AU FIL DES HOMELIES

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1 Tm 1, 15-17 et 3, 16 ; Jn 16, 16-22

Lundi de la sixième semaine du temps pascal – A

(6 mai 2002)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

C

e passage de l'évangile, la Bible de Jérusalem y met un titre : c'est l'annonce d'un prompt retour. Mais il pourrait aussi s'appeler, à l'instar de la "chronique d'une mort annoncée", "chro­nique d'un départ", puis "chronique d'un retour". Cela pourrait faire penser aussi à ces gens qui ne cessent de dire : je vais partir, au revoir, et qui sont encore tou­jours là, et qu'on ne cesse de revoir. Ainsi, la Bible elle-même dans ses notes se contente de commenter ce passage en disant : après sa mort et sa disparition, donc, entendez son départ, les disciples retrouveront Jésus doté d'une vie nouvelle. Donc, son retour, sa Résurrection. Je crois qu'on peut d'arrêter aujourd'hui sur le mot clé de ce passage d'évangile, qui est le mot : "voir". "Vous ne me verrez plus puis, un peu de temps et vous me verrez". Il y a une importance de la vision, non seulement dans la Bible, mais également aujourd'hui dans l'acte d'être chrétien. Vous le savez, le propre du désir de l'homme dans l'Ancien comme le Nouveau Testament, c'est de voir Dieu. C'est le désir de reconnaître le visage du Seigneur par l'Incarnation du Fils de Dieu. Ce que dit saint Paul dans son épître à Timothée, c'est la reconnaissance de la manifestation, de cette vision de Celui qui était attendu, du visage du Seigneur. Lui dont il dit : "Il a été manifesté dans la chair, justifié dans l'Esprit, vu des anges, proclamé chez les païens, cru dans le monde, enlevé dans la gloire". Mais nous pourrions dire, cela reste du passé. Or, à l'instar de ce que dit saint Thomas d'Aquin : "le propre de la vie éternelle sera également la vision", ce que l'on appelle la vision béatifique. Nous passerons notre temps à voir Dieu. Et cette joie-là, nul ne pourra nous la ravir, et elle sera pour toujours. C'est la plus grande des joies, parce que lorsqu'on regarde, lorsque l'on voit, on peut être déjà dans notre monde, comme fascinés par ce que l'on voit. Voir pour le chrétien, c'est donc, contempler. C'est la même réalité, c'est le même acte. Mais vous me direz : vu, manifesté, c'est du passé, contemplé et vu dans l'éternité, ce n'est pas encore pour maintenant. Justement non, parce que ce que nous apprend cet évangile sur "un peu de temps, vous ne me verrez plus, et puis ensuite vous me verrez", cela ne s'adresse pas seulement au fait que les apôtres vont avoir la vue, la vision de Jésus ressuscité, mais c'est pour chacun des disciples du Christ comme pour chacun d'entre nous. Il nous faut donc apprendre à voir ce qui déjà s'est laissé montrer, à voir ce que nous ne cesserons de contempler.

Les Pères de l'Église, notamment saint Augustin, aimaient à parler des vestiges ou des traces de Dieu qu'il laisse dans notre monde. Pour eux, il y avait une réalité essentielle, c'étaient les mystères, ce que nous traduisons faiblement par le mot "sacrement" entre autres, c'étaient les mystères de Dieu qui se laissaient voir aujourd'hui. Ainsi, le christianisme est fondé, non pas comme on le dirait sur des visions, mais sur du voir. Et ce "voir", c'est l'Église, et ce corps qu'est l'Église dans sa liturgie, dans la plus concrète des réalités nous donne à contempler, à voir et à vivre. En somme, il s'agit de voir et de reconnaître dans l'eucharistie, la présence même de Jésus, Il nous est donné de voir et de contempler sur le visage de nos frères le baptême qui les configure à Jésus-Christ pour contempler aussi cette présence de Dieu dans ces tabernacles que nous sommes. Il s'agit de voir dans le monde qui nous en­toure comme aimait à le dire le concile Vatican II, dans les signes du temps, de ce temps, la manifesta­tion de Dieu qui accorde sa grâce et son amour à toute la création. Il s'agir de voir et de vivre toute cette Eglise et toute cette liturgie, qui nous amène peu à peu à s'habituer sans s'y habituer cependant, à cette exceptionnelle présence de Jésus au plus profond, au cœur même de notre vie, "Un peu de temps, vous ne me verrez plus, puis, vous me verrez". La Bible com­mentait en disant : c'est la mort, puis la résurrection de Jésus.

C'est donc la Pâque ! Alors, contemplons et vivons les passages, c'est-à-dire la Pâque de Dieu dans ce monde, puisque Dieu passe encore parmi nous.

 

 

AMEN

 

 
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