AU FIL DES HOMELIES

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L'ASCENSION DU CHRIST : C'EST DÉJÀ NOTRE VIE ET CELLE DE L'UNIVERS AUPRÈS DU PÈRE

Ac 1, 1-11 ; Ep 1, 17-23 ; Mc 16, 15-20
Ascension - Année A (24 mai 1990)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Frères et sœurs, le mystère de l'Ascension s'ex­prime dans le Nouveau Testament et dans la liturgie par plusieurs images. Et d'ailleurs comment pourrions-nous penser le mystère sans ima­ges ? Encore faut-il ne pas être victime de ces images qui sont toujours imparfaites. Nous disons que le Christ s'est élevé dans les cieux. Nous disons que le Christ s'est assis à la droite du Père. Dire que le Christ s'est assis à la droite du Père, c'est dire que le Christ règne avec Dieu, cela veut dire que "le Christ qui s'était anéanti Lui-même, ne gardant pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu", le Christ qui s'est humi­lié jusqu'à notre condition d'homme, qui est allé jus­qu'au plus profond et au plus bas de notre condition d'homme dans la mort et l'ensevelissement, le Christ par sa Résurrection est exalté dans la gloire, le Christ se trouve auprès du Père, non seulement par sa per­sonne divine, mais aussi dans sa nature humaine.

"Je suis sorti du Père et venu dans le monde. Maintenant Je quitte le monde et Je retourne au Père". le Christ ne quitte pas le monde en abandon­nant cette chair humaine qu'il avait prise dans le sein de Marie, en abandonnant cette nature humaine qu'il a prise à notre image et à notre ressemblance, le Christ retourne au Père emportant avec Lui cette nature hu­maine. Le Christ est dans la gloire de Dieu, le Christ est au cœur du mystère de la Trinité avec la nature humaine, avec la chair, avec la psychologie humaine, avec l'âme qu'Il a prise pour être en tout semblable à nous. C'est cela d'abord que fête l'Ascension. Le re­tour du Christ auprès du Père, et là encore l'expres­sion peut nous tromper. Car comme Fils de Dieu, jamais le Christ n'a quitté le Père, mais il entraîne dans l'intimité du Père, dans l'intimité de la Trinité, cette nature humaine qu'il avait prise et dans laquelle il s'est humilié et dans laquelle Il est mort et ressus­cité.

C'est ce que veut dire aussi l'image de l'éléva­tion. Le Christ s'élève dans le ciel, non pas parce que le Père se trouverait en haut, quelque part entre les étoiles et les galaxies, c'est une image encore et cette image pourrait nous tromper comme si nous croyions qu'à côté de ce monde il y avait un autre monde qui serait distant d'une immensité d'espace par rapport à celui où nous nous trouvons. Quand le Christ s'élève dans les cieux, il quitte notre monde, non pas pour aller ailleurs ou à côté, non pas pour aller dans un autre monde qui serait semblable au nôtre ou même différent du nôtre mais qui ferait nombre avec le nô­tre, le Christ quitte le monde parce qu'il quitte quali­tativement la manière dont nous vivons dans ce monde caduc, dans ce monde temporel, dans ce monde mortel. Le Christ était venu dans notre monde, dans cet univers créé, cet univers de l'usure, de la dégradation progressive, dans cet univers qui peu à peu va vers sa mort, et le Christ y est venu pour mou­rir, comme nous mourrons tous, comme cet univers finira par mourir.

S'Il quitte ce monde, ce n'est pas pour aller ailleurs, mais c'est pour être le principe de la résur­rection, du renouvellement de ce monde. Le Christ ne va pas dans un autre monde, il va transformer notre monde pour qu'il devienne autre. Le Christ n'accom­plit pas un voyage interstellaire, il n'accomplit pas un déplacement local dans l'espace, le Christ change de manière d'être. Au lieu de vivre dans un monde caduc, il devient pour ce monde caduc le principe d'une vie éternelle.

Le Christ emporte en effet notre nature hu­maine avec Lui, cette nature humaine qu'Il a prise de Marie, c'est notre nature humaine, c'est la même chair que la nôtre, il s'est fait homme à notre image et notre ressemblance, pour que nous devenions, à son image et à sa ressemblance, des hommes nouveaux, des hommes ressuscités. En retournant auprès du Père avec sa nature humaine, le Christ entraîne avec Lui toute la nature humaine, car nous faisons corps avec Lui. Il a pris une chair semblable à la nôtre, il a pris une âme semblable à la nôtre, Il a pris une humanité en tout semblable à la nôtre. Il y a entre son humanité, entre sa chair et la nôtre, une communion, une communication, une unité, nous faisons partie de la même race humaine que le Christ perce qu'il a voulu s'insérer dans notre race humaine, Il a voulu prendre en Lui tout ce qui est nôtre. Et entraînant tout ce qui est nôtre avec Lui dans le secret de l'amour du Père, Il nous entraîne avec Lui. Nous ne restons pas dans ce monde vieillissant. Déjà, dans le Christ, nous sommes emportés dans le monde nouveau. Et encore une fois, ce monde nouveau n'est pas un autre monde, c'est notre monde en train d'être transfiguré, d'être trans­formé.

