AU FIL DES HOMELIES

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COMMENT REGARDER ?

Ac 1, 1-11 ; Ep 1, 17-23 ; Mc 16, 15-20
Ascension - Année B (17 mai 2012)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Ascension …
Frères et sœurs, et vous aussi les enfants, on devrait faire plus attention à ce que nous disent les anges (le mot ange veut dire : messager). Un ange ce n'est pas quelqu'un qu'on ne voit pas, ou simplement quelqu'un qui a des ailes, c'est avant tout quelqu'un qui est porteur d'un message extrêmement important. Or, par deux fois, au début du chapitre vingt-quatrième de l'évangile de Luc, et ensuite tout au début du livre des Actes des apôtres, nous l'avons entendu tout à l'heure, les anges se sont mis à deux pour venir dire aux hommes deux vérités fondamentales qui sont en lien avec la fête d'aujourd'hui, l'Ascension.

Dans le chapitre vingt-quatrième de Luc, ce sont les apôtres qui viennent entourer le corps mort de Jésus. Les deux anges leur disent : "Qu'êtes-vous venus voir ?" Vous êtes venus voir un mort, vous êtes venu voir Jésus ? Il n'est pas ici, il est ressuscité, il est ailleurs. Première chose, ne pas regarder vers la mort, la souffrance, la finitude, le désespoir, et loin de moi de dire que cela est facile. Par une sorte d'instinct, nous sommes plutôt attirés et fascinés par rapport à la question de la mort et de la souffrance qui habitent notre propre existence. Mais si les anges nous invitent à ne pas regarder par terre dans le tombeau, ils ne nous invitent pas pour autant à regarder vers le ciel. C'est la finale de l'évangile de ce jour : le Christ disparaît aux yeux des hommes, et les deux anges disent aux apôtres : "Que faites-vous à regarder vers le ciel ? le Christ n'est plus là mais il reviendra par le même moyen".

On a l'impression que les anges nous font tourner en bourrique ! A la fois il ne faut pas regarder vers la terre, vers notre humanité, vers notre finitude et notre condition charnelle, vers la mort, la souffrance, la maladie, et en même temps, il ne faudrait pas lever les yeux vers le ciel pour regarder avec espérance notre destinée, regarder avec bonheur ce beau ciel bleu comme il peut exister à Jérusalem ou en Provence ? Alors, où faut-il regarder ? la question n 'est pas : "où faut-il regarder ?" la question est : "comment faut-il regarder ?" ce n'est pas tout à fait la même chose. Je crois que c'est cela la clé de lecture à la fois du livre des Actes des apôtres, et ce n'est pas la première fois depuis ces derniers dimanches que je vous fais un mini-cours sur les Actes des apôtres. Et aussi en écoutant l'épître aux Éphésiens je me disais qu'il n'était pas question aujourd'hui simplement de la fête de l'Église, je pense aussi que c'est la fête des familles et même la fête des couples. Vous n'avez peut-être pas prêté attention mais dans l'épître aux Éphésiens que nous avons entendu, c'est là que s'établit chez saint Paul, la théologie selon laquelle le Christ est la tête de l'Église et l'Église qui est son corps. Quelques chapitres plus loin, dans la même épître saint Paul va développer un des plus beaux textes qui puisse exister sur l'amour conjugal, souvent très dévalorisé, parce que ce texte commence par ces mots : femmes soyez soumises à vos maris. En tout cas, si la femme doit être soumise à son mari comme l'Église est soumise au Christ qui est la tête, encore faut-il que le mari soit prêt à mourir pour sa femme comme le Christ est mort pour l'Église. Messieurs, j'espère que vous avez bien entendu ! ne demandez pas à vos femmes de vous obéir si vous n'êtes pas prêts à mourir pour elles …

J'en reviens aux Actes des apôtres. Je ne sais pas si vous avez été frappés mais quand nous lisons les lettres de saint Paul, on a toujours le sentiment que les communautés chrétiennes sont toujours traversées par des dissensions, des jalousies. Nous on n'est pas pire qu'eux, cela nous met du baume sur le cœur, on se dit qu'en 2012 on fonctionne comme les communautés des Corinthiens et les autres. C'est chez saint Paul. Cela obéit aussi à un genre littéraire, des personnes écrivent à saint Paul : ça ne va plus, est-ce tu que peux nous donner une bonne recette pour revigorer tout cela, et que cela re-fonctionne ? Mais si nous lisons les Actes des apôtres, alors que chez saint Paul on croit que l'Église est profondément divisée, même s'il y a d'admirables passages sur l'unité de l'Église, si nous pensons que l'Église est divisée chez saint Paul, dans les Actes des apôtres l'Église est profondément unie. Les spécialistes et les esprits chagrins vous diront que les Actes des apôtres ont été écrits comme on écrivait la Pravda, c'est-à-dire qu'il fallait surtout ne pas dire la vérité et que l'auteur s'est bien gardé de parler des dissensions et qu'il a préféré mettre au premier plan tout ce qui fonctionnait très bien. Pas de problèmes Madame la marquise !

