AU FIL DES HOMELIES

Photos

SI JE VEUX QU'IL RESTE

1 Th 4, 13-18 ; Jn 21, 20-25

Mercredi de la sixième semaine de Pâques – A

(27 mai 1981)

Homélie du Frère Michel MORIN

Bord du lac de Tibériade

N

 

ous sommes donc, au terme de ce temps pascal, où nous célébrons de jour en jour, la présence du Christ ressuscité. Présence du Christ ressuscité pour le monde entier, mais en nous souvenant qu'Il est apparu à ses disciples, qu'Il a vécu avec ses disciples, qu'Il a mangé avec ses disciples, pendant une quarantaine de jours après sa Résurrection. L'Ascension, que nous fêterons demain, est la fête du départ historique du Christ de cette terre, c'est aussi la fête de son retour, comme Il l'a annoncé, c'est aussi la fête de ce temps, entre sa première venue et sa seconde venue.

Luc et Marc achèvent leur évangile en décrivant, chacun à leur manière cet évènement de l'Ascension en des termes d'ailleurs relativement proches. Jésus disparaît dans le ciel et les apôtres retournent à Jérusalem dans l'attente de l'Esprit Saint. Luc reprendra cet évènement, au début du Livre de l'Église, quand il racontera les premiers faits et gestes, les premiers Actes des apôtres, qui actualiseront les actes mêmes du Christ.

Quant à Matthieu et Jean, il n'y a pas, au terme de leur évangile, l'évènement de l'Ascension. Pour Matthieu, l'évangile se termine sur cet envoi des disciples en mission : "Baptisez les nations, au nom du Père, du Fils et de l'Esprit", s'appuyant sur une promesse : "Je suis avec vous jusqu'à la fin du monde et l'évangile s'achève là. Pour saint Jean, l'évangile s'achève sur ce dialogue entre Pierre et Jésus. Il n'y a pas l'évènement en lui-même de l'Ascension. Il n'y a pas, non plus, comme pour Matthieu, une promesse. Il y a cet évènement ce dialogue entre Pierre et Jésus. Dialogue qui est en deux parties. D'abord, la fondation de Pierre comme apôtre de l'Église, dans la terre de l'amour de Dieu, cette terre où Lui-même a été enterré après sa résurrection, cette terre d'où Il a jailli par sa résurrection, cette terre de sa Pâque où, par le ministère de Pierre, l'Église est enterrée, comme une fondation, afin qu'elle s'élève sur cet amour dans le monde et que le troupeau s'agrandisse, que l'Église se bâtisse.

Puis, il y a ce très beau dialogue fait d'affection et d'inquiétude entre Jésus et Pierre. Jésus vient de dire à Pierre : "Quand tu étais jeune, tu allais où tu voulais, quand tu seras vieux, un autre te mettra ta ceinture. Car tu étendras les bras". Tu étendras les bras sur la croix et le bourreau t'y attachera, manifestant ainsi que, dans ta mort, tu accompliras aussi ma Pâque. Et Pierre, compagnon, ami de Jean, s'inquiète pour celui-ci. C'est Pierre qui avait dit à Jean, comme l'évangile nous le rappelle, au moment de la cène : "Demande donc au Seigneur qui va le trahir", et Jean avait posé la question. Et là, ce n'est plus Jean qui pose la question, pour Pierre. C'est Pierre qui pose la question, pour Jean. Tous les deux, au matin de Pâques, avaient couru au tombeau, et, dans sa délica­tesse, Jean avait laissé Pierre entrer le premier. Il y avait donc un lien profond d'amitié, d'affection entre Pierre et Jean, qui se manifeste au moment de l'annonce de la mort de Pierre, par un souci pour Jean. "Et lui, que va-t-il lui arriver ?" Comme s'il voulait que Jean reste avec lui, au moment où le Seigneur va disparaître. Et Jésus a cette réponse mystérieuse : "S'il me plaît qu'il demeure jusqu'à ce que Je vienne, que t'importe ? Toi, suis-moi".

Il est bien entendu que le Christ ne lui a pas dit : "Il ne mourra pas". Il sera là quand je viendrai. Mais cette réponse évasive, mystérieuse doit faire comprendre à Pierre que ce qui importe d'abord, c'est que lui, suive son Maître, et que le Maître se chargera bien de faire faire aux autres disciples cela même qu'Il veut pour eux.

Cela nous fait discerner que le temps dans lequel nous nous trouvons aujourd'hui, est bien ce temps d'une attente. Le temps d'une attente fondée sur une certitude, c'est que le Seigneur reviendra : "Que t'importe, toi suis-moi !" Lui, je m'en charge jusqu'à ce que je vienne. Le Seigneur reviendra dans la gloire. Le Seigneur reviendra comme Il nous a quittés (l'ange de la Résurrection le dira bien : "Comme vous l'avez vu partir, ainsi Il reviendra !"). Et nous sommes dans le temps de l'Église entre ces deux "départs" du Seigneur, le premier de l'Ascension, et le second qui nous emmènera dans sa gloire.

Cette attente n'est pas passive. Nous ne sommes pas dans l'antichambre d'un médecin, en attendant notre tour, avec impatience, pour savoir si ce sera bien l'heure qui avait été donnée, car "l'heure nul ne la connaît, si ce n'est le Père !" Il ne s'agit pas d'une attente passive, mais d'une attente active. Et quelle activité ? Et bien, tout simplement, de suivre le Seigneur là où Il nous veut, comme Il nous veut, sans nous inquiéter de ce qu'Il veut pour les autres, sans nous inquiéter de savoir comment l'évangile sera vécu par les autres, dans leur vie quotidienne, et surtout dans leur mort, car cela c'est bien le secret de Dieu. Nous, nous savons qu'Il viendra, et le Seigneur nous dit, si nous nous inquiétons : "Suis-moi!" "Que t'importe du reste !" Cette attente, n'est pas inquiète, elle est certaine, mais elle doit être active et elle sera d'autant plus vraie que nous laisserons le Seigneur Jésus venir chaque jour, dans notre vie, par la prière par la charité, par la communion fraternelle, par la fraction du pain, par le don de l'Esprit Saint. Ce sont ces continuelles venues du Seigneur, à travers les sacrements, à travers les symboles, à travers les évènements, à travers les autres, qui font grandir en nous l'attente de son retour, l'attente du dernier jour. Et nous nous préparons, chaque jour à le rencontrer dans la gloire, à le reconnaître quand Il descendra du ciel comme Il y est monté, si chaque jour dans notre vie, nous ouvrons les yeux, simplement sur sa présence invisible mais pourtant réelle.

Au cours de cette eucharistie, nous demanderons d'abord au Seigneur, de ne pas nous inquiéter sur le sort des autres, d'avoir assez de confiance en Dieu pour savoir que les autres auront le meilleur de ce qu'Il veut dans leur vie comme dans leur mort, même si c'est autrement que nous l'avions prévu. Nous demanderons au Seigneur de remettre dans notre cœur cet éveil spontané, cet éveil quotidien simplement de le suivre là où Il veut, en sachant simplement une chose, c'est que ce ne sera pas forcément comme nous le voulons, car ce qui est arrivé à Pierre nous arrivera bien un jour. Comme nous sommes jeunes dans la foi, nous allons où nous voulons, mais un jour viendra, lorsque nous aurons suffisamment mûri dans la foi, lorsque notre vie chrétienne sera suffisamment mûre, un autre viendra nous mettre la ceinture, pour que par notre mort, quelle qu'elle soit, nous puissions rendre gloire à Dieu, c'est-à-dire le laisser nous entraîner dans sa vie à Lui.

 

AMEN

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public