AU FIL DES HOMELIES

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TU SAIS TOUT, TU SAIS BIEN QUE JE T’AIME

1 Tm 6, 13-16 ; Jn 21, 15-19

Mardi de la sixième semaine de Pâques – B

(23 mai 2006)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

L

a tradition a relié le triple reniement de saint Pierre avec cette triple confession d’amour après la résurrection. La tradition a relié le coq qui chante trois fois et Jésus qui sollicite ce chant d’amour de Pierre. Mais la tradition est je crois aussi, et même l’intention expresse de Jésus.

Le coq, comme un bon réveil matin sonne trois fois, comme ce réveil que nous oublions d’éteindre et qui sonne à intervalles réguliers, et derrière le chant du coq, il y avait ce réveil qui était souhaité par Jésus dans le cœur de son disciple pour que tout d’un coup il ait une sorte de réveil d’amitié, de réveil d’espérance d’un nouvel élan, de se lever pour partir à la suite de son Seigneur. Le coq est un bon réveil matin, mais le Christ n’est pas comme un réveil matin. Le Christ sollicite une réponse, et le français traduit mal la question qui est posée puisque le grec emploie des mots différents pour parler d’amour dans ce chapitre vingt-et-unième, dans ces questions qui sont posées.

Le Christ demande la première fois à Pierre : est-ce que tu m’aimes vraiment de cet amour oblatif, de cet amour total, de cet amour d’agapê ? Et Pierre répond en employant un autre verbe que le verbe "agapan" il répond avec le verbe "philo ": oui je t’aime, tu sais bien, j’ai pour toi de l’amour. Le Christ repose une deuxième fois : est-ce que tu m’aimes de cet amour oblatif, de cet amour total, de cet amour don, de cet amour qui ne retient rien pour soi Et saint Pierre répond à nouveau, : oui, tu sais bien que je t’aime, en utilisant "philein". Et le Christ dans la troisième question va utiliser ce mot "philein", de cet amour d’amitié, d’amour de cet amour de compagnonnage qui a toute sa valeur et toute sa grandeur. C’est pour cela que Pierre est peiné : Tu sais tout, tu sais bien que je t’aime, je n’ai pas à comptabiliser, je te laisse faire le tri, je te laisse choisir ce qui dans ma vie est de l’ordre de cet agapê, qui est de l’ordre de ces choses que je n’ai pas encore donné.

Pour nous aussi, nous avons ces questions qui sont posées à tous les âges de notre vie. Le Christ nous pose la question quand nous sommes enfants : est-ce que tu m’aimes vraiment de cet amour d’agapê, et nous nous sommes avancés pour notre première communion, nous nous sommes avancés pour notre profession de foi, nous nous sommes avancés comme cela dans l’élan de notre enfance. Mais le Christ nous pose la question quand nous sommes adultes : est-ce que tu m’aimes vraiment de cet amour d’agapê, cet amour don, de cet amour qui ne retient rien pour lui et qui n’est qu’offrande ? Et nous avons répondu comme nous avons pu dans notre vie d’adulte Et le Seigneur nous pose aussi la question à l’âge de la vieillesse, à l’âge des cheveux blancs : est-ce que tu m’aimes ? Et l’on a tout le recul de notre vie, on a tout le recul de ces élans, et aussi tout le recul de ces retours sur nous-mêmes, et on lui dit, à l’âge de la vieillesse, à l’âge des cheveux blancs : "Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t’aime". Et à ce moment-là, un autre met notre ceinture pour nous entraîner là où on ne voudrait pas aller. A ce moment-là, le Christ lui-même en quelque sorte, prend les commandes. Et l’âge de la vieillesse est aussi l’âge de ce moment où nous lâchons prise, ce moment où nous laissons faire, ce moment où la personne a saisi dans tout ce qui était sa vie, tout ce qu’il y avait à offrir, et elle s’en va ainsi à la suite de son Seigneur.

Recueillons dans toute notre vie ce qui a été de l’ordre de cette question qui a été posée à Pierre après la résurrection, recueillons ces réponses que nous avons apportées, recueillons surtout cette réponse que nous avons à apporter aujourd’hui.

 

AMEN

 

 

 

 
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