AU FIL DES HOMELIES

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CE JOUR-LÀ, VOUS NE POSEREZ PLUS DE QUESTIONS

2 Tm 2, 8-13; Jn 16, 23-33

(13 mai 1980)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

P

 

oser des questions, interroger, cela signifie une sorte de position intermédiaire dans laquelle, à la fois, on est intéressé par quelque chose, mais en même temps on n'est pas tout à fait au clair sur cette réalité. Et c'est pour cela que l'on questionne. Questionner, cela veut dire, à la fois, être intéressé par une chose, et en même temps, ne pas la connaître suffisamment. Or le Christ nous dit que ce jour-là, nous ne poserons plus aucune question. Qu'est-ce que cela veut dire ?

Est-ce que cela veut dire que, vis-à-vis du Christ, nous n'aurons plus cet intérêt qui nous fera lui poser des questions concernant son mystère, concernant ce qu'Il est ? Est-ce que cela veut dire que nous aurons une sorte de connaissance tellement globale et tellement totale du mystère du Christ, que tout nous sera connu et que tout sera comme épuisé ? Nous savons bien pourtant qu'il n'en est pas ainsi, et que, pour nous aujourd'hui connaître le Christ, c'est savoir en même temps qu'il y a encore dans notre connaissance des tas de zones d'ombre, dans lesquelles nous ne pouvons pas voir exactement cette emprise du mystère du Christ sur nous et sur le monde, tout ce que nous n'expliquons pas, tout ce que nous ne comprenons pas, et Dieu sait que, aujourd'hui, plus que jamais, nous sommes insatiables à poser des questions. Pourtant le Christ nous dit que, si nous étions vraiment chrétiens, nous ne poserions aucune question. Est-ce que cela veut dire que notre vie devrait se dérouler seule sans problème et sans question. Je ne crois pas.

Je crois que si le Christ dit qu'il ne faut pas poser de questions, ce jour-là, c'est parce qu'Il fait allusion au moment de sa mort et de sa Résurrection. En effet, quand le Christ meurt, tout l'univers, et particulièrement ses disciples, sont comme frappés de stupeur. C'est une sorte d'énorme silence qui envahit la terre et le cœur des disciples. Ils sont dans cet état dans lequel on ne peut même pas poser de questions, parce qu'on est devant le mystère du Crucifié et l'on regarde, bouche bée, et notre bouche n'a même plus la force d'articuler pour dire : "Seigneur qui es-Tu ?" Nous sommes comme le prophète Isaïe, frappés de stupeur. Je crois qu'il ne faut pas se cacher que, dans notre foi, il doit toujours y avoir cette dimension de la stupeur, de cette espèce d'étonnement radical, devant le fait que le Christ ait accepté de passer par là, ça ne s'explique pas, ça ne se dit pas, ça se regarde et ça se contemple, dans un silence frappé de stupeur, d'étonnement.

En même temps, il ne faut pas poser de questions, parce que comme nous le voyons lorsque le Christ est ressuscité, ses disciples ne lui posent pas de questions. Dans la joie qui les saisit, c'est aussi une joie qui est frappée de stupeur, mais de l'autre côté, cette joie de la plénitude du Seigneur qui est donné, redonné à ses disciples, dans sa résurrection.

Notre foi, au lieu de se définir d'abord par un itinéraire de connaissance par des questions à poser, par des réponses que nous attendrions, ou que nous fabriquerions éventuellement quand nous ne les trouvons pas toutes faites, je crois que notre foi doit davantage se situer entre ces deux stupeurs : cet étonnement des disciples qui voient leur Seigneur écrasé et broyé par nos péchés et par la mort, et, d'autre part, cette joie muette des disciples devant la résurrection du Christ qui leur est donné, redonné, vivant, dans la plénitude de sa seigneurie sur toutes choses. Voilà le mystère de notre foi chrétienne. C'est ce silence amoureux et contemplatif, aimant, devant le Christ mis à mort et devant le Christ ressuscité.

C'est pour cela que la seule manière authentique de dire notre foi, c'est le mystère de la célébration eucharistique. Ce sont des gestes que nous posons, ou plus exactement des gestes que le Christ pose par nous et au milieu de nous. Et, dans le silence de ces gestes, c'est simplement sa Parole à Lui qui retentit à travers nos lèvres : "Ceci est mon Corps, ceci est mon Sang." Puissent ces paroles réveiller en nous, cette stupeur des apôtres lorsqu'ils ont vu leur Seigneur mis à mort, et lorsqu'ils ont vu leur Seigneur ressuscité.

 

AMEN

 
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