AU FIL DES HOMELIES

ASCENSION ET RÉSURRECTION, UNIQUE MYSTÈRE

2 Tm 2, 8-13 ; Jn 21, 20-25

Mercredi de la sixième semaine du temps pascal – B

(19 mai 1982)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

E

 

n cette veille de l'Ascension, c'est intentionnellement que nous lisons cette dernière page de l'évangile de saint Jean. Saint Jean ne nous relate pas l'évènement même de l'Ascension, cette dernière apparition de Jésus, quarante jours après sa Résurrection, quand Il s'éleva visiblement, aux yeux de ses disciples. Et ceci pour une bonne raison. Par une vision plus profondément théologique, saint Jean situe le sens profond de l'évènement de l'Ascension, le jour même de Pâques. C'est le jour même de Pâques que Jésus dit à Marie-Madeleine : "Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu."

En effet, qu'est-ce que l'Ascension ? Il ne s'agit pas, bien entendu, d'un déplacement local du Christ qui monterait quelque part. Il s'agit de ce mystère de l'absence de Jésus qui disparaît de notre monde pour retourner au Père. Il l'a dit Lui-même : "Je suis sorti du Père et venu dans le monde", voilà l'Incarnation. "Maintenant, je quitte le monde et je retourne au Père", voici l'Ascension. Le Christ ne remonte pas au Père comme Il en est venu, puisque entre temps Il a pris chair de la vierge Marie. Et c'est non seulement comme deuxième personne de la Trinité, mais c'est comme homme que Jésus retourne auprès du Père. C'est là le mystère profond de l'Ascension.

Que saint Luc, ou plus exactement que Jésus Lui-même ait voulu lier de façon parlante, pédagogique et visible cette signification profonde de l'Ascension à la dernière apparition, celle qui effectivement marque le départ, l'absence du Christ, ne signifie pas que Jésus ait attendu ces quarante jours pour retourner auprès du Père. Il est bien évident que le Christ ressuscité ne peut pas être ailleurs qu'auprès du Père. Et où serait-Il ? Se cacherait-Il quelque part ? Ou bien viendrait-il d'un autre lieu pour apparaître de temps en temps à ses disciples pendant ces quarante jours Il est bien évident que le Christ ressuscité est, dès l'instant de sa Résurrection auprès du Père. L'Ascension est donc un aspect de la Résurrection et non pas un mystère totalement distinct de celui de Pâques.

C'est donc à juste titre que saint Jean unifie, dans un même instant, dans un même jour la Résurrection du Christ et son Ascension, son retour auprès du Père. Mais la page que nous venons de lire est un peu l'équivalent de cette image pédagogique que Jésus, et à sa suite saint Luc, ont choisi dans les Actes des apôtres, cette manifestation du retour de Jésus auprès du Père par la dernière qui inaugure son absence physique de ce monde. Chez saint Jean, il ne s'agit pas, à proprement parler d'une élévation de Jésus dans les airs, mais dans cette dernière page, nous voyons Jésus parlant avec Pierre et s'en allant le long du lac de Tibériade où Jésus vient de se manifester en renouvelant de la pêche miraculeuse. Jésus vient de parler avec Pierre, nous l'écoutions hier dans l'évangile, il lui a dit : "Pierre, m'aimes-tu ? Et après que Pierre, à trois reprises lui ait dit : "Tu sais tout, Tu sais bien que je t'aime", Jésus lui a confié son Église. Et maintenant, Jésus marche avec Pierre le long du lac et ils voient venir derrière eux le disciple que Jésus aimait, saint Jean, l'auteur même de l'évangile. Et il semble que cet évangile se termine sans se terminer, car c'est ce cheminement des disciples avec Jésus au bord du lac qui est la fin de la présence de Jésus sur la terre, la fin de l'évangile selon saint Jean. C'est comme si Jésus marchait avec nous, disparaissant petit à petit à notre regard, pour nous attendre, en quelque sorte, sur l'autre rive où recommencera ce compagnonnage, cette vie commune avec Lui où nous nous retrouverons, en quelque sorte à nouveau marchant avec Lui, comme si cette conversation ne s'était jamais interrompue.

Et toute la vie de l'Église, toute cette parenthèse entre l'Ascension et le retour du Christ, c'est comme cette marche avec Jésus qui a disparu visiblement à nos yeux, qui s'est effacé, mais qui est là réellement, invisiblement mais réellement présent et qui, au terme de ce chemin, de nouveau sera visible à nos yeux quand nous ressusciterons comme Lui et que, dans ce monde nouveau, nous le verrons des yeux de notre chair. A ce moment-là, nous pourrons comme si rien ne s'était passé entre temps, continuer cette marche, cette promenade à sa suite, ce tête à tête, cette conversation, cette intimité avec le Christ. Et je crois que cette manière de présenter cet évènement de l'Ascension est riche d'un immense enseignement spirituel, car toute notre vie sur la terre, ce n'est que cette partie de notre conversation, de notre marche à côté du Christ pendant laquelle nous ne Le voyons pas. Et pourtant, Il est là. Cette partie qui continue la conversation de Jésus avec Pierre et qui débouchera, sans solution de continuité dans une éternelle conversation avec le Christ.

 

AMEN

 
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