AU FIL DES HOMELIES

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SOIS LE PASTEUR !

1 Tm 6, 13-16 ; Jn 21, 15-19

Mardi de la sixième semaine de Pâques – A

(18 mai 1993)

Homélie du Frère Jean -Philippe REVEL

 

C

e que nous venons de lire est la dernière page de l'évangile de saint Jean. C'est donc la conclusion de ce temps de Pâques qui va s'achever par la fête de l'Ascension. C'est donc en relation avec ce mystère de l'Ascension que nous li­sons ce passage. Au moment où Jésus va quitter défi­nitivement cette terre, jusqu'au jour de la Parousie où Il prendra tout le monde avec Lui, dans son Royaume, au moment où Jésus va quitter ses disciples et son Église, où Il va apparemment nous laisser seuls, Jésus donne à l'Église en la personne de Pierre, quelqu'un qui va le représenter, quelqu'un qui va être son repré­sentant, c'est-à-dire qui va rendre présent le Christ absent, qui va être l'image de cette présence du Christ invisible, au milieu de nous. "Sois le pasteur de mes agneaux, sois le pasteur de mes brebis !"

"Sois le pasteur !" C'est la charge de guider son Église, comme un pasteur guide un troupeau, que Jésus confie à Pierre, et à travers lui à tous ses succes­seurs, à travers tous les évêques de Rome qui, comme Pierre, seront ainsi les représentants du Christ pasteur. Non pas que Pierre et ses successeurs soient les seuls pasteurs de l'Église car l'évêque de Rome exerce cette fonction pastorale en communion avec les autres évê­ques, et les évêques associent à cette fonction pasto­rale tous les prêtres de leur diocèse. C'est donc le mi­nistère du pasteur qui est ainsi en relation avec le dé­part, avec cette absente du Christ visible.

Mais ce ministère est fondé sur deux colon­nes. Avant de dire à Simon-Pierre : "Sois le pasteur de mon troupeau !" Jésus lui demande : "Pierre, M'aimes-tu ?" "M'aimes-tu plus que ceux-ci?" c'est-à-dire M'aimes-tu assez pour être le représentant de tout ce troupeau, de toutes ces brebis ? Car Pierre est tout à la fois celui qui représente le Christ à la tête de son troupeau et celui qui représente le troupeau en face du Christ. "Pierre, M'aimes-tu ?" C'est sur l'amour de Pierre, c'est sur l'amour de ceux qui lui succèdent qu'est fondée cette fonction pastorale. Etre pasteur, dans l'Église, ce n'est pas exercer une autorité, ce n'est pas être un chef, ce n'est pas être le premier, c'est être d'abord "quelqu'un qui aime". C'est une fonction d'amour car le Christ Lui-même est Celui qui nous a aimés, et qui nous a aimés jusqu'à donner sa vie pour ceux qu'Il aime. C'est pourquoi Il dira à Pierre : "Quand tu étais jeune, tu allais où tu voulais. Quand tu seras devenu vieux, on te conduira où tu ne vou­drais pas, et Il signifiait pas là la mort par laquelle Pierre glorifierait le Seigneur." C'est donc jusqu'à la mort que Pierre va être le représentant du Christ, jus­qu'à une mort semblable à la mort du Christ, c'est-à-dire jusqu'à un amour total, allant jusqu'au don de soi-même, jusqu'au don de sa vie.

C'est ceci la première colonne sur laquelle s'édifie le rôle pastoral dans l'Église, un amour du Christ qui identifie au Christ, un amour du troupeau, comme le Christ a aimé son troupeau, jusqu'à donner sa vie pour lui. Et puis il y a une deuxième colonne qui fonde le pastorat de Pierre et de tous les pasteurs de l'Église. Il est en filigrane dans ce texte car si Jésus demande trois fois à Pierre : "M'aimes-tu ?" c'est parce que Pierre a renié trois fois le Christ au moment de sa Passion. Ces paroles du Christ sont donc, avec une très grande délicatesse, et sans le dire expressé­ment, sans aucun reproche, sans aucune allusion claire, ces paroles du Christ sont des paroles de par­don. De même que Pierre, trois fois, a renié le Christ, Jésus amène Pierre à lui dire trois fois qu'il l'aime, de telle sorte que cette triple affirmation d'amour lave le triple reniement de Pierre. C'est donc sur le pardon du Christ, pardon qui va jusqu'au fond du cœur de Pierre, un pardon qui enlève le péché de Pierre en le rempla­çant par un amour plus grand que n'a été ce manque d'amour qui l'a amené à renier. C'est sur ce pardon qu'est fondée la fonction pastorale de Pierre. Pierre n'est pas le pasteur de l'Église parce qu'il est sans pé­ché, mais parce que, pécheur, il est pardonné, parce que l'expérience du pardon lui permet d'être le pasteur de l'Église.

C'est donc cette double expérience, l'expé­rience du péché pardonné et l'expérience de l'amour qui est substantiellement le pardon des péchés, c'est cette double expérience qui n'en fait qu'une qui fonde en Pierre le pasteur du troupeau, qui fonde dans tous les pasteurs successeurs de Pierre ou associés à Pierre, toute autorité dans l'Église. A ce point qu'il n'y a au­cune mesure entre l'autorité telle qu'elle s'exerce dans le monde et l'autorité telle qu'elle s'exerce dans l'Église puisque cette autorité est celle d'un pécheur pardonné qui découvre, au fond de son cœur, un amour assez grand pour se savoir à la fois pécheur, à la fois pardonné, à la fois capable de donner sa vie pour le Christ et ceux que le Christ aime et que le pasteur aime comme le Christ.

C'est ainsi que nous devons entendre toute structure dans l'Église. Il ne s'agit pas de structures de pouvoir, il ne s'agit pas de structures de supériorité, il ne s'agit même pas d'une structure de plus grande sainteté. Il s'agit d'une structure fondée sur l'amour, sur la pauvreté qui, se sachant aimée, se sait transfigu­rée et donc capable d'aimer les autres et de les aider, eux aussi, à entrer dans la transfiguration du Christ.

 

 

AMEN

 

 
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