Je ne suis pas un esprit chagrin. En fait, ce qui se passe dans les Actes et qui suit tout de suite le récit que nous avons entendu, ce sont les effets de l'Ascension. L'Église n'est pas une invention humaine, l'Église n'est pas quelque chose qui a été inventé pour remplacer le Christ en attendant qu'il revienne. L'Église est une extension du Christ ressuscité. Le miracle le plus grand c'est cet amour que le Christ ressuscité assis à la droite de Dieu le Père dans les cieux, c'est ce qu'il offre à sa première Église cet amour qui rend capables des hommes et des femmes, même s'ils ne s'entendent pas, de pouvoir vivre en communion. Nous l'oublions trop souvent, c'est l'effet le plus important. Nous pensons toujours à un effet personnel, notre propre destinée, notre propre résurrection, or ce qui est fondamental dans le récit des Actes des apôtres, et même dans l'évangile de ce jour, c'est cette extension de l'Église qui est le corps du Christ, le Christ étant la tête.

Je n'ai pas oublié la question que je posais au début de cette homélie. Si nous n'avons pas regardé en bas et si nous n'avons pas regardé en haut, où devons-nous regarder ? Je vous disais que la vraie question c'était plutôt comment regarder ? Car enfin la fête de l'Ascension consiste à regarder non plus d'un côté Dieu, dans le ciel, non plus regarder l'homme. Beaucoup de chrétiens sont déçus, ils se sont dits qu'en définitive puisque c'était un message angélique, nous avions à regarder en bas, à nous occuper de nos petites affaires, et de faire en sorte que le monde tourne mieux. Tant mieux, s'il tourne mieux, il faudrait le faire. Mais ce que nous avons à contempler, c'est la chair ressuscitée ce qui n'est pas tout à fait la même chose. La chair ressuscitée, c'est l'abolition de la frontière entre le ciel et la terre. La chair ressuscitée ce n'est plus à la fois d'avoir un œil qui regarderait verts le ciel, et un œil qui regarderait vers la terre. La chair ressuscitée c'est en un seul coup d'œil, contempler à la fois la réalité de la vie humaine, de cette chair que le Christ a épousée, et en même temps, cette chair humaine déjà ressuscitée auprès de la Trinité.

Dans la lettre aux Éphésiens, Paul nous dit que nous sommes supérieurs aux "Puissances". Pour beaucoup d'entre nous, nous pensons encore que nous sommes assujettis à des Puissances, à Dieu, au Christ. Certes, nous sommes assujettis au Christ comme le dira saint Paul plus loin dans la même lettre. Il n'empêche que maintenant, aujourd'hui, avec la fête de l'Ascension, ce n'est pas simplement le Christ Dieu qui est remonté auprès de son Père, c'est que maintenant, il y a une chair humaine qui est supérieure aux Puissances. Par conséquent, quand nous élevons notre regard, et que nous regardons la Trinité, nous contemplons au cœur même de la Trinité notre chair déjà ressuscitée.

Frères et sœurs, vous voyez tout ce que cette fête peut nous apporter en termes de méditation mais aussi en termes d'action pour nous-même. Que ce soit au cœur de nos familles, au cœur de notre vie paroissiale, la question n'est plus de se dire que nous aurions à choisir l'action et la contemplation. La question n'est plus de nous dire que nous avons à choisir ce monde ici-bas, et le monde d'en haut. En réalité, avec l'Ascension, le Christ ressuscité nous donne et je reprends les mots de Paul, la plénitude totale et entière car maintenant, le corps du Christ est enlevé à la suite de la tête qui est le Christ et qui est maintenant assis à la droite du Père.

Frères et sœurs, ce que nous avons à contempler, ce que nous avons à regarder, c'est une chair quelquefois trop humaine à nos yeux, quelquefois abîmée, nous trouvons que le monde n'est pas assez beau, nous avons un esprit chagrin. Or ce que Luc a pu contempler, et c'est son avantage par rapport à Paul, c'est qu'il écrit après. Une fois que Luc a pris de la hauteur par rapport à ce qui venait de se passer, ce qu'il a contemplé, ce n'est ni la terre, ni le ciel, mais c'était la construction en actes du corps du Christ qui est l'Église, de cette chair si fragile et on le voit avec les dissensions qui existent entre les apôtres, ou les dissensions qui existent au cœur d'une paroisse ou même de l'Église universelle. Mais au cœur de ces dissensions, au cœur de cette chair si fragile, surgissent déjà les prémices de la résurrection.

Frères et sœurs, que nous ayons à coeur, comme chrétiens, de rechercher sans cesse la contemplation de la chair, de l'humanité déjà transformée, de cette humanité du Christ, l'humanité qui est déjà auprès de Dieu et qui préside à toute la création.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 

 
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