AU FIL DES HOMELIES

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LOIN DES YEUX, PROCHE DU COEUR

1 Tm 1, 15-17 et 3, 16 ; Jn 16, 22-33

Lundi de la sixième semaine de Pâques – B

(22 mai 2006)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

N

ous lisons le discours d’adieu de Jésus à ses disciples et nous avons entendu il y a quelques minutes, ce passage :  "Tout cela, je vous l’ai dit en figures. L’Heure vient où je ne vous parlerai plus en figures mais je vous entretiendrai du Père en toute clarté". Et plus loin, les disciples de Jésus qui s’exclament en disant : "Ah ! voilà que maintenant, tu parles en clair, sans figures".

Frères et sœurs, à quelques jours de la célébration du jeudi de l’Ascension, du départ du Christ, l’Église nous convie à réfléchir sur la relation qui existe entre Jésus et ses apôtres, et comme par ricochet, bien sûr, à la relation qui existe entre Jésus et nous-mêmes, chrétiens en 2006. Nous pourrions résumer cela par rapport au problème qui existe entre ce qu’on appelle l’émetteur et le récepteur. Pour qu’il y ait communication, il faut bien sûr qu’il y ait un émetteur, mais il faut aussi qu’il y ait un récepteur.

Je crois que c’est exactement le problème dans l’évangile d’aujourd’hui. Il ne s’agit pas uniquement d’avoir un émetteur qui fonctionne, c’est-à-dire Jésus, encore faut-il qu’il y ait un récepteur qui fonctionne, c’est-à-dire les apôtres ou nous-mêmes. Et tr ès souvent, et les apôtres en premier, nous avons tendance à penser que quand la relation ne se fait pas entre Dieu et nous, c’est souvent la faute de l’émetteur qui émet mal. Mais quand nous lisons les évangiles, nous voyons bien comment Jésus, très régulièrement, accuse en fait les apôtres de ne pas être capables de comprendre ce qu’il dit. Effectivement, qu’est-ce qui fait la qualité d’une relation ? ou plutôt qu’est-ce qui fait qu’une relation risque de se déliter ? Il y a le temps, il y a l’espace. Le temps, c’est de dire, oui, quand nous lisons les évangiles en 2006, nos contemporains disent : ah, les apôtres avaient de la chance, ils étaient auprès de Jésus, ils voyaient tout en clair, c’était extraordinaire, et ici nous avons la preuve qu’il n’en est rien ! Les apôtres vivaient avec Jésus, et pourtant, ils n’arrivaient pas à voir clair dans le discours de Jésus. En écoutant cet évangile avec vous, cela me faisait penser à une petite B D d’une page, assez rigolote, où vous voyez Jésus qui ferme un œil, et un premier apôtre arrive et lui demande ce qu’il a. Jésus dit, j’ai quelque chose qui est tombé dans l’œil. Saint Pierre arrive après, il lève les yeux, et dit il y a une poutre, et en fait, il y a peut-être un morceau de paille qui est tombé de la poutre et tu l’as reçu dans l’œil. Jésus un peu énervé lui répond, mais Pierre, à la place de faire des grands discours, tu ferais mieux d’aider l’autre apôtre à enlever la paille qui est dans mon œil. Dans l’image suivante, on voit Pierre tout recroquevillé en train de raconter, en fait, Jésus m’a dit qu’il valait mieux enlever la paille dans son œil plutôt que de regarder la poutre. Cela finit en disant : qu’est-ce tu as à regarder la paille dans l’œil de ton voisin, alors que tu as une poutre dans ton œil ? La dernière image représente Dieu barbu sur son nuage qui dit : j’aurais mieux fait d’offrir un magnétophone à mon Fils, pour que ses discours soient mieux retranscrits. Je trouve cela assez intéressant, parce que c’est exactement le problème, et c’est le gros problème de nos contemporains, à savoir, nous croyons que la qualité de la relation avec Jésus est liée d’abord au fait qu’il est là, maintenant, comme il y a deux mille ans. Et nous soupirons toujours sur le fait que nous n’avons pas eu la chance de voir Jésus.

Il y a le problème du temps, mais il y a le problème de l’espace aussi. Vous connaissez l’adage : loin des yeux, loin du cœur, c’est exactement la même chose. Jésus est loin, donc, il n’est pas là dans notre cœur. Ah ! s’il était proche de nous maintenant en 2006, si nous pouvions le toucher et le voir de nos yeux, il serait aussi dans notre cœur. Je crois qu’on a exactement le même problème, ce n’est pas parce que quelqu’un est proche de nos yeux qu’il est proche de notre cœur, et nous en faisons l’expérience régulièrement.

Je crois que ce que cet évangile veut nous dire, c’est que la qualité de la relation entre Jésus et ses disciples ne va pas passer par le fait qu’il est proche d’eux, la qualité va passer par un événement absolument paradoxal, c’est l’événement de l’absence, c’est-à-dire la mort. Le discours d’adieu de Jésus tel que nous le lisons ici, concerne son arrestation au Jardin de Gethsémani, et de sa crucifixion et de sa mort. Lire ce passage-là maintenant à la fin de ce temps pascal, c’est de dire : Jésus ressuscité vient régulièrement voir ses disciples, et dans quelques jours, il va quitter la terre et monter définitivement auprès de son Père. C’est une autre forme d’absence. Et ce que Jésus est en train de dire à ses disciples, c’est que la vérité n’est pas liée tant à la proximité physique, charnelle, temporelle, tout ce que vous voulez de la personne, mais paradoxalement, à l’absence. Et nous en faisons l’expérience quand nous avons quelqu’un que nous aimons qui nous quitte, qui meurt. Au cœur même du deuil, nous découvrons d’une manière incroyable, comment celui ou celle qui est mort est encore plus proche de nous, et nous arrivons même à lever ce fameux voile et à découvrir véritablement qui est cette personne qui nous a quittés.

Je crois, frères et sœurs, que c’est cela aussi l’absence de Dieu dans notre vie. Peut-être que cette absence de Dieu devrait nous permettre de mieux vérifier la qualité de notre relation avec Dieu, de découvrir qu’en face nous avons un Dieu qui a une relation indéfectible avec nous, et que cette absence de Dieu dans notre vie, ne fait que nous renvoyer à notre propre péché, à notre propre faiblesse, et comme on le disait tout à l’heure : loin des yeux, loin du cœur.

Frères et sœurs, que cette absence de Dieu, cette absence du Christ ressuscité quelquefois aussi dans notre cœur, soit pour nous l’occasion de retourner cet adage et de découvrir que oui, peut-être Dieu loin des yeux, mais plus proche de la vérité dans notre cœur.

 

 

AMEN

 

 

 
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