AU FIL DES HOMELIES

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LE NOM DE DIEU

Ac 1, 12-14 ; 1 P 4, 13-16 ; Jn 17, 1-11 c
Ascension - Année A (7 mai 1978)
Homélie du Frère Jean-Miguel GARRIGUES

Ce passage est comme le sommet de l'évangile. Le dialogue, la prière la plus secrète du Christ avec son Père nous est ici révélée. A certains moments de sa vie, Jésus a comme soulevé un coin du voile de son secret. A un moment où tressaillant de joie dans l'Esprit Saint, Jésus rend grâces au Père d'avoir caché le secret de son nom "aux sages et aux habile pour le révéler aux tout-petits", Il avait annoncé que "nul ne connaît le Père si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils veut bien le révéler". Et c'est au moment de la Cène, au moment où Il va entrer dans sa Passion que Jésus révèle son secret à ses disciples, à ses apôtres : "Père ! Je T'ai aimé !"

Jésus apparaît comme Celui qui porte le nom du Père, qui est le nom du Père, le nom vivant du Père, celui qu'Il prononce, de manière constante, dans la sanctification, dans la glorification, ce nom qui est le secret de Dieu. C'est pour glorifier ce nom que Jésus va devenir le grand-prêtre définitif. Le grand-prêtre juif entrait une fois par an dans le saint des Saints, derrière le voile, et il prononçait, une seule fois par an, à la fête de l'expiation du péché, le nom de Dieu, le nom inconnaissable, le nom saint, le nom devant lequel les anges se voilent la face. Il prononçait ce nom justement le jour où le peuple tout entier savait qu'il ne pouvait pas invoquer auprès de Dieu aucun titre, aucun droit à la miséricorde de Dieu. Le jour où le peuple réentendait la voix des prophètes leur dire : "Dieu n'a pas de part avec eux. Israël, ce n'est pas à cause de toi que je vais te rétablir et te pardonner car tu as profané mon nom au milieu des nations, mais c'est à cause de mon nom, du secret de Moi-même, parce que c'est dans le secret de Moi-même que je t'ai aimé et que je t'ai choisi. C'est à cause de mon nom que je vais te sauver une fois de plus." Et le grand-prêtre prononçait le nom de Dieu comme l'ultime recours, la dernière garantie. Le peuple s'accrochait à ce nom de Dieu, c'est-à-dire à Dieu Lui-même, comme étant le seul qui pouvait le sauver. Qui d'autre pourrions-nous invoquer que Dieu Lui-même, quand nous avons reconnu notre péché ?

Jésus, notre grand-prêtre, au moment où Il sera sur la croix, au moment où Il remettra son Esprit entre les mains de son Père, au moment où son cœur sera transpercé par la lance va passer, une fois pour toutes, à travers le voile de notre chair de péché qui nous sépare du Saint des saints qui ferme l'entrée vers le Père. Il va, une fois pour toutes, prononcer ce nom : "Père !" qui est notre sainteté, notre salut, notre pardon, notre sanctification.

C'est cela que nous vivons dans le mystère de l'Ascension. Le Christ laisse le nom du Père sanctifié une fois pour toutes et glorifié une fois pour toutes resplendir dans notre chair de péché. Alors, puisqu'il nous est donné le nom de Dieu dans la chair du Christ qui est maintenant notre chair introduite auprès de Dieu, prenons garde. Craignons de profaner ce nom, de le profaner d'autant plus qu'il est devenu comme immédiat, comme à notre portée, comme cette hostie qui va être déposée sur nos lèvres ou dans nos mains, et qui est, désormais, plus que jamais livré à toute profanation et à toute trahison.

Il y a la profanation de l'athéisme théorique et il y a la trahison de l'athéisme pratique qui nous menace aujourd'hui plus que jamais. L'athéisme théorique n'est pas seulement dans ce monde pour lequel l'Église n'a pas de raison d'être, non pas pour nous le monde de la souffrance, du souci des hommes et de leurs travaux, car Jésus et Dieu Lui-même ont vibré et pleuré aux malheurs de notre monde. Mais le monde qui, dans sa suffisance, croit se donner des explications et des raisons de son origine et de sa fin. Oui, ce monde-là est un refus de Dieu. Oui, pour ce monde-là Jésus n'a pas prié car c'est le monde de Satan qui gît sous son pouvoir.

