AU FIL DES HOMELIES

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L'ASCENSION, GLORIFICATION DIVINE DE LA NATURE HUMAINE

Ac 1, 1-11 ; Ep 1, 17-23 ; Mc 16, 15-20
Ascension - Année B (21 mai 2009)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Montceaux l'Étoile : L'Ascension 
Frères et sœurs, dans un sermon de l'évêque saint Épiphane de Salamine, que nous écoutions hier soir à l'office des Vigiles qui  nous préparait à cette fête de l'Ascension, nous entendions cette parole. Après avoir parlé des fêtes qui jalonnent le mystère du Christ, la fête de Noël et de son Incarnation, la fête de l'Épiphanie et du rayonnement de Dieu à travers cet homme Jésus, la fête de la Résurrection, saint Épiphane ajoutait : "Cette fête elle-même ne met pas son comble à notre joie. La plus grande des fêtes, celle devant laquelle tout discours n'est qu'un balbutiement, c'est l'Ascension, torrent de délices et comble de la joie. Aujourd'hui, le Christ ouvre la porte des cieux ruisselants de lumière". Même si nous faisons la part de l'exagération oratoire, il y a dans ce texte une indication que nous sommes invités à creuser. Quelle est cette fête de l'Ascension, qui est ainsi la plus grande des fêtes, le comble de notre joie, le ruissellement de lumière qui descend du ciel sur notre terre ? 

       Si nous voulons comprendre ce qu'est la fête de l'Ascension, nous pouvons nous reporter au texte de l'évangile que nous venons d'entendre selon saint Marc. Jésus apparaît après sa résurrection aux disciples réunis, il les envoie en mission : "Allez dans le monde entier, proclamez l'évangile à toute la création". Après avoir énuméré les merveilles qui accompagneront cette prédication, voici la conclusion de l'évangile de saint Marc : "Le Seigneur Jésus après leur avoir parlé fut enlevé jusqu'au ciel et il s'assit à la droite de Dieu. Pour eux, ils s'en allèrent prêcher en tous lieux le Seigneur agissant avec eux et confirmant la Parole par les signes qui l'accompagnaient". Voici donc la manière dont saint Marc nous dépeint l'Ascension : le Seigneur Jésus est enlevé jusqu'au ciel, il s'élève vers le ciel et là, il s'assied à la droite du Père. 

       Il est évident qu'il s'agit là d'images symboliques. Non seulement nous savons aujourd'hui que le ciel n'est pas au-dessus de la terre, mais encore, le Père n'est pas quelque part, il n'est pas plus au ciel que sur la terre, il est partout, car il n'y a pas de lieu qui circonscrive la présence de Dieu. Donc, dire que le Christ a été enlevé jusqu'au ciel, qu'il s'est élevé vers le ciel, c'est une image que le Christ a donnée à ses disciples pour qu'ils comprennent le mystère de l'Ascension. Ce mystère c'est que Jésus quitte le monde. L'élévation du Christ signifie que Jésus ne fait plus partie de notre monde, ce monde qui s'use progressivement, qui va à sa perte et à sa ruine. Jésus a quitté le monde pour se retrouver dans la plénitude de la présence aimante du Père. Et là, deuxième image que nous donne l'évangile, il s'assied à la droite de Dieu. Il n'y a pas de siège dans le mystère de la Trinité, c'est une façon de parler là aussi imagée, cela veut dire que le Christ est le roi de la création, il règne sur le trône qui est à la droite du Père, le trône de Dieu. 

      Par l'Ascension, le Christ quitte notre monde lui qui avait quitté le sein du Père pour s'incarner parmi nous. "Je suis sorti du Père, disait Jésus, et venu dans le monde" (Jn. 16, 28). C'est le mystère de l'Incarnation. "Jésus n'a pas gardé jalousement le rang qui l'égalait à Dieu mais il s'est anéanti lui-même prenant la condition d'esclave, devenant en tout semblable aux hommes" (Ph. 2, 6-7). C'est le premier temps du mystère du salut, le Christ sort de la présence du Père, il sort de la plénitude de gloire qui est la sienne auprès du Père afin de devenir semblable à nous, de devenir comme un esclave, un serviteur. Ce service de l'homme, le Christ l'accomplira tout au long de sa vie, "lui qui est venu non pas pour être servi mais pour servir" (Mt. 20, 28), et qui mettra le comble à cette humiliation en acceptant de mourir pour nous et comme nous, et de mourir de la mort la plus infâme, celle de la croix. 

