AU FIL DES HOMELIES

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ENTRONS SOUS LE CIEL DU CHRIST

Ac 1, 1-11 ; Ep 1, 17-23 ; Lc 24, 46-53
Fête de l’Ascension – année C (30 mai 2019)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

J'ai une question à vous poser : si vous lisez des magazines un peu bas de gamme, êtes-vous tentés de lire la rubrique de l’horoscope qui vous concerne ? Je suis presque sûr que oui – en tout cas moi je vous avoue humblement que je regarde toujours, mais pour constater que c’est toujours à côté du sujet. Cela veut donc dire que cette histoire de l’horoscope nous travaille parce que c’est une très vieille croyance : vu que le monde est plus parfait en haut qu’en bas, ici-bas sur la terre, c’est le monde d’en haut qui goupille toutes les affaires et tous les destins des hommes. C’est pour cela qu’à l’époque de Jésus, il y avait des charlatans à foison qui lisaient et tiraient l’horoscope avec tous les moyens possibles pour raconter ce qui allait arriver. Cela ne fonctionnait pas mieux que maintenant. Mais toujours est-il que c’était gravé dans la tête et dans le cœur de toute l’humanité méditerranéenne de l’époque ; et il suffit de voir encore aujourd’hui à quel point ces histoires sont gravées dans notre cœur et dans nos réflexes les plus craintifs.

Aujourd’hui, la fête de l’Ascension est la fin de l’horoscope. En effet, un grand théologien, vers 170-180, a fait des conférences à Alexandrie qui était sans doute l’un des endroits où il y avait le plus grand nombre de diseurs de bonne aventure, de magiciens et de tireurs d’horoscopes. Il voulut expliquer le rôle du Christ : « De la dispute et de la bataille des puissances (car les astres étaient des puissances qui essayaient d’exercer leur pouvoir sur les hommes, c’est pourquoi nous avons la vierge, la balance, le lion etc.), le Seigneur nous a délivrés, Il nous donne la paix, Il nous sauve de ce désastre et de ce désordre des puissances et des mauvais anges (on attribue des fonctions angéliques aux astres). C’est à cause d’eux que l’homme souffre tant, aussi le Seigneur est venu pour apporter aux choses de la terre cette paix qui vient de Lui, qui vient du ciel. Un astre étranger s’est levé (c’est le Christ), un astre nouveau qui brise l’ancien pouvoir des constellations (et du zodiac). Il brille d’une lumière nouvelle (non physique). Il ouvre des chemins nouveaux et salutaires. Et c’est ainsi qu’Il est le Seigneur venu sur la terre pour guider les hommes afin de faire passer ceux qui croient dans le Christ, du règne, du destin et du pouvoir des puissances à celui de la providence de Dieu. Ainsi de même que la naissance du Sauveur a mis en fuite la force de l’horoscope et du destin, de même le baptême du Sauveur nous a délivrés du feu de la souffrance afin qu’en tout nous Le suivions. Nous sommes baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, renaissons en eux et nous monterons plus haut que toutes les autres puissances. Dès lors, le baptême est bien dit une mort, une fin de l’ancienne vie puisque nous sommes séparés des mauvaises puissances et que nous vivons selon le Christ qui est le Maître de la vie. Jusqu’ici (jusqu’au baptême), le joug du destin est véritable, mais après, les astrologues ne disent plus vrai. Ce n’est pas seulement ce pain qui nous fait vivre, c’est aussi la connaissance, la foi de ce que nous étions et de ce que nous sommes devenus, du lieu où nous étions et de celui où nous sommes entrés, du lieu où nous nous hâtons et de celui d’où nous avons été rachetés, de la naissance à la renaissance ».

Je ne sais pas si Arthur et Benoît, qui vont être baptisés tout à l'heure, se rendent compte de ce qui va leur arriver. En fait, ils sont délivrés de toutes les puissances qui peuvent s’exercer sur eux et ils sont appelés à reconnaître la seule puissance amoureuse du Christ sur leur vie et sur leur destin. C’est pour cela qu’on fête l’Ascension. Dans le récit, qui nous paraît naïf – mais je ne suis pas sûr que les auditeurs et les lecteurs de Luc fussent aussi naïfs que nous –, nous nous disons qu’Il monte aux cieux, mais comme nous n’avons pas encore les instruments pour mesurer la distance des astres, on se dit qu’Il est parti un peu comme une fusée et Il est chez Lui là-haut… Non ! « Une nuée le déroba à leurs yeux ». Cela veut dire : Il devient le ciel. Voilà ce que croyait Luc et qu’il a essayé d’expliquer de la façon la plus spontanée, un peu naïve. Le Christ, Celui qui était crucifié, que nous avons vu ressuscité, sorti du tombeau, prend maintenant possession des cieux, Il est le ciel Lui-même. Telle est l’Ascension : c’est la fin de l’horoscope au sens où les astres ne nous diront plus rien que leur soumission au projet créateur de Dieu, mais Lui le Christ sera la lumière et le flambeau de la nouvelle Jérusalem.