Car si la chair du Christ est la même que no­tre chair, si la chair du Christ nous entraîne avec Lui auprès du Père, notre chair est aussi celle de cet uni­vers. Il y a une communion, une communication dans la matière entre notre corps et tout ce qui nous en­toure, nous respirons l'air, nous vivons par les végé­taux, la chair des animaux de ce monde que nous as­similons dans la nutrition. Nous sommes en commu­nication, en communion permanente avec tout cet univers. Et nous pouvons dire que cet univers fait corps avec notre corps, exactement comme notre corps fait corps avec le corps du Christ. Et en entraî­nant notre chair à la suite de la sienne, le Christ en­traîne aussi, si j'ose dire, la chair de tout l'univers, avec Lui. C'est à travers nous et notre propre corps, tout le monde matériel, tout l'univers dans lequel nous vivons qui est entraîné par le Christ, par sa Résurrec­tion, dans le mystère de l'amour de Dieu.

Ainsi notre monde, même s'il continue à vivre ici-bas son histoire, même s'il va peu à peu vers son extinction, même si, comme nos propres corps mour­ront un jour, cet univers aussi mourra, il a en lui, comme nous avons en nous, un germe de vie éter­nelle, un germe de résurrection. Parce que le Christ est ressuscité, notre chair ressuscitera. Parce que le Christ est ressuscité et que notre chair ressuscitera, l'univers aussi tout entier ressuscitera pour être un monde nouveau. Il y a désormais au cœur de toute chose mortelle, au cœur de toute chose caduque, au cœur de toute chose qui va vers sa perte, un ferment de renouveau, un ferment de transfiguration et de transformation.

Et l'Ascension du Christ, c'est la promesse, et en un certain sens déjà le commencement et l'accom­plissement de ce que sera la transfiguration de notre être, de notre chair et de tout l'univers. C'est cela que veut dire l'élévation du Christ vers le ciel, c'est cela que veut dire l'image du Christ siégeant à la droite du Père. En Lui, par communion, par communication, par contagion, nous sommes déjà auprès du Père, l'univers est déjà assumé dans la gloire. En Lui déjà nous sommes nouveaux, renouvelés. En Lui déjà no­tre univers est nouveau, renouvelé. Non pas un autre monde, mais notre monde, non pas un autre corps, mais notre corps, non pas d'autres êtres, mais notre être, ce que nous sommes, ce qu'est notre chair dans son humilité, ce qu'est ce monde dans sa pauvreté, tout cela est déjà attiré par le Christ dans l'éternité c'est-à-dire dans la plénitude d'un amour transformant.

Le Christ est ressuscité par la force de l'amour du Père, le Christ est ressuscité parce que cet amour qui avait créé le monde ne peut pas se satisfaire de la dégradation et de la ruine de ce monde. Le Christ est ressuscité parce que l'amour avec lequel le Père nous a créés ne peut pas accepter que nous allions à notre perte et que notre péché nous dégrade dans une mort éternelle. Le Christ est ressuscité pour qu'il soit le principe de notre propre résurrection, le principe d'une vie qui n'aura pas de fin, le principe de l'accom­plissement avec le Père de ce désir de l'amour du Père, de ce désir du cœur du Père que nous soyons avec Lui, dans tout ce que nous sommes, pour tou­jours. Le Père nous a créés esprit et corps, le Père nous a créés avec tout cet univers qui nous entoure, Il a tout créé pour que tout s'accomplisse dans son amour. Et rien de ce que le Père a créé ne doit dispa­raître dans la mort. Dieu n'a pas voulu la mort, la mort est le salaire de notre péché et Dieu veut restaurer, par-delà le pardon des péchés, ce que la mort enserre et attire, Il veut tout restaurer dans une vie qui est la vie de son amour pour laquelle Il nous a créés.

Alors, frères et sœurs, cette fête de l'Ascen­sion, c'est la fête d'une immense espérance, c'est la fête de la certitude que, par tout nous-mêmes, en communion avec le Christ, nous sommes déjà sauvés, sauvés c'est-à-dire déjà promis à cette vie qui com­mence en nous, qui naît secrètement au cœur de notre cœur, au cœur de notre corps, au cœur de notre uni­vers, cette vie qui déjà commencé à tressaillir même si nous voyons que les apparences se dégradent et que tout semble aller vers le tombeau. En réalité au cœur de notre chair, au cœur de notre cœur, au cœur de notre univers, il y a ce tressaillement de la vie, d'une vie plus forte que la mort, d'une vie éternelle, ce tres­saillement de l'amour victorieux de Dieu.

Le Christ ressuscité nous sauve, le Christ res­suscité nous prend en Lui, le Christ ressuscité est déjà auprès du Père en notre nom et il nous conduit, il nous appelle, Il nous entraîne, déjà il nous fait vivre, déjà il dépose en nous ce germe de la vie. Rendons grâce au Seigneur pour ce mystère de l'accomplisse­ment du dessein de Dieu, de ce dessein d'amour par lequel nous sommes pour toujours vivants auprès de Dieu.

 

AMEN

 

 

 
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