AU FIL DES HOMELIES

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SOLLICITUDE ET LIBERTEÉ

2 Tm 2, 8-13 ; Jn 21, 20-25

Mardi de la sixième semaine de Pâques – B

(27 mai 2003)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

C

ette scène qui conclut l'évangile de saint Jean ressemble à une sorte de finale de film. Le Christ s'avance le long du lac, Pierre le suit, et l'on imagine peut-être les autres disciples les uns derrière les autres, tout songeurs, essayant de comprendre ce qui vient de leur arriver, ce que signifie ce repas que Jésus leur avait partagé. Il y avait eu la multiplication des poissons à travers la pêche miraculeuse … Et puis, comme une sorte de dernier dialogue, une dernière séquence, Pierre qui est déjà d'une certaine manière chef de file puisqu'il vient d'entendre : "Pais mes agneaux, pais mes brebis", Pierre commence à regarder le troupeau. Au fond, c'est le premier geste, si je puis dire, pontifical. Pierre se retourne et il voit le troupeau qui suit Dans le troupeau, il y a une brebis qui lui tape à l'œil, c'et saint Jean. Evidemment, c'est curieux, pourquoi cette question : "Et lui, Seigneur ?" Comme s'il y avait de la part de Pierre une sorte de sollicitude particulière, c'est vrai, je ne crois pas qu'il s'agisse de jalousie ou de rivalité, mais Pierre est assez humble pour savoir que chaque fois que Jésus est intervenu, lui ne comprenait rien, et Jean comprenait tout ! Par conséquent, il se dit que c'est bizarre, quand même, à moi Il a confié les brebis, et lui, Jean, dans tout cela que va-t-il faire ? C'est un peu comme si Pierre s'attendait à ce que Jésus discerne comme une sorte de ministère spécial pour Jean dans l'Église. Et curieusement, Jésus ne va pas du tout répondre sur le problème du ministère. Il ne va pas lui dire : toi tu seras évêque à Rome, parce que c'est la capitale, et lui, il sera évêque à Ephèse, c'est plus près, il pourra loger ma mère, il trouvera plus facilement un appartement … Non, il lui dit : écoute, ne t'occupe pas trop de lui, si je veux qu'il reste, si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne. Au fond, c'est un peu vexant pour Pierre, on lui a confié le troupeau, c'est normal qu'il se soucie de Jean, et voilà que Jésus lui dit : t'occupe, lâche un peu les baskets au troupeau, ne sois pas là comme une sorte de chef autoritaire qui s'occupe de tout, qui veut savoir la destinée de tout le monde, si cela va bien, si cela va mal. Moi je t'ai confié le troupeau, c'est pour qu'il vienne à la liberté.

C'est donc comme cela que je comprends cette phrase. Pierre tout d'un coup qui faisait presque montre d'excès de zèle, il n'avait pas beaucoup à se soucier de saint Jean, et Jésus lui dit : mais laisse-le donc dans la liberté de l'attente du Royaume. Et c'est pour cela que je crois que cette phrase n'est pas simplement pour saint Jean, mais elle est pour tous. Effectivement, "pais mon troupeau, mais mes brebis", oui, mais laisse-les attendre le Royaume, ne ramène pas tout sous ton autorité, ne ramène pas tout sous ton pouvoir, même sous ta sollicitude. "C'est moi le vrai pasteur, et c'est moi qui donne l'élan et l'impulsion vers la Royaume". Toi, Pierre, tu es le serviteur de tout cela, laisse-les marcher à ma suite. C'est pour cela que le ministère de Pierre est toujours aussi délicat. On comprend que le ministère de Pierre soit partagé entre une sorte de sollicitude excessive, car évidemment, on a tout le troupeau sur les bras et il faut essayer de faire le mieux possible, mais en même temps, ce ministère doit être le ministère de la confiance. Si le Christ a confié le troupeau, ce n'est pas pour ne plus s'en occuper, mais c'est pour que le troupeau attende le Royaume. Donc, "pais le troupeau", de telle sorte qu'il attende de tout son cœur la venue du Royaume.

Alors, on comprend très bien que ces paroles qui devaient courir dans les milieux des disciples, on pouvait imaginer que Jean devait vivre plus longtemps, jusqu'à la fin du monde, c'est sans doute ce qui est à l'origine de la tradition qui veut que saint Jean ait vécu beaucoup plus longtemps que tous les autres, parce qu'on imagine qu'on s'est remémoré cette parole. Mais je crois que ce n'est pas simplement une prophétie sur la longévité de saint Jean, Je crois que c'est plus simplement ceci : voilà, maintenant, moi je pars. C'est presque le début de l'Ascension, le Christ s'en va.? Ils ne vont pas pouvoir le rejoindre tout de suite, ils vont le suivre jusqu'au bout. A ce moment-là, ce mouvement de retour de Pierre, c'est le ministère de la sollicitude, mais qui doit être comme le Christ le veut, le moyen de préserver la liberté et l'élan de chacun des membres du troupeau vers la venue du Royaume.

 

 

AMEN

 

 
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