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QUESTIONS DE DISCIPLES ?

1 Tm 1, 15-17 et 3, 16 ; Jn 16, 22-33

Lundi de la sixième semaine de Pâques – C

(21 mai 2001)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

J

e ne sais pas si vous avez le même sentiment que moi, mais depuis que nous lisons ces chapitres de saint Jean, ce discours que Jésus adresse à ses apôtres avant de quitter ce monde pour aller vers le Père, ces Paroles sont difficiles à comprendre, un peu comme des confidences de quelqu'un qui confie des choses importantes à ses amis avant de partir. Ce dis­cours, nous le lisons déjà dans le temps qui précède la Passion du Christ, et voici que nous reprenons ce même texte en ce temps proche de l'Ascension, comme si la Passion, la Résurrection et les apparitions du Christ auprès des apôtres étaient restés sans effet, ne permettant pas aux apôtres, et donc à nous, de comprendre vraiment le sens de ses dernières paroles.

La liturgie nous propose à nouveau ce même discours, nous laissant le temps d'approcher ces pa­roles pour essayer de les laisser résonner dans notre cœur, à la lumière de la Résurrection.

Il faut bien remarquer aussi le rapport d'in­compréhension entre les disciples et Jésus, dans ses discours. A chaque fois qu'un apôtre dit à Jésus "J'ai enfin compris", ou encore : "Je crois en toi", on peut penser à Natanaël, à Pierre, aux disciples qui disent : "Enfin, Tu parles clairement, nous avons compris !" Et Jésus avec une pointe d'ironie répond : "Vous croyez à présent ? Vous ne croyiez pas auparavant ? Je vous ai dit ces choses, et maintenant, vous croyez ?" Le problème, c'est que les disciples croient parce qu'ils pensent que Jésus est capable d'annoncer l'ave­nir, et lorsque Jésus se méfie de la foi, de la raison profonde pour laquelle nous croyons en Lui, qu'Il est le Fils de Dieu, il semble déceler la faille : nous ne croyons pas en sa vraie identité de Fils de Dieu. Cette incompréhension des disciples, on la retrouve à nou­veau au moment où Jésus va quitter ses disciples pour monter vers le Père, et les disciples posent une nou­velle question : "Quand vas-Tu rétablir la royauté en Israël ?" Mais, la royauté dont il est question pour les disciples, c'est une royauté politique. Comme si ce qui avait été dit avant la Passion n'avait pas été compris, c'est vrai qu'on peut comprendre la difficulté d'adhé­rer pleinement à réalité de croire en Jésus Fils de Dieu, surtout dans les évènements de la Passion, mais comme si ce que Jésus avait enseigné à ses disciples après la Passion n'avait pas porté ses fruits.

Ce mouvement de l'Incarnation, de Jésus qui vient dans notre vie humaine pour révéler le Père, et qui se prépare à retourner au Père, évoque un petit verset du prophète Isaïe : "La pluie et la neige ne re­montent pas vers le ciel sans avoir rempli leur mis­sion, et fécondé la terre". Là, il n'y a pas apparem­ment de fécondation. Jésus livre son secret dans les paroles où il explique quelle est sa relation au Père, particulièrement lors de son arrestation. Les apôtres croient en Jésus, pas pour ce qu'il est : le Fils de Dieu, et Jésus leur dit : "Au moment où vous allez tous m'abandonner, Je ne serai pas seul, mon Père sera avec Moi." C'est, me semble-t-il, le secret de Jésus pendant sa Passion, mais c'est aussi ce qu'il nous pro­pose aujourd'hui, dans les moments de nos vies où nous avons l'impression d'être seuls, Dieu parfois semble très loin de nous, dans les souffrances, dans la séparation avec quelqu'un que nous aimons, dans l'in­compréhension du monde qui nous entoure, nous sommes amenés à penser qu'il n'y a pas de fécondité, que tout ce que Jésus a dit, c'est bel et bien, mais nous n'en voyons pas le retour. Jésus nous redit que sa Pas­sion n'a pas été vaine, qu'elle a bien abouti au Salut de toute l'humanité, et que nous sommes tous fils et filles de Dieu. A travers les épreuves, nos "passions", Jésus nous redit : "le Père et Moi, nous sommes un", le Père est toujours avec nous dans cette unité qui nous conduit jour après jour vers la rencontre face à face pour l'éternité.

 

 

AMEN