AU FIL DES HOMELIES

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VIVRE EN LA PRÉSENCE DE DIEU

Os 6, 1-6

(3 mai 2005)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

C

omme le disaient récemment quelques paroissiens dans un groupe de réflexion sur la Bible qui se réunit le samedi, et dans lequel nous lisions quelques textes assez fondamentaux du livre de Job, les intuitions étaient tellement bien cachées dans le texte que parfois, on pouvait passer à côté sans les reconnaître, des intuitions profondes sur l'annonce du Messie. C'était un texte sur le défenseur. 

Nous avons là aujourd'hui aussi dans le texte d'Osée, une sorte de perle. Une perle non pas cachée dans l'océan, parce que l'ensemble du texte est comme une sorte de fermentation. Cela nous fait penser et nous aide à découvrir comment la vérité ne se peut recevoir d'abord que par éclats. L'intensité de la vérité est telle que si nous la recevions comme la transfiguration, en pleine lumière, nous clignerions des yeux de l'âme, mais nous fermerions notre esprit. C'est ce que saint Paul dira d'une autre manière. Il nous faut un apprentissage, un apprivoisement, pour que l'intensité ne nous brûle pas mais qu'elle illumine. Ce n'est pas que Dieu ménage les prises, comme s'il lâchait quelques morceaux, et puis à nous de les attraper, un peu comme ces pièces qu'on lance, qu'on ramasse, et il faudrait tomber sur la bonne pièce. L'Ancien Testament est conçu pour que non seulement le texte perle comme celui d'aujourd'hui, mais ce qui entoure la perle, comme dans un bijou, l'appareillage qui enserre le diamant est aussi important que le diamant lui-même. C'est dans cet ensemble, cet appareillage puissant, qui est la manière dont Dieu sait parler à l'homme. On n'a pas à tirer les éléments comme ça en disant : le reste est peu intéressant. Non, cet amour de Dieu révélé dans le prophète Osée ne s'entend que dans l'amour d'Osée pour sa femme, sinon cela n'a aucun sens. Si, cela a du sens, mais nous n'entendons pas le chemin que Dieu dessine pour que nous l'entendions nous-même. 

       Car l'histoire d'Osée, c'est d'abord l'histoire d'un homme qui aime une femme qui le trompe, qui se prostitue. C'est dans cet amour bien incarné, dans cette blessure bien saignante d'un homme qui aime une femme et qui ne la reconnaît pas comme telle, que le prophète va à travers ce malheur, y entendre un autre langage, une révélation de ce que Dieu vit avec son peuple. Et quand on entend : "Votre amour est comme la nuée du matin, comme la rosée qui tôt se dissipe", il l'a vécu avec cette femme qui le matin même avait renouvelé ses promesses, et comme une femme trop légère qui ensuite était repartie dans le désert comme une chamelle en rut. Il l'a vécu intensément, et il l'a inscrit dans son être d'homme. D'ailleurs peu importe que ce soit cet homme et cette femme-là. C'est l'expérience creusée qui lui permet d'entendre plus, et ensuite, dans ce texte incroyable : "Venez, retournons vers le Seigneur, Il a déchiré, Il nous guérira, Il a frappé, Il pansera nos plaies. Après deux jours, il nous fera revivre, et le troisième jour, Il nous relèvera et nous vivrons en sa présence"

       On ne peut pas faire plus explicite, non seulement sur la manière dont Dieu vient combler un amour, s'inscrire dans un amour humain pour nous dire son amour puissant et définitif, mais cet amour il est vie, il est vivre "en présence de". Ce n'est pas simplement une sorte de sentiment, on n'est pas dans le sentiment de Dieu, on est dans la manière dont Dieu propose une vie en sa présence. C'est cela que nous guettons, que nous sentons comme à l'avance, les effluves de la présence de Dieu qui nous permettent de deviner que cet amour-là n'est pas simplement une sorte d'attention et de bienveillance magnanime de Dieu pour les hommes. C'est un partage de vie, c'est que chaque instant vécu, comme quand on aime quelqu'un, est comme une perle, un moment précieux. Et Dieu veut partager au sens profond du terme, que ce soit toi et moi, que ce soit nous, et que cet instant soit l'occasion de ce "nous" et de cette communion inouïe. Et la meilleure manière que nous ayons d'entendre, ce n'est pas de le projeter dans une sorte d'expérience d'emblée "d'ailleurs", elle s'inscrit dans nos manières dont nous avons de nous aimer, de nous déchirer, de nous guérir les uns les autres, et dans ces imperfections même, se fait sentir, se dévoile la dureté du diamant de l'amour de Dieu, sa permanence, son éternité. 

       Que cet Ancien Testament dans la manière dont apparemment il nous déconcerte, mais au fond, il nous attire à découvrir l'éclat de la vérité de Dieu, que cet amour qui me plaît, et non les sacrifices, nous serve de guide en ce temps de carême. 

 

       AMEN 


 

 

 
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