AU FIL DES HOMELIES

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LE MONDE ENTIER NE POURRAIT CONTENIR TOUS LES LIVRES

2 Tm 2, 8-13 ; Jn 21, 20-25

(11 mai 1988)

Homélie du Frère Jean-François NOEL 

 

Sylvanès 

J

e pense que le monde lui-même ne suffirait pas à contenir tous les livres qu'on en écrirait." Je pense que "les livres" sont ici dans cette église, car nous sommes, chacun de nous un de ces livres écrits par le Christ. C'est bien pour cela que le monde ne pourra pas les contenir, car Christ continue à opérer, et tous ses faits et gestes sont inscrits comme dans le fond d'un livre qui est notre cœur. En chaque homme, le chemin du salut se refait, se défait et se renoue. Et à lui seul, chacun de nous constitue un évangile, une bonne nouvelle. De nouveau, Jésus revient, renoue les liens du salut dans le cœur de chaque homme, afin de faire de chaque homme ce nouvel évangile qui s'ajoute à celui du début, à la grande annonce du salut. Chacun de nous est ce "livre ouvert" dans lequel la grâce de Jésus, la grâce du Christ, par son Esprit, inscrit en lettres éternelles l'annonce du salut par la croix et par la Résurrection. Et c'est bien pour cela qu'à la veille de l'Ascension il est bon d'entendre ce texte qui nous ouvre à la venue de l'Esprit, celui qui va commencer à écrire, dans chacun des disciples, des chrétiens, le livre de l'évangile et du salut.

       Et de fait la lecture de ces paroles, ces derniers versets de l'évangile selon saint Jean, éclaire le sens des trois prophéties mentionnées. La première touche Pierre à qui le Christ dit : "Quand tu auras vieilli, tu étendras les mains, un autre te ceindra et te mènera là où tu ne voudrais pas aller." Ceci touche de près le martyre de l'apôtre Pierre, l'offrande de sa vie, à l'image même du Christ qui Lui aussi a "étendu les mains" sur la croix et "ceint son propre vêtement" pour laver les pieds de ses disciples.

       Il est ensuite fait allusion à celui qui avait rejeté le Christ, à celui qui a livré Jésus car celui qui a écrit a eu soin de bien préciser en parlant de Jean que c'est celui qui a demandé : "Seigneur, qui est-ce qui te livre ?" Il s'agit donc de Judas et de tous ceux qui, à la suite de Judas, continueront de nier, de livrer Jésus et donc ainsi de le livrer à la mort.

       Enfin la troisième touche Jean : "Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne !" Il s'agirait donc pour Jean de "demeurer" jusqu'au retour du Christ.

       En allant un peu plus loin que ces prophéties propres à Pierre, Judas ou Jean, il nous faut entendre ces quelques mots comme touchant notre propre vie chrétienne. Jésus dit à Pierre : "Toi, suis-moi !" C'est l'imitation du Christ. Et de Jean le Christ dit : "Si je veux qu'il demeure jusqu'à mon retour !" Suivre, demeurer. N'est-ce pas là deux impératifs, deux mots-clés que Jean voudrait faire retentir, une dernière fois, dans son évangile afin d'en faire les mots d'ordre même de la vie chrétienne : suivre le Christ et demeurer dans l'attente de son retour. Et en même temps, Jean signifie par là que c'est dans notre réponse obéissante à ces deux impératifs que se situera le jugement, que se situent ceux qui ne sont pas exclus du jugement final. Ceux qui n'auront pas livré Jésus, seront justement ceux qui auront suivi et demeuré.

       Ainsi, en essayant de lire cette fin d'évangile comme projetée dans l'avenir, dans l'eschatologie, nous pouvons y entendre les mots soulignés de la vie chrétienne. Ces mots sont : "suivre le Christ, demeurer avec Lui jusqu'à ce qu'Il vienne" ce qui veut dire : devenir, en notre cœur, son évangile, le lieu où le Christ peut de nouveau écrire, avec sa chair et avec son sang, dans notre chair et dans notre sang, l'annonce du salut promis à tous les hommes.

       AMEN

 

 
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