AU FIL DES HOMELIES

DEUX VISAGES DE L'ÉGLISE

2 Tm 2, 8-13 ; Jn 21, 20-25

Mercredi de la sixième semaine du temps pascal – C

(7 mai 1986)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

U

ltimes recommandations de Jésus avant son départ, comme un coucher de soleil qui laisse davantage le relief s'apercevoir. De fait, en lisant attentivement ce texte, on y découvre comme deux visages de l'Église, deux images de l'Église.

La première est celle incarnée par Jean, celle de l'Église penchée, renversée sur la poitrine de Jésus, ainsi qu'on peut lire dans le texte au moment de la scène du lavement des pieds, renversée dans un cœur à cœur, cette Église accrochée, vivifiée qui parle de son propre cœur au cœur même de Jésus. L'Église comme "nourrie" de la présence de Dieu, l'Église contemplative, celle qui "demeure en Lui" afin que la Parole même de Dieu, Jésus, demeure en l'Église. Amour de communion, amour qui nourrit mutuelle­ment. C'est cela la contemplation : que celui qui ouvre son cœur et se laisse envahir par Dieu, afin que Dieu Lui-même l'envahisse et le nourrisse.

Cela c'est l'Église contemplative et c'est pour cela que l'évangéliste prend bien soin de spécifier : "Il demeurera jusqu'à ce qu'Il revienne !" Demeurer en, demeurer avec, afin que Jésus demeure, c'est bien là le sceau et le projet de l'Église contemplative.

De l'autre côté, grâce à ce rayon de soleil couchant, on aperçoit comme un autre visage d'une Église qui prend juste naissance : c'est celle de Pierre, c'est l'Église active. Il est difficile de séparer les deux actions, les deux visages de l'Église. Or dans ce pas­sage, on a l'impression d'un conflit car Pierre se tourne vers Jean puis demande à Jésus : "Et celui-là?" Et le Christ répond : "Peu importe ce qui lui arrive, mais toi, "Suis-Moi !" Et il faut que le Christ le redise deux fois. Nous connaissons Pierre, nous savons comme il est long à mettre en route, nous connaissons sa lâcheté qui est aussi la nôtre. Et de fait, il prend la suite même du Christ en ce sens qu'il continue l'acti­vité même de pasteur qui est celle du Christ, qu'il devient à la suite et à la place du Christ le pasteur de l'Église.

Rappelez-vous cette scène de la Résurrection, lorsque Pierre et Jean courent au tombeau. Jean est le plus jeune, il est normal et logique qu'il arrive le pre­mier, et pourtant il s'efface devant Pierre, laissant ce­lui qui est la pierre centrale de l'Église celui sur lequel Jésus Christ construit l'Église, entrer le premier dans ce tombeau vide qui devient le centre même de l'Église.

Et pourtant, dans d'autres passages de l'évan­gile, Pierre demande toujours à Jean : "Demande au Christ quel est celui qui va Te livrer ?" Pierre n'ose demander lui-même au Christ mais passe par Jean.

Ainsi loin de voir deux visages de l'Église qui s'opposent, je trouve que le geste de Pierre qui se re­tourne vers Jean qui est derrière est très significatif pour nous. L'Église, quand elle est active, ne peut l'être sans cette contemplation qui l'anime, sans ce cœur à cœur, et elle prend même sa source et son énergie dans ce cœur à cœur avec le Christ. Elle est comme renversée sur sa poitrine, et de fait, elle est nourrie et vivifiée par le sang et l'eau qui coulent de son côté. Mais en même temps elle est lancée dans le monde comme un bateau fou. Elle est active car elle a à annoncer l'évangile à un monde qui ne peut ou ne veut pas l'entendre. Elle a cette double position de celle qui repose sur la poitrine et qui en même temps est lancée à travers le monde. Et c'est bien pour cela que Pierre hésite. Il y faut du courage et il faudra donc l'Esprit même de Dieu pour que cette action devienne vraiment celle du Christ et non pas uniquement celle des hommes.

Nous avons donc là dans cet évangile le vi­sage de la contemplation, le visage de notre prière, de notre liturgie, celle qui repose, qui est renversée sur sa poitrine comme un cœur à cœur, et de l'autre celle qui est appelée à suivre le Christ. Oui, nous aussi nous avons à demeurer dans le Christ, afin que le Christ vive en nous. Et nous avons aussi à répondre au Christ lorsqu'Il nous dit, à chacun de nous : "Toi, suis-Moi !"

 

AMEN

 

 

 
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