AU FIL DES HOMELIES

TÉMOIGNAGE VÉRIDIQUE

2 Tm 2, 8-13 ; Jn 21, 20-25

Mercredi de la sixièmes semaine de Pâques – C

(27 mai 1992)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

C

'est le dernier mot de l'évangile de saint Jean que nous venons d'entendre. Quelqu'un qui écrit la dernière phrase dit, à propos de l'évangéliste "son témoignage est véridique". Et ceci rejoint ce que l'apôtre Paul écrit à son disciple Timo­thée : "Elle est sûre cette Parole ! Ce témoignage est véridique. Elle est sûre cette parole !" saint Jean avait écrit dans son Prologue : "Le Verbe s'est fait chair ! La parole s'est faite chair !" Et saint Paul dit à Timothée : "Si tu meurs dans la chair du Verbe, tu ressusciteras avec Lui, quelques que soient tes infidélités car Lui reste fidèle, à Dieu d'abord parce qu'Il est Dieu, à l'homme ensuite parce qu'Il est homme."

A la veille de célébrer l'Ascension, ces deux expressions de l'Écriture nous invitent à méditer sur la vérité. La vérité de l'évangile, la vérité de la Révéla­tion, la vérité de Dieu, la vérité de l'homme, ça ne se prouve pas. C'est la différence avec l'exactitude, celle des sciences dites justement exactes, celle qui se prouve, celle qui peut démontrer au bout d'une ana­lyse. Cette exactitude qui est un petit peu l'apanage de l'intelligence humaine puisque c'est à elle de la re­chercher et de l'établir. Dans ce sens, la vérité de l'évangile n'est pas exacte. Cette vérité ne se prouve pas, elle ne se prouvera jamais par quiconque, quelle que soit l'intelligence de l'homme, quels que soient ses moyens, cette vérité se rencontre. C'est pourquoi elle est d'abord la réception du témoignage apostoli­que, de Jean, de Paul et des témoins," ceux qui ont été avec le Christ depuis le début jusqu'à son terme"c'est-à-dire jusqu'à son Ascension dans la gloire de Dieu.

La vérité est souvent, dans le cœur des chré­tiens, source de difficultés, source de souffrances, source d'incertitudes. Nous ne savons pas très bien, au fond, si tout ceci est vrai, nous savons encore moins si notre façon de vivre pourrait un jour être décrite et définie comme un témoignage véridique de cette vé­rité. Nous sommes, comme le pressent saint Paul, parfois atteints par le doute nous demandant ou écoutant ceux qui nous parlent. Est-ce que cette vérité est vraie ? Est-ce qu'elle est sûre ? Est-ce que nous ne sommes pas dans l'erreur ? Tout ceci n'est pas drama­tique, tout ceci est bien normal puisque tant que l'homme n'aura pas totalement rencontré la vérité il y aura en lui une part de doute, une part d'interrogation, une part de questions et cela fait partie du dynamisme même de la foi car cela doit créer en l'homme le désir de s'avancer plus profond dément pour embrasser cette vérité.

Dans ces moments d'inquiétude, de doute, d'interrogations qui nous viennent par les autres ou par le monde, je crois qu'il ne faut pas se confier d'abord à notre raison ni à nos raisonnements car ils ne résonnent pas toujours de la vérité. Il faut juste­ment se confier à l'Écriture, au témoignage de ceux qui "ont écrit". Et s'ils ont confié au papier cela même dont ils ont été témoins c'est parce que le témoin fi­dèle l'avait écrit dans leur cœur de chair, l'avait écrit dans leur amour, dans leur souffrance comme Il l'écrira en lettres de sang dans leur mort et dans leur martyre. Dans les moments de doute, d'inquiétude, de questionnement, d'interrogations, il faut prendre appui sur l'Écriture, il faut relire l'Écriture, il faut, comme le dit saint Paul, "entrer dans le souvenir, dans la mé­moire : "Souviens-toi de Jésus-Christ !" non pas comme une occupation de notre imagination, de notre regret ou de notre mémoire psychologique, mais comme l'apprivoisement, l'approximation c'est-à-dire l'approche de cette vérité. Jésus nous le dit : "Je suis avec vous jusqu'à la fin du monde !" Donc cette vérité est avec nous. Nous n'avons pas à craindre l'ignorance ou le doute, mais que ces éléments se transforment en nous en soif de connaître et de rencontrer la vérité C'est d'ailleurs cette vérité qui, petit à petit, difficile­ment, douloureusement mais avec des moments de bonheur nous rendra libres de toute inquiétude, de toute angoisse, de toute question.

Que ces quelques mots nous rappellent que ce que nous célébrons chaque jour, cette mémoire de la mort, cette célébration de la résurrection, cette attente vivante de la venue, c'est vraiment cela la vérité. La vérité de Dieu, la vérité de l'homme, la vérité de Jésus-Christ vrai Dieu et vrai homme, cette vérité du Verbe qui, désormais, prend chair en notre chair pour que notre chair devienne elle aussi celle d'un fils de Dieu.

 

 

AMEN

 

 
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