Ce que saint Jean dénonce dans le monde, c'est ce qu'on appelle l'illusion de la convoitise. C'est-à-dire de faire comme si cette vie-là, ce monde présent qui passe avec ses convoitises et ses divertissements, comme si ce monde avec son petit train-train devait durer éternellement. C'est de vouloir dorer l'horizon de la mort qui est cette porte étroite par laquelle nous devons tous passer, de nous arranger une vie dans laquelle nous ne voulons pas croire que nous quitterons cette vie, nus, comme nous y sommes entrés. Alors quand nous mettons notre espérance dans ce monde, craignons, comme le dit Jésus, que sa venue nous surprenne comme un voleur et que ce jour-là, nos lampes éteintes comme celles des vierges folles, nous ne sachions plus vers qui nous tourner, parce que tout ce en quoi nous aurons mis notre confiance, tout ce qui passe, tout ce monde qui est déjà marqué par la mort, s'avérera impuissant à nous secourir. Ce jour-là, vers qui nous tournerons-nous, si nous n'avons pas attendu, connu et vécu en présence du Seigneur qui est déjà venu ?

Tout à l'heure des enfants vont être présentés à la première communion. Ils vont recevoir cette chair du Christ à travers laquelle l'œuvre du baptême conduit dans le sanctuaire même de Dieu. Nous rendons-nous compte de ce que nous faisons ? Mesurons-nous l'engagement que nous prenons ? A partir du moment où nous nous insérons dans la vie, la mort et la résurrection, nous participons à son Ascension. Désormais notre vie doit être prise dans le cœur du Père. Nous ne pouvons plus vivre comme ceux qui sont sans espérance dans ce monde et sans Dieu, car le Jour du Seigneur ne doit pas nous surprendre endormis mais éveillés.

C'est de cela que nous, peuple chrétien, peuple porteur du nom de Dieu, introduits dans le secret de Père, dans la connaissance intime et personnelle de sa miséricorde, c'est de cela que nous sommes les témoins dans le monde. Et quand nous ne témoignons pas de cela, quand nous vivons dans cet athéisme pratique, oui nous profanons plus gravement le nom de Dieu que les athées théoriques de la terre qui ne connaissent pas le Père sur le visage de son Fils. Alors, tous ensemble, prenons l'engagement d'accepter de mourir à notre vie passée, aux habitudes de ce vieil homme qui est déjà envoûté par notre monde. Prenons l'engagement de considérer tout comme une perte en échange de la connaissance du Christ. Vous devez témoigner dans ce monde qu'il y a une espérance en acceptant de poser un certain nombre d'actes que le monde actuel ne veut pas poser car il a biffé le mystère de la mort et de la résurrection de son horizon. Vous devez témoigner par la manière dont vous bâtissez vos vies, par la manière dont vous acceptez ou n'acceptez pas de partager, de partager vos biens, la vie qui vous est donnée par la procréation des enfants, alors que nous sommes dans un monde occidental riche mais de plus en plus étouffé par son égoïsme. Vous devez être un signe que la vie ne peut pas reposer sur les bases sur lesquelles elle repose actuellement, sur ce qu'on trouve normal dans notre société. C'est au moment où on a l'impression d'avoir tout perdu de nos vies, qu'Il nous rend au centuple, mais justement dans un cœur libéré, et qu'à ce moment-là, nous pouvons vraiment vous entraîner dans l'action de grâces.

Frères et sœurs bien-aimés, saint Paul nous le dit : "Ne croyez pas que l'on peut revêtir l'homme nouveau comme un vêtement par-dessus l'ancien." Il ne suffit pas de se laisser bercer par une belle liturgie ou par les odeurs de l'encens. Tout cela est le signe que nous devons d'abord accepter, avec le Christ, d'être dépouillés jusqu'au plus profond de nous-mêmes, de notre vieil homme. Et c'est quand nous serons dépouillés et mis à mort dans ce vieil homme que le Christ nous revêtira de la robe nuptiale.

Tout à l'heure, nous allons dire : "Notre Père, que Ton Nom soit sanctifié !" N'oublions pas que ce Nom, nous l'invoquons chaque fois que nous faisons le signe de la Croix. En prononçant le nom de la Trinité, nous le traçons sur nous par la croix du Christ. La sanctification du nom du Christ est gravée en nous par la croix. Que Dieu soit sanctifié en nous, au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

 

AMEN

 
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