AU FIL DES HOMELIES

LA VIE ÉTERNELLE

2 Tm 2, 8-13 ; Jn 21, 20-25

Mercredi de la sixième semaine de Pâques – A