AU FIL DES HOMELIES

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LES ONZE, PIERRE ET JEAN

1 Tm 6, 13-16 ; Jn 21, 15-19

Mardi de la sixième semaine de Pâques - C

(15 mai 2007)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

C

ette manifestation aux disciples est une conclusion de l'évangile de Jean, et c'est tout le problème de savoir comment finir une histoire pour qu'elle continue quand même. Vous remarquerez que l'évangile ne se termine pas par la conclusion habituelle des contes de fées : ils vécurent heureux et ils eurent beaucoup d'enfants ! Cela se termine par une histoire qui avait commencé de façon très publique, et qui n'a plus exactement la même publicité. Autrefois, c'était Jésus parmi les foules, c'était la présence dans les villes, dans les villages, au milieu de la ville de Jérusalem, enseignement dans le temple, et ici, à la fin de chacun des évangiles, c'est une présence différente, en petit comité, Cénacle, c'est d'ailleurs de là que vient l'usage aujourd'hui "former un cénacle", c'est-à-dire un petit groupe de privilégiés, et également, ces apparitions sur le bord du Lace de Tibériade.

C'est donc une chose étrange que la résurrection qui est la sanction définitive et plénière de Dieu par rapport à ce qui s'est passé dans l'histoire de Jésus, soit donnée et communiquée de façon aussi privée. Pourtant, c'est comme ça que se termine le récit. Le récit avait commencé au grand jour, sur les places, il se termine dans des épisodes tout à fait restreints concernant quelques personnes, et quelques témoins.

Pourtant, et c'est là que se situe l'originalité je pense de l'évangile de Jean par rapport aux autres, Jean arrive à introduire dans les récits de résurrection, une dimension ecclésiale que les autres évangélistes n'ont pas traite de la même manière. Les deux récits majeurs, l'apparition au Cénacle et l'apparition sur le lac de Tibériade ont des conséquences pour la vie de l'Église qui sont d'une importance décisive. La première est une apparition qui constitue le groupe des disciples comme les détenteurs de la gestion de l'Église, les onze, Jésus souffla sur eux, : "recevez l'Esprit Saint, ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés, ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus", c'est quand même l'autorité apostolique dans son ensemble. C'est la première chose.

Le deuxième récit, c'est celui-ci qui culmine dans cette confession de Pierre "Paix mes agneaux, paix mes brebis". Ici, Jésus ne s'adresse plus aux onze, il s'adresse à Pierre. Il y aura un dernier petit appendice dans lequel Jésus dira une parole sur Jean. Ces trois épisodes sont ce qui façonne la conception de l'évangile de Jean et qu'il nous transmet de l'Église.

L'Église est sous l'autorité apostolique, c'est-à-dire ceux qui sont rencontrés par le Christ pour recevoir le charisme spécial de l'Esprit et d'être les témoins de la miséricorde du Salut pour tout homme, puis, le charisme de Pierre, paître le troupeau, ce qui n'exclut pas qu'il le paisse avec les autres, mais enfin, il reçoit une mission spéciale à faire, et le troisième, c'est le charisme de Jean qu'on pourrait appeler ici le charisme de la contemplation, à mon avis, la justification de l'évangile. C'est la signature de l'évangile, le mystère de la contemplation du mystère du Christ, et la possibilité de le transmettre.

C'est très intéressant parce que là où les autres évangiles se terminent plutôt par une sorte de départ, mais il y a quand même aussi par exemple dans Matthieu : "Je suis avec vous jusqu'à la fin du monde", mais ici, c'est beaucoup plus développé du point de vue de la structure, ils sont les onze, puis Pierre, puis Jean, et ces trois éléments-là sont les trois composantes de l'Église. Pour les onze, c'est la structure ministérielle du pardon, pour Pierre, c'est l'ultime fondement de l'unité, et je pense que pour Jean, c'est la capacité pour tout chrétien, ici Jean devenant l'exemple de tout chrétien, de la contemplation du mystère.

C'est comme ça que se conclut cet évangile de Jean, il n'y a plus qu'un tout petit passage à la fin pour dire qu'on ne peut pas tout raconter mais, je pense que cela veut dire ce mystère de la présence de l'Église qui naît au cœur même de la résurrection. Aujourd'hui, même si on ne s'en rend pas compte, toute assemblée eucharistique, toute manifestation de l'Église s'enracine d'abord dans la manifestation du Christ ressuscité. C'est comme ça que ces événements qui, apparemment ont une structure privée, ce sont ces rencontres privées de Jésus avec ses disciples, en fait, prennent finalement une dimension de structuration publique de l'Église. Les moments de la résurrection sont les moments du témoignage privé des apôtres, mais ils doivent se rouvrir sur l'existence publique du peuple de Dieu, de l'Église, à travers le temps, à travers l'histoire, et à travers l'espace. C'est pour cela que nous nous rassemblons jour après jour dans les différentes églises et les différentes communautés que nous formons, et c'est cela qui est le prolongement et la manifestation de ce qui a été donné dans ces apparitions.

 

AMEN

 

 

 

 
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