AU FIL DES HOMELIES

LE MINISTÈRE DE SAINT JEAN

2 Tm 2, 8-13 ; Jn 21, 20-25

Mercredi de la sixième semaine de Pâques – B

(11 mai 1994)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

C

e texte relate la dernière apparition de Jésus Ressuscité à ses disciples sur le bord du lac de Tibériade. Et le dernier héros de cette ap­parition, c'est l'apôtre saint Jean, celui qui a écrit ces choses. Or dans cette apparition, il y a deux person­nages, Pierre et Jean qui sont toujours très importants au moment des apparitions puisque c'est Pierre et Jean qui ont d'abord couru à la première apparition au tombeau. Et ils sont là tous les deux à la dernière ap­parition. Donc du point de vue de la valeur du témoi­gnage, ils sont absolument équivalents. Eux-mêmes, les premiers, même si Jean a cru avant Pierre, eux-mêmes sont les premiers témoins. Et puis, d'une cer­taine manière ils sont les derniers témoins du Christ Ressuscité. C'est cela que le texte de cet évangile veut nous expliquer. Jean est le dernier témoin du Christ. En fait vous avez remarqué comment nous est repré­senté Jean. Il est toujours donné comme "le disciple que Jésus aimait" mais avec un petit détail "c'est ce­lui-là même qui, durant le repas, s'était penché sur la poitrine de Jésus et avait demandé : qui est-ce qui Te livre ?" Ici nous avons une notation très précieuse. Jean était celui qui, au moment où le Christ allait mourir, était le plus proche pour essayer de compren­dre ce qui se passait dans le cœur du Verbe Incarné au moment où Il affrontait la mort. Jean devinait dans le cœur de Jésus le fait qu'Il allait être livré. Jean était comme le témoin de l'innocence de Dieu devant le mal qui allait lui être infligée Il était celui qui devinait l'angoisse de Jésus non seulement devant sa mort mais devant le fait qu'un des douze allait le livrer.

Or c'est précisément celui-là dont se préoc­cupe Pierre. La question de Pierre a été réglée : "Viens, suis-Moi !" Et vous remarquerez que, dans la scène, le disciple emboîte le pas de Pierre. Quand Pierre suit le Christ pour accomplir son ministère le Christ part vers le Royaume et Pierre met ses pas dans ceux du Christ pour aller lui-même vers le Royaume et conduire le troupeau "Pais mes brebis !" et le col­lège des apôtres met ses pas dans les pas de Pierre, il inaugure son ministère de la conduite du peuple de Dieu, Pierre commence son service, sa charge pasto­rale du peuple de Dieu.

Mais dans cette charge pastorale il y a aussi cette chose étonnante. Pierre demande : "Et celui-là qu'est-ce qu'il va faire ?" en désignant Jean Et le Christ lui répond : "Si Je veux qu'il demeure jusqu'à ce que Je vienne, que t'importe ? " Ici nous sentons bien que ce n'est pas immédiatement la charge pasto­rale qui est en cause, ce n'est pas le souci de guider le troupeau puisqu'il s'agit plutôt de "demeurer", d'atten­dre, d'être dans ce monde. Mais le motif de l'attente c'est "jusqu'à ce que Je vienne"." Pour moi, ce texte représente l'acte de fondation d'une certaine dimen­sion contemplative de la vie de l'Église. "Demeurer jusqu'à ce qu'Il vienne !" C'est le mystère de Jean. Jean est sûrement apôtre, il n'y a aucun doute là-des­sus, mais dans sa manière de vivre sa charge d'apôtre, il a une sorte de "couleur" contemplative du mystère de Dieu qui fait que, à tout moment décisif (que ce soit au moment où Jésus va être livré, que ce soit au moment où le Christ remonte auprès du Père) Jean est celui qui ouvre les yeux, qui sait "demeurer", qui sait attendre.

Et c'est une dimension fondamentale de la vie de l'Église. La vie de l'Église c'est aussi de savoir se tenir, "tenir son âme dans la paix et le silence comme un petit enfant blotti contre le sein de sa mère" selon un psaume. C'est le mystère de Jean, c'est le mystère de cette immobilité, de cette paix de la contemplation qui est absolument nécessaire. Au moment même où le Christ disparaît, il y a celui qui, par sa présence, par sa contemplation, par son silence, est là et témoigne simplement que, même éloigné, le Christ est présent.

Au moment où nous préparons à célébrer la fête de l'Ascension, c'est-à-dire ce moment ou le Christ s'éloigne du monde, demandons au Seigneur, par l'intercession de saint Jean et à sa prière, de pou­voir développer en nous cette capacité d'attente, cette capacité de contemplation, cette capacité de "demeu­rer" dans le mystère de Jésus, jusqu'à ce qu'Il vienne.

 

 

AMEN

 

 
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