AU FIL DES HOMELIES

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SON TÉMOIGNAGE EST VRAI

2 Tm 2, 8-13 ; Jn 21, 20-25

Mercredi de la sixième semaine du temps pascal – A

(23 mai 1990)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

N

ous achevons le temps pascal, ces semaines inscrites dans la chronologie de notre année et qui nous ont fait méditer ce mystère à la fois inouï et si proche de la mort et de la glorification du Christ. Nous avions commencé, il y a une quaran­taine de jours, par la célébration de la Pâque, d'abord la mort et la Résurrection du Christ et nous avions lu dans l'évangile de saint Jean, après que la lance ait ouvert le cœur de Jésus, pour bien montrer aux hom­mes toute la profondeur de l'amour de Dieu à travers la chair du Christ, "Il en coula du sang et de l'eau !" Et à ce propos saint Jean ajoute : "Celui qui a vu en rend témoignage, son témoignage est véritable et celui-là sait qu'il dit vrai pour que vous croyiez, vous aussi !" Et aujourd'hui, en cette veille de l'Ascension du Christ, c'est-à-dire de sa dernière apparition dans sa chair de Ressuscité, la même parole nous est don­née : "Ce disciple témoigne de ses faits et c'est lui qui les a écrits et nous savons que son témoignage est vrai !"

Ce témoignage de l'apôtre Jean est le motif et la raison de notre assemblée eucharistique ou, de fa­çon plus extensive, de la vie et de la réalité de l'Église aujourd'hui comme à travers les temps passés et jus­qu'à la fin du monde. C'est dans ce témoignage de l'apôtre Jean que notre propre foi est définitivement inscrite. Et ce témoignage, lui-même l'a précisé dans les premiers versets de sa première épître que je vous rappelle. "Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie, ce que nos yeux ont vu, nous en ren­dons témoignage, nous vous annonçons la vie éter­nelle et nous vous avons écrit tout ceci pour que votre joie soit parfaite." C'est d'ailleurs le vœu même de Jésus pendant la grande prière de sa passion. "Qu'ils aient en eux une joie parfaite que nul ne pourra leur ravir !"

Il faut nous rappeler, et plus spécialement en ces temps où la foi chrétienne est pas mal bousculée parce que, enfin, elle va peut-être se détacher de for­mes trop humaines soit de la culture, soit d'institu­tions, voire d'institutions politiques, il est bon de nous rappeler que nous n'avons pas d'autre raison d'exis­ter, personnellement en tant que chrétien et l'Église en tant que corps, que ce témoignage-là. Et ce témoi­gnage-là suffit pour ce que nous sommes en Église, pour la raison d'être et la mission de l'Église dans le monde d'aujourd'hui. A condition que chacun d'entre nous épouse totalement ce témoignage de l'apôtre comme on épouse une fiancée, c'est-à-dire tout ce qu'elle est, tout ce qu'elle a été, tout ce qu'elle devien­dra, tout ce qui est connu, tout ce qui n'est pas encore révélé d'elle-même.

Notre adhésion à la foi est aujourd'hui, diffi­cile parce que nous sommes tentés, et c'est un petit peu le goût de ce monde, d'interpréter et de compren­dre de façon trop subjective, à partir de nous-même, les données mêmes du témoignage. Et si nous nous posons souvent des questions sur la foi, c'est plus par rapport à nous-même que par rapport au témoignage apostolique. Tant et si bien que nous nous arrangeons une sorte de foi à valeurs chrétiennes, à références ecclésiales, mais en définitive, c'est une foi un petit peu à notre sauce personnelle parce qu'elle nous per­met de comprendre ou d'accepter, de façon satisfai­sante pour nous, ce dont nous avons besoin de croire et de vivre. Or ceci ne s'inscrit pas encore totalement et parfaitement dans la foi des apôtres, cette foi qu'ils ont vue dans la personne du Christ, qu'ils ont touchée dans la personne du Christ, ce mystère de l'amour de Dieu incarné, ce mystère que le monde lui-même ne peut pas contenir, comme le suggère l'évangéliste, et que nous ne pouvons pas cerner, nous ne pouvons pas mesurer.

Que cette fête de l'Ascension, ce don ultime du Christ, ce témoignage premier des apôtres qui sera confirmé universellement et visiblement dans le don de l'Esprit Saint, que cette fête de l'Ascension réintro­duise notre propre démarche de foi, moins par rapport à nos questions que par rapport au don de Dieu, que par rapport au mystère de la Pâque du Christ que nous avons célébrée et auquel nous devons consentir pour ce qu'il est : source de vie, don de l'amour de Dieu et donc construction de notre propre avenir, personnel et collectif, parce que révélation de notre identité et de l'identité de l'Église pour le monde.

 

 

AMEN

 

 
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