AU FIL DES HOMELIES

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LES PREMIÈRES HYMNES CHRISTOLOGIQUES

1 Tm 6, 13-16 ; Jn 21, 15-19

Mardi de la sixième semaine de Pâques – C

(11 mai 2010)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Besse-en-Chandesse : La chorale (miséricorde)

 

F

rères et sœurs, ce texte de la première épître à Timothée est en réalité une hymne liturgique. C'est un petit détail mais qui est important à comprendre. Les premières communautés ont été des lieux de création d'hymnes, de chants. C'est quelque chose d'assez original parce qu'il ne nous en est pas resté beaucoup de témoignages mais on en retrouve des traces dans le Nouveau Testament.

Ces textes étaient devenus des espèces de petits aide-mémoire pour la catéchèse. Cela devait avoir, toutes proportions gardées, le rôle qu'ont les variétés aujourd'hui. Quand une mélodie avec quatre mots sont entrés dans la tête, cela ne vous quitte plus. Dans le monde ancien, même si l'on n'a pas beaucoup de témoignages on sait qu'à certains moments, des chants, des hymnes ont eu une popularité très grande. C'est le cas dans le Nouveau Testament.

Ce problème est plus important qu'on ne pense, parce que la plupart du temps les chants étaient de chants plutôt profanes. Mais quand on chantait des chants religieux, c'étaient des chants en l'honneur d'une divinité. Pour beaucoup de spécialistes de la Bible aujourd'hui, ces textes sont d'une grande importance, car ils célèbrent Jésus-Christ. Ces chants sont les premiers témoignages, quand on les enchâsse dans les épîtres, les textes de Paul ou ailleurs, il y a déjà belle lurette qu'on les chantait, ils ont déjà peut-être vingt ou vingt-cinq ans d'existence. Ce sont donc les premiers témoignages du fait qu'on rendait un culte au Christ. Cela peut paraître étonnant, mais cela a été décisif : on a chanté le Christ lui-même et pour le chanter, il fallait le considérer comme Dieu et comme Sauveur.

Ce trait était tellement frappant, que quelques décennies plus tard, Pline qui était un procurateur romain, résidant en Turquie actuelle, en Asie mineure, envoie un rapport à l'empereur Trajan et pour caractériser les chrétiens il dit : "Ils chantent des hymnes à un certain "Christos", comme à un dieu". Pline lui-même avait été frappé par le comportement des chrétiens qui célébraient un certain Christos (Pline n'a pas cherché à approfondir, il a pensé qu'il s'appelait simplement Christos), mais il avait bien compris que les chrétiens chantaient ces hymnes pour lui, disait-il "comme à un dieu". En réalité, pour les chrétiens, ils les chantaient parce que le Christ est Dieu.

Autrement dit, c'est une des formes les plus anciennes, presqu'avant le vocabulaire technique pour signifier la divinité de Jésus-Christ et la puissance de son salut. C'est pourquoi d'ailleurs ce texte dit : "Bienheureux et unique souverain", c'est la royauté du Christ, "Roi des rois et Seigneur des seigneurs", formule qui sera reprise dans l'Apocalypse pour désigner le cavalier mystérieux qui va à travers le monde pour apporter le salut. "Le seul qui possède l'immortalité", c'est la résurrection, "Qui habite une lumière inaccessible", c'est la participation au salut dans le royaume considéré comme lieu de la lumière, "Que nul d'entre les hommes n'a vu ni ne peut voir, à lui appartiennent honneur et puissance à jamais".

On a donc ici les premiers traits de ce qu'on appellera plus tard une Christologie, c'est-à-dire la manière de décrire le Christ non plus simplement dans les souvenirs humains de sa présence sur la terre, mais dans l'action et la puissance de sa présence assis à la droite de Dieu. En réalité, quand nous allons fêter l'Ascension, nous allons nous joindre à cette louange des premiers chrétiens qui ont perçu par la foi, par la prédication des apôtres le mystère de ce Christ exalté, sauveur, et qui était devenu le Souverain unique, le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs.

 

 

AMEN

 

 
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