Voilà ce que nous croyons : certes nous ne pourrons plus le transposer dans la conception astronomique actuelle, nous savons que les astres sont des boules de feu et des cailloux ; mais c’est quand même bien cela qui est en cause : cette partie qui nous paraît inaccessible, c’était cela pour eux le ciel, inaccessible ! Il n’y avait que les empereurs qui étaient divinisés, que des hommes extraordinaires qui avaient reçu le destin spécial de pouvoir entrer dans la ronde des astres… Mais là, c’est tout le monde qui est reçu dans cette immensité du ciel qui est désormais le Christ. Pour nous, le Christ c’est le ciel et le ciel c’est le Christ. Vous connaissez la magnifique plaisanterie entre Herriot et le cardinal Gerlier, qui avaient beaucoup d’esprit et de répartie. Un jour, Herriot voulait saluer à la foire de Lyon le cardinal Gerlier et lui a dit : « Je suis très heureux que le cardinal soit ici aujourd’hui car tout le monde le sait, Lyon c’est Gerlier et Gerlier, c’est Lyon ». Gerlier, dans son petit mot de répartie, lui a répondu : « Moi, je suis très heureux d’être près de vous Monsieur le Président, car tout le monde sait que Herriot c’est la foire et la foire, c’est Herriot… » On peut dire exactement la même chose du Christ : le Christ c’est le ciel, c’est la demeure de ce Dieu.

C’est cela l’Ascension, c’est le Christ qui se fait la demeure des hommes, c’est Dieu qui se fait la demeure des hommes. Voilà pourquoi c’est si beau et si grand. C’est aussi pour cela que lorsque les anges délivrent le message aux hommes présents, aux apôtres éberlués, ébahis –  « une nuée Le dérobe à leurs yeux », donc ils ne Le verront plus, Il n’est plus là –, ils leur disent : « Qu’avez-vous à regarder le ciel ? Il sera toujours avec vous puisqu’Il sera désormais votre ciel. Partout où vous irez, le ciel du Christ vous accompagnera, partout où vous fonderez des communautés, le ciel du Christ brillera au-dessus des communautés ». Et aujourd’hui, nous sommes sous le ciel de Dieu. Nous faisons entrer Benoît et Arthur sous le ciel de Dieu.

Frères et sœurs, cette fête de l’Ascension est la fête de notre liberté. Oui c’est vrai, le Christ nous a délivrés du mal, du pêché, mais nous croyons toujours que le mal et le pêché sont uniquement sur la terre, or pour l’auteur Clément d’Alexandrie, c’était aussi la vie dans laquelle sont les hommes, le ciel lui-même, qui étaient contaminés par le mal. Il fallait donc que le Christ prenne possession du ciel pour le configurer comme le lieu de rencontre, de bénédiction et de célébration du mystère du salut de Dieu, du Christ, pour la vie éternelle.

Frères et sœurs, qu’en ce jour de l’Ascension nous retrouvions vraiment le sens même de cet événement ; au fond, c’est Dieu qui nous délivre du mal, c’est la dernière demande du Pater : « Délivre-nous du mal » ; « Fais que partout où le mal pourrait encore aller se réfugier, se nicher, Tu puisses, Toi, par la puissance de ton amour et de ta tendresse, chasser ce mal et faire que le monde entier devienne ta demeure, ton ciel et par nous, ici-bas modestement, la terre telle que Tu l’as voulue, telle que Tu l’as rêvée au premier jour du monde ».

Frères et sœurs, nous n’avons plus besoin de regarder vers le ciel comme des êtres un peu ébahis, stupéfaits, ne sachant pas ce qui se passe. En réalité, si le Christ a pris possession de toutes ces puissances célestes et devient Lui-même notre ciel, alors vivons notre terre à cette lumière du Christ, de cette présence et de ce salut du Christ tel que nous le fêtons et que nous allons le célébrer par le baptême de Benoît et d’Arthur.

 
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