        Ce Jésus qui ainsi a voulu sortir du Père pour venir près de nous, pour endosser en tout la similitude de nature avec nous, pour devenir pleinement homme, ce Christ, quand il est allé jusqu'au bout du partage de notre condition humaine en mourant sur la croix, le Christ ressuscite. Il ressuscite non pas d'une résurrection comme celle de Lazare, ou comme le fils de la veuve de Naïm ou la petite fille de Jaïre. Ces résurrections n'étaient qu'un supplément de temps terrestre, après quoi Lazare est mort à nouveau comme tous les êtres humains, de même le fils de la veuve de Naïm et la fille de Jaïre. Quand on parle de la résurrection de Lazare, on ne parle que d'un signe précurseur, annonciateur de ce qu'est la véritable résurrection qui n'est pas un supplément de vie terrestre. La véritable résurrection, celle du Christ, c'est le passage de ce monde au monde de Dieu. C'est pourquoi le Christ donne aux disciples à voir qu'il quitte le monde, qu'il s'en éloigne, il ne fait plus partie du monde. Le Christ retourne auprès du Père, c'est cela la résurrection. 

      L'Ascension c'est un aspect du mystère de la Résurrection. Par sa Résurrection, le Christ a quitté notre monde pour retrouver la gloire du Père comme il le lui demandait au moment de sa Passion : "Père, glorifie-moi de la gloire que j'avais auprès de toi avant que fut le monde (Jn. 17, 5). Seulement, le Christ ne retourne pas auprès du Père tel qu'il est sorti du Père pour venir dans le monde. Quand le Christ était auprès du Père, il était Dieu le Fils dans le sein même de la Trinité rayonnante, et, venant sur terre, il a pris du sein de la vierge Marie, une nature humaine semblable à la nôtre. Sans cesser d'être Dieu, il est devenu pleinement homme, aussi homme que chacun d'entre nous. Homme par sa naissance, par sa croissance, par sa vie, par sa Passion, par sa mort. Le Christ donc a assumé une nature humaine sans cesser d'être Dieu et il est pleinement Dieu et pleinement homme. Quand il ressuscite, il ressuscite comme homme, mais il n'a jamais cessé d'être Dieu. La nature divine qui est la sienne ne peut pas laisser cette nature humaine à laquelle elle s'est unie s'en aller vers le néant et le tombeau, elle ne peut que la prendre en mains pour l'entraîner dans la gloire. Quand Jésus ressuscite, sa nature humaine reprend vie non pas pour un temps de vie terrestre, mais pour que cette nature humaine vive elle-même de la gloire de Dieu. Voilà le mystère de l'Ascension. 

       Le mystère de l'Ascension, c'est donc que le Christ comme homme, comme notre frère, comme homme semblable à nous, est désormais au sein même du mystère de Dieu, au sein même de la Trinité, au sein de cet échange d'amour infini, éternel, du Père, du Fils et de l'Esprit. Il y a un homme au cœur de Dieu et cet homme, c'est Jésus vrai Dieu et vrai homme qui ne cesse pas d'être un vrai homme en entrant dans la gloire divine. C'est le "torrent des délices" dont parle saint Épiphane parce que si Jésus est dans la gloire du Père, dans l'amour du Père, dans la plénitude de joie du Père, non seulement avec sa nature divine mais aussi avec sa nature humaine, il prépare pour nous une place au cœur de Dieu. Toute la venue du Christ sur la terre n'a pas eu d'autre objet que de préparer pour nous l'illumination de notre adoption dans la vie éternelle du Père. Le Christ en entrant avec sa nature humaine au sein de la Trinité, fraie le passage, il ouvre les portes du ciel (c'est ce que nous dit la liturgie, c'est une autre image encore de l'Ascension), il ouvre les portes du ciel pour que chacun d'entre nous, l'humanité tout entière, tous les sauvés, tous les pécheurs pardonnés que nous sommes, puissent avec lui aussi, entrer dans la plénitude de Dieu. 

      Voilà ce que nous célébrons aujourd'hui. C'est l'éclatement, l'illumination, le jaillissement de la résurrection du Christ. Ce jaillissement part de sa nature divine que le Père glorifie, cette nature divine qui glorifie sa nature humaine, et qui glorifie par conséquent par contagion, notre propre humanité à chacun d'entre nous. Dans le Christ, nous sommes déjà admis dans l'immensité de la joie de Dieu. Dans le Christ nous sommes déjà au cœur de l'amour de Dieu. Il reste à traverser la fin de notre vie terrestre pour que nous puissions avec la création tout entière entrer dans la gloire et le Christ à ce moment-là sera le principe de ce monde nouveau dans lequel nous serons tous avec notre âme et notre corps, dans lequel l'univers tout entier sera transfiguré, les cieux nouveaux et la terre nouvelle étant le rayonnement de ce Christ vrai Dieu et vrai homme. 

 

       AMEN 


 

 

 

 
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