AU FIL DES HOMELIES

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LA FIDÉLITÉ

Ac 1, 15-26 ; Lc 22, 24-30

Lundi de la sixième semaine de Pâques – B

(14 mai 2012)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Matthias (Cernay l'Église)

F

rères et sœurs, vous le savez c'est une expression que l'on utilise encore un peu en français : "Et le sort tomba sur Matthias". Quand on dit cela, on a l'impression de sortir un lapin du chapeau, que quelque chose de totalement imprévisible vient de se passer, qu'une personne à laquelle on ne pensait absolument pas sort du bois, et devient tout à coup publique, prenant une place qu'on ne pouvait envisager auparavant.

Or, dans le texte des Actes des apôtres, cette liberté totale que l'on donne au Saint Esprit et l'on a bien raison, est quand même conditionnée à certaines choses. C'est le sens même du discours qui précède le tirage au sort. Pierre relit à l'aune du livre des Psaumes ce qui s'est passé auparavant, et à travers les Psaumes, il lit à la fois le destin des hommes et en même temps l'action libre totale mais en même temps en conformité avec le caractère des hommes, l'action libre et totale de Dieu et de l'Esprit Saint. Sont résumées dans ces trois petites lignes extraites du livre des Psaumes à la fois la figure du traître par excellence, Judas, et un homme dont on ne savait absolument rien, si ce n'est que la condition qu'il devait remplir était la suivante : avoir accompagné Jésus depuis le début jusqu'à la fin, c'est-à-dire le moment où le Christ quitte ce monde, ce que l'on va célébrer le jeudi de l'Ascension.

En fait, à travers la figure de cet apôtre, font on ne sait pas grand-chose, Matthias, est inscrite comme à l'avance la promesse que Dieu fait à chacun de pouvoir être agrégé au corps du Christ ressuscité qui est l'Église. Vous me direz que contrairement aux apôtres, ce passage se situe au cœur même de l'institution de l'eucharistie rapporté par saint Luc et ce n'est pas tout à fait à l'honneur des apôtres. Au moment où le Christ offre son Corps et son Sang, la seule chose qui intéresse les apôtres c'est de savoir qui va être le premier. Et parmi le corps des apôtres il y en a un qui a péché, et on va le remplacer par quelqu'un qui lui, au moins, n'était pas au moment de la Cène, qui n'a pas profité de ce dernier repas avec le Christ, mais qui a su être fidèle à la place qui était la sienne, être un disciple sans être apôtre, être fidèle tout en restant à sa place. Il y a à ce moment-là un va et vient, une respiration entre ce corps des apôtres que l'on croit comme enfermé sur lui-même avec une clôture invisible, et les autres. En fait, cela circule dans les évangiles entre le groupe des douze, les disciples, le groupe des femmes, et chacun des groupes n'est pas clos et fermé sur lui-même. Il y a un échange permanent et là l'échange se fait dans l'autre sens, puisque c'est un simple disciple fidèle qui va venir reconstituer le collège des apôtres.

Ce qui se passe pour Matthias, le Christ ressuscité nous le donne à chacun d'entre nous à travers le sacrement de baptême, à travers cette invitation que le Christ nous fait de le suivre et d'être fidèle. Ce passage de l'évangile c'est une promesse adressée à chacun d'entre nous. Nous ne pouvons pas être fidèles au corps terrestre du Christ comme pouvaient l'être les apôtres, les disciples ou les femmes qui suivaient Jésus, mais à notre manière, nous pouvons être fidèles à ce qui est la tête de l'Église et être fidèles à l'Église en tant qu'elle est le corps du Christ.

Frères et sœurs, quelquefois nous avons le sentiment que le sort nous tombe dessus et que nous sommes profondément touchés par une grâce que nous ne méritons pas et nous avons raison, mais il peut arriver qu'après avoir reçu cette grâce, nous puissions relire notre vie à l'aune du psautier, de la parole de Dieu pour découvrir que si l'Esprit de Dieu souffle où il veut, en même temps, il y a de la part de Dieu une sorte de prédétermination à ce souffle, c'est simplement cette fidélité que nous avons à avoir vis-à-vis du Christ. Cette fidélité en fait, n'est pas bien difficile, puisque Dieu l'accorde à des hommes et à des femmes qui ont trahi le Christ. Les seules personnes qui auraient mérité la grâce de Dieu, ce sont celles qui sont restées au pied de la croix.

Frères et sœurs, que nous ne restreignions pas cette fidélité à nos propres forces, nous ne pouvons rien, mais que nous puissions là aussi, rendre grâce de ce que le peu de fidélité que nous donnons au Christ est comme poussé par ce même Esprit de liberté, de grâce si nous sommes fidèles, c'est parce que le Christ est fidèle.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 

 
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