur le moment, précise-t-il, les disciples ne comprirent pas, mais après, "les disciples comprirent qu'il parlait du Tem­ple de son corps". À un autre moment, il écrit encore : "Les disciples n'avaient pas compris parce que l'Es­prit Saint n'avait pas encore été donné ". Donc, eux-mêmes savent que dans le travail de leur prédication, ce n'est pas eux qui comprennent et interprètent mais ils reçoivent d'un autre la compréhension de l'œuvre du salut de Jésus. Et en plus, ils comprennent que ce qu'ils annoncent et qu'eux-mêmes n'avaient pas com­pris en étant les témoins directs, leurs auditeurs le comprennent maintenant aussi bien qu'eux. C'est donc le même Esprit qui agit. D'où la fonction éminemment didactique et pédagogique de l'Esprit Saint. Il a quel­que chose de "l'instituteur" de l'Église. Remarquez en passant que, chez saint Jean, la manière d'envisager la constitution de l'Église ne repose pas sur l'organisa­tion d'un savoir, mais sur le jaillissement d'un témoi­gnage et d'une conviction. Pour saint Jean, ce qui est essentiel à l'œuvre de l'Esprit, ce n'est pas tant d'as­sister le Magistère, comme nous avons trop souvent tendance à le croire, mais premièrement de susciter la foi dans le peuple. Et le magistère ne vient que dans un second temps par rapport a la foi de l'assemblée des croyants. Même les plus strictes définitions de l'infaillibilité pontifical l'ont toujours dit et il est pré­férable en ce domaine de ne pas vouloir mettre la charrue avant les bœufs.

Troisième chose : s'il enseigne, comment peut-on avoir la conviction intérieure ? C'est le pro­blème de la vérité. Les disciples ont vu quelque chose. Ils ont compris certaines choses. Plus tard, avec le recul, avec la présence de l'Esprit ils ont com­pris autre chose de plus profond, non pas en contra­diction avec ce qui précède, mais de plus profond. Ils ont vu au fur et à mesure que l'évangile se répandait, que leur propre compréhension du salut se modifiait. Le cas le plus typique et qui vaut la peine d'être men­tionné, c'est le fait qu'au début, ils n'enseignent que dans les bourgs de Judée, de Samarie et à Jérusalem, réservant aux Juifs l'annonce du salut. Dix, quinze ans plus tard ce sont plutôt les païens qui répondent. Et donc il ne faut pas minimiser les affaires. À ce mo­ment-là, les disciples ont compris l'universalité du salut. Le Christ avait beau leur avoir dit : "Allez ! Je vous envoie parmi toutes les nations", au début ils restaient dans le périmètre restreint de la Palestine. Et donc, la compréhension même du salut comme réalité universelle est devenue un acquis par l'aide de l'Esprit Saint. Mais alors la question se pose inévitablement : comment être sur qu'on est bien resté dans la vérité ? Comment être sûr que l'on ne s'est pas trompé ? Saint Jean, citant les paroles de Jésus et comprenant enfin ce qu'elles veulent dire, explique en gros ceci : "Nous avons enfin un Défenseur", c'est-à-dire un avocat qui appuie et prouve l'authenticité de notre témoignage. C'est le problème : convaincre, et si l'on veut vraiment convaincre, il faut convaincre de la vérité. Il y a des gens qui font métier de convaincre du faux : ils plai­dent pour ce qu'ils savent pertinemment indéfendable, mais considère qu'ils en ont le droit parce qu'ils sont payés pour cela ! Le Saint Esprit ne mange pas de ce pain-là ! Convaincre pour l'Esprit, c'est établir l'homme comme témoin de la vérité du salut de Dieu offert au monde entier en Jésus-Christ mort et ressus­cité. Telle est la troisième chose : l'Esprit comme dé­fenseur, fondant et confirmant la vérité de ce que croit l'Église.

Ce petit sommaire rapide a beaucoup d'im­portance pour nous aujourd'hui. En effet, que s'est-il passé depuis quarante ans dans l'Église, surtout à par­tir du concile Vatican II ? L'Église, sous l'influence de ce même Esprit Saint, je vous rappelle qu'au début de la plupart des grands schémas conciliaires, l'Église et le Concile disent qu'ils parlent sous la mouvance de l'Esprit Saint. Prenons en donc acte. L'Église a dit qu'elle avait retrouvé une certaine dimension de sa vie qu'historiquement, empiriquement, elle avait parfois négligé ou occulté. Elle a retrouvé la conscience que l'Église tout entière, comme peuple de Dieu, était sous la mouvance de l'Esprit et que l'Esprit n'était pas une puissance mystérieuse et sélective qui ne soufflerait que par l'autorité du pouvoir ou du Magistère. Cela a été dit explicitement lorsqu'on a parlé du sacerdoce universel des fidèles, en affirmant que nous étions tous prêtres, tous prophètes, tous rois. Par conséquent cela a amorcé un long processus qui n'est pas encore tout à fait au clair dans la conscience des chrétiens le Saint Esprit a beaucoup plus de patience que nous, grâce à Dieu, mais cela a amorcé un long processus par lequel il est question de redécouvrir la présence, l'enseignement et le témoignage de l'Esprit dans la vie, dans le cœur, dans l'existence de tous les croyants. Il s'agit donc de se défaire de ce réflexe de se décharger de sa responsabilité en disant : "Je crois simplement ce que croit mon curé". Ce qui pourrait parfois être décevant d'ailleurs ! Il faut plutôt recon­naître que, à partir du moment où il y a confession du mystère de Dieu, il faut qu'il y ait présence de l'Esprit, enseignement de l'Esprit et témoignage de l'Esprit. Puisque nous nous préparons au mystère de l'Ascen­sion et de la Pentecôte, puissions-nous nous préparer vraiment à recevoir chacun, personnellement et tous ensemble, en communauté, la plénitude du don de l'Esprit Saint, du Paraclet.

 

 

AMEN

 

 
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