AU FIL DES HOMELIES

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S'IL ME PLAÎT QU'IL DEMEURE

2 Tm 2, 8-13 ; Jn 21, 20-25

Mardi de la sixième semaine de Pâques – A

(29 mai 1984)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

J

 

'ai une interprétation un peu personnelle, et peut-être un peu fantaisiste, de ce texte de l'évangile, que vous me pardonnerez de livrer ce matin à votre méditation. Au moment où le Christ Ressuscité fonde l'Église sur le pardon accordé à Pierre qui l'avait trahi, qui avait renié trois fois son Seigneur (et c'est pourquoi le Christ lui dit trois fois : "Simon ! M'aimes-tu plus que ceux-ci ?", au moment donc où l'Église est fondée sur la miséricorde de Dieu (car c'est cela l'Église, c'est le peuple de ceux qui sont enracinés non pas sur leurs qualités ou sur leurs désirs, mais sur le pardon et la miséricorde de Dieu, que nous avons tous éprouvé, à un moment ou l'autre dans notre vie), au moment où l'Église est fondée Jésus a deux paroles, une pour Pierre et une pour Jean.

La première est pour Pierre. Il la dit deux fois, d'ailleurs, car je crois que Pierre a toujours beaucoup de mal à comprendre les choses. Il lui dit deux fois : "Toi, suis-Moi !" et ça, c'est la parole qui fonde le ministère apostolique. Le ministère apostolique c'est une certaine manière de suivre Jésus en servant le peuple. Cela demande beaucoup de peine à la tâche. C'est pour cela que ça demande beaucoup de mouvement. C'est généralement assez absorbant. Suivre le Christ, dans ce sens-là, c'est essayer de faire, non seulement que l'on marche soi-même, mais que le troupeau suive aussi, et ce n'est pas toujours très drôle. Cela c'est indispensable, sinon le troupeau ferait du sur-place tout le temps. Il n'avancerait pas vers la Jérusalem céleste. Il ne suivrait pas son Seigneur là où Il est déjà. C'est d'ailleurs pour cela que, en proportion, dans le peuple de Dieu, je crois que le Seigneur demande à peu de gens de le suivre dans ce sens du ministère, car, après tout, il suffit d'un berger pour beaucoup de brebis. Et, en réalité, dans l'Église, c'est une petite poignée d'hommes qui sont appelés à suivre le Christ en faisant suivre le troupeau.

Mais il y a d'autres personnes qui sont précisément symbolisées par Jean auquel le Christ dit : "S'il me plaît qu'il demeure !" Cela, j'allais dire, ce sont les inutiles, ceux qui ne servent à rien, ceux qui ne marchent pas, ceux qui font du sur-place, et qui sont là, simplement, aux pieds du Christ, comme la Bien-Aimée dans les bras de son Bien-Aimé. Cela, c'est la vocation de Jean, c'est la vocation à la contemplation du mystère de Dieu, c'est ce qui, plus tard dans l'Église, prendra la forme de la vie consacrée ou de la vie monastique. Ceci, d'ailleurs, n'est pas réservé exclusivement aux moines, mais c'est réservé à tous ceux qui ont dans le cœur ce désir profond de méditer et de contempler le mystère de Dieu et je pense que c'est le désir de tous ceux qui ont connu le Christ et qui ont été appelés par Lui.

Alors, je crois que, au moment où nous nous préparons à la fête de l'Ascension qui est précisément ce moment où le Christ nous précède, nous montre là où il faut marcher ("Marche à la tête du troupeau !"), nous prierons à la fois pour ceux qui, comme Pierre, ont la vocation de faire suivre le troupeau, pour que tous, nous arrivions dans le cœur même de Dieu, pour Le contempler face à face, et nous prierons aussi pour tous ces inutiles que nous sommes et qui sommes simplement appelés, de temps en temps, à demeurer tranquillement aux pieds du Seigneur, en essayant de scruter le mystère profond de son amour.

 

AMEN

 
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