AU FIL DES HOMELIES

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UNE OBÉISSANCE DANS L'AMOUR, SOURCE DE LIBERTÉ

1 Tm 6, 13-16 ; Jn 21, 15-19

Mardi de la sixième semaine après Pâques – C

(18 mai 2004)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

N

ous sommes après la Résurrection du Sei­gneur, nous sommes au bord du lac. Le Sei­gneur a fait la cuisine, Il a posé du pain est des poissons sur un feu, et ils ont partagé le repas. C'est la fin du repas, dans cette sorte d'abandon qui caractérise aussi la fin de repas avant de reprendre l'activité, on aime se poser, se reposer, comme pour prolonger ce moment d'intimité qui a été vécu, c'est peut-être l'heure de la digestion aussi. Il me plaît de les imaginer, quelques disciples assis à l'ombre et Jésus lève le voile sur l'obéissance qui est demandée à Pierre : "Quand tu seras devenu vieux, un autre te ceindra ta ceinture et te mènera là où tu ne veux pas aller".

Cela peut paraître insupportable comme pré­tention de Jésus, comme cela peut paraître insuppor­table pour notre farouche désir d'autonomie, cela peut paraître insupportable d'être ainsi mené où l'on ne veut pas aller, d'être mené malgré nous par chemins inconnus, d'être mené par des chemins que le Sei­gneur seul connaît. Surtout que cette obéissance, elle mène à la mort, elle mène à ce genre de mort par le­quel Pierre devait glorifier Dieu.

Cela paraît moins insupportable si l'on prend l'ensemble de l'évangile que nous venons d'entendre, parce que cette demande expresse de Jésus est précé­dée par cette triple affirmation d'un amour. C'est dans l'amour que l'obéissance peut être vécue, c'est dans l'amour aussi qu'elle doit se réaliser. C'est parce que l'amour exige que l'amour nous donne la force aussi d'aller dans cette obéissance qui est demandée par le Seigneur. Il ne fait pas cette demande expresse avant sa mort et sa Résurrection, ce n'est qu'après Pâques qu'Il peut exiger une telle obéissance de la part des disciples. Avant, Il les envoie en mission, Il les ap­pelle, "suis-moi", avant, Il n'exige pas qu'on soulève les bras pour se faire ceindre d'une ceinture pour être mené là où on ne voudrait pas. Ce n'est qu'après la Résurrection qu'Il peut envisager ce mode radical d'obéissance, parce que lui-même a levé les mains sur la croix pour être ceint d'une ceinture et être mené là où Il ne voulait pas aller, mais où Il a accepté d'être mené par obéissance à sons Père, par obéissance aussi à l'amour qu'Il a pour tous les hommes. Ce n'est qu'en ayant lui-même montré le chemin, en ayant lui-même élevé les bras sur la croix pour se laisser ceindre, qu'Il peut exiger cela de son disciple.

Je crois aussi profondément que cette manière d'exiger qui relève des exigences de l'amour, nous libère. Parce que aussi bien l'homme antique que l'homme contemporain court aussi à travers une ma­nière d'envisager son destin, de saisir, et ne voyant qu'il n'arrive pas à le saisir, de se dire qu'il est le jouet du destin, ce que l'homme antique appelait le poids de ce qui est engagé par des instances supérieures aux nôtres à travers les âges, à travers les poids d'un tas de choses, qui ferait que nous subissons le poids d'un destin et que nous sommes menés par ce destin. Cette exigence de Jésus nous libère de ce poids du destin. Nous ne sommes pas le jouet d'un destin. Nous n'avons pas à supporter le poids d'une histoire qui serait écrite dans les astres, nous n'avons pas à sup­porter le poids de quelque chose qui nous surplombe­rait et qui nous mènerait où l'on ne veut pas et malgré nous. Mais parce que Jésus exige cela après sa mort et sa Résurrection, Il charge cette obéissance d'une sorte de dramatique divine, Il la charge du poids de la mort et de la Résurrection. Notre vie prend vraiment sa couleur à ce moment-là, notre vie si elle n'est pas le jouet des astres devient alors sûrement l'enjeu d'un débat dans lequel notre liberté est engagée, ce débat dans lequel le Seigneur nous demande dans l'obéissance de le suivre, et de le suivre par la croix jusqu'à la Résurrection.

Vivons l'obéissance qui nous est demandée, vivons-la dans l'amour, puisque c'est l'amour qui seul peut l'exiger, et vivons cela aussi comme une manière d'être libérés, de vivre pleinement la liberté qui nous est donnée en tant que chrétiens.

 

 

AMEN

 

 
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