AU FIL DES HOMELIES

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UN AMOUR SI VASTE ET SI INCONCEVABLE QUE NOUS LE VIVONS AFFECTIVEMENT COMME UNE ABSENCE

Ac 1, 1-11 ; Ep 1, 17-23 ; Mc 16, 15-20
Ascension - Année A (28 mai 1987)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

Frères et sœurs, la fête de l'Ascension, c'est la fête d'un départ. Nous avons coutume, et les enfants qui font leur première communion le savent encore mieux que nous, que lorsque nous ap­prenons la vie du Christ, nous avons coutume d'ap­prendre à le suivre sur les chemins de Galilée lorsqu'Il va de bourg en bourg, guérissant les malades, man­geant chez les pécheurs, proclamant la Bonne Nou­velle du salut. Et puis soudainement, ce paysage change. Le voilà qui remonte aux cieux, le voilà qui disparaît hors de notre vue.

Ainsi l'Ascension c'est la fête du départ du Christ. Et nous voilà de nouveau seuls, sans Lui. Dieu se fait-Il absent de cette terre qu'Il avait pourtant tel­lement aimée qu'Il avait pris chair pour pouvoir la visiter et être au milieu des hommes ? où a-t-Il fini sa mission ? et qu'en est-il pour nous aujourd'hui de ce départ du Christ ? Hommes de Galilée et hommes de tout temps, est-ce que nous regardons le ciel en cet endroit où le Christ a disparu ? Où pouvons-nous le rejoindre ? Et où est-Il maintenant ?

Lorsque le Christ part, toutes les paroles qu'Il laisse sont toujours empreintes d'une annonce et d'une promesse d'une force qui va venir, d'une puissance qu'Il va déployer. Et il semble qu'il soit nécessaire qu'Il monte aux cieux comme pour monter au plus haut de la création, au-dessus même de cette création afin de permettre à cette puissance de se déployer totalement, de pénétrer tout à fait toute l'humanité, en chaque homme. Ainsi le Christ fait l'annonce d'une puissance qui va se déployer, qui va grandir et croître.

Alors, frères et sœurs, cette puissance aujour­d'hui nous la voyons, elle est là entre nous. C'est pour cela que nous sommes rassemblés, non pas simple­ment parce que nous avons voulu venir à la messe, mais parce qu'une force plus forte que nous a tissé entre nous des liens plus forts que nos relations hu­maines et qui fait que, tous ensemble, nous sommes ici des frères et des sœurs d'un même Christ et Fils d'un même Père. La force, l'Esprit, cette puissance qui nous rassemble, cette puissance de résurrection qui rend aussi présents parmi nous aujourd'hui tous ceux qui sont morts, tous ceux qui sont partis, qui ont dis­paru à nos yeux et qui sont partis à cause de la mort, c'est cette puissance de résurrection qui est allée les chercher. De même cette puissance est aussi puis­sance de pardon puisqu'elle rassemble, ici, présents, des pécheurs qu'elle a sauvés et elle a déterré de la mort dans laquelle le péché les avait engloutis. De même cette puissance est aussi une puissance d'amour puisqu'à notre insu finalement, nous qui nous aimons si difficilement, est tissé entre nous un véritable amour qui est l'amour de Dieu, et c'est pour cela que nous croyons à ce commandement: "aimons-nous les uns les autres ", car il ne tient pas à nous mais il tient à l'amour de Dieu.

Puissance de pardon, puissance de résurrec­tion, puissance de salut, puisqu'ici, présents sont ras­semblés tous les hommes appelés à ce salut. Ainsi, frères et sœurs, si le Christ est absent, si nous ne pou­vons L'entendre, nous pouvons tout de même consta­ter ici-même la réalité même de cette puissance qui se déploie et s'exerce devant nos yeux et en nous, car la vie du Christ loin de s'être éloignée de nous, tout au contraire grâce à cette Ascension, a pu pénétrer cha­cune de nos vies, et faire de nos vies ce signe, ce té­moignage de cet Esprit vivant, de cette puissance vivante qui continue à se développer et à croître.

Frères et sœurs, c'est cela la réalité de l'Église qui est comme le prolongement non pas de l'absence du Christ, mais d'une présence quelque peu encore plus intime, d'une puissance qui s'exerce en chacun de nous, à la seule condition : c'est que cette puissance, pour une fois, elle a besoin de nous. Et cette puissance ne peut vraiment se réaliser et devenir réelle à travers le monde, pour devenir vraiment signe de pardon, de salut et de résurrection que si nous le voulons bien, que si nous nous prêtons réellement à être une de­meure de cet Esprit, à être le lieu même où cette puis­sance, malgré notre faiblesse, puisse se développer et être visible.

Lorsque nous baptisons des enfants, comme nous allons le faire à l'instant pour Clotilde et Tho­mas, c'est que nous croyons que cette puissance peut descendre et revêtir ces enfants comme elle nous a revêtus au moment de notre baptême. Et lorsque ces deux enfants vont communier à la chair et au sang du Christ, c'est que nous croyons tous que cette puis­sance peut les faire vivre dans une vie plus forte que celle que nous leur avons donné, vous ses parents, et que cette puissance les amènera à construire en eux cette vie éternelle.

Frères et sœurs, finalement nous y croyons à cet Esprit, nous y croyons à cette puissance. Alors vraiment le Christ n'est pas absent, Il est encore plus présent puisque nous réalisons en chaque acte de l'Église, en chaque geste de croyant, nous réalisons et confessons cette présence de l'Esprit et de sa puis­sance en nous.

Frères et sœurs, c'est cela l'Église : un chemin où nous avons à grandir les uns avec les autres dans la charité et dans la foi pour rejoindre qui ? le Christ qui est la tête de ce corps qui est réalisé, car cette puis­sance nous unit fortement les uns aux autres en nous constituant comme un corps vivant dont le Christ est déjà aux cieux, dont la tête est déjà auprès du Père. Et cette gloire qui resplendit déjà dans le Christ est pro­mise au corps entier. Et ainsi nous serons vraiment des membres vivants de ce corps si nous regardons non pas vers le ciel où le Christ a disparu, mais si nous regardons à l'endroit même où cette puissance s'exerce, où cette gloire commence à rayonner et à illuminer : en l'Église, dans chaque geste de l'Église cette gloire est promise, elle est dite, elle est affirmée, et là même dans ce corps qui avant de devenir glo­rieux comme la Tête qui est le Christ, est appelé lui aussi à construire en lui cette promesse et cette gloire.

Alors, frères et sœurs, par les actes que nous allons poser, par ces baptêmes, par cette eucharistie qui nous a rassemblés dans une force qui nous dé­passe infiniment, dans un amour qui nous dépasse infiniment, certes nous pouvons le vivre un peu comme une absence, mais parce que l'amour est infi­niment plus grand, infiniment plus vaste que notre propre amour, c'est pour cela paradoxalement, que le Christ est vraiment présent parmi nous.

 

AMEN

 

 

 
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