AU FIL DES HOMELIES

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MON ÉVANGILE 

2 Tm 2, 8-13 ; Jn 21, 20-25

(23 mai 2001)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

Rome : Saint Paul-hors-les-murs

J

 

'aimerais m'arrêter avec vous sur une phrase entendue dans la deuxième épître à Timothée lorsque saint Paul dit : "Souviens-toi de Jésus-Christ ressuscité d'entre les morts, issu de la race de David selon mon évangile." Il peut être choquant au premier abord d'entendre cette phrase "selon mon évangile". En soi l'évangile n'est-il pas plutôt donné pour tous, et donné pour le vivre de manière communautaire, et non pas selon cet aspect qu'on pourrait relever, d'un évangile possédé, d'un évangile même nominatif : selon "mon" évangile. Un peu comme si les uns et les autres, vous diriez :"c'est "ma" foi, c'est mon Église à moi, c'est ma Parole de Dieu, finalement, c'est ma manière de voir les choses, c'est "mon" Dieu !

En soi, des réalités comme Dieu, comme l'Église, ou de la foi, ne sont pas d'abord miennes, elles ne viennent pas de moi, je ne les invente pas, mais elles sont d'abord données par ceux qui en sont à l'origine, en l'occurrence Dieu. Et quand elles sont données, il faut qu'il y ait réception de tout cela. Et c'est alors que cela devient non pas ma possession, mais que la foi, l'évangile, Dieu, ou encore l'Église, va être enrichie de ce que je suis, de ma personne, de mon caractère ou de ma nature, et ce n'est pas moi qui fait sortir de mon cœur l'évangile.

Pourquoi saint Paul dit-il : "selon mon évangile" ? comme si c'était son invention, comme s'il en était à l'origine ? Réfléchissons un peu. Les évangiles portent toujours le nom de quelqu'un : selon saint Luc, selon saint Matthieu, selon saint Marc, et celui que nous avons entendu, selon saint Jean. Ce qui signifie en fait une chose aussi importante et qu'il ne faut pas oublier, c'est que si l'évangile vient d'abord du Christ Lui-même, il est transmis et il entre dans une tradition de bouche à oreille. Donc, nous nous trompons quand nous croyons être une religion du Livre, nous ne sommes pas une religion du Livre, donc nous ne sommes pas une religion de l'évangile écrit. Nous sommes une religion de la Parole, ce qui est très différent. C'est la Bonne Nouvelle annoncée qui est l'évangile, ce n'est pas le papier imprimé en soi, c'est la résonance du salut dans la vie de ceux qui reçoivent cette Parole et qui acceptent à leur tour d'être les porteurs, j'allais dire les évangéliaires de la Parole de Dieu. Ce qui en soi n'a l'air de rien, mais qui implique une attitude tout à fait différente, car il n'y a plus la distance que souvent on met entre quelque chose qui est écrit, et ma vie.

Il y a si peu de distance dans la Parole de Dieu et ce que vit saint Paul, que saint Paul s'identifie à cette Parole de Dieu : "Souviens-toi de Jésus-Christ (pas de Saint Paul), issu de la race de David, ressuscité d'entre les morts, selon mon évangile". Et c'est pourquoi saint Paul peut dire tout de suite après : "Moi aussi, comme le Christ, je souffre". Il y a identification entre Paul et l'évangile qu'il donne. C'est pour cette raison que paradoxalement ensuite, on a comme un jeu de miroir dans les paroles qui suivent : "Si nous sommes morts avec Lui, nous vivrons, si nous sommes fermes avec Lui nous régnerons, si nous le renions, Lui aussi nous reniera, si nous sommes infidèles, Lui reste fidèle". Il y a comme une sorte de renvoi permanent où il n'y a plus de distance entre cette Parole et ce qui se réalise dans la vie de celui qui est évangélisé. C'est ce qu'on appellera d'ailleurs une parole performative : aussitôt la parole ou le mot prononcé, cela se réalise.

Alors, frères et sœurs, dans ces cas-là, nous nous retrouvons directement à la fin de l'évangile de saint Jean. Vous le noterez, c'est une fin qui n'en est pas une : "C'est ce disciple, dit saint Jean de lui-même, qui témoigne, c'est mon évangile, de ces faits qu'il écrit, et nous savons que ce témoignage est vérité. Il y a encore beaucoup d'autres choses qu'a faites Jésus, si on les mettait par écrit une à une, je pense que le monde lui-même ne suffirait pas à contenir les livres qu'on en écrirait."

Frères et sœurs, si entre nous et cet évangile, cette bonne annonce du salut, il y a identification, ou communion, je vous l'ai dit, la fin de cet évangile n'est pas une fin, mais une ouverture, parce que le monde ne pouvant plus contenir les livres qu'on en écrirait, c'est chacun d'entre nous qui témoignerait alors des faits et gestes de Jésus. Cela signifierait que nous sommes évangélisés. Je nous laisse avec cette question !

 

AMEN

 

 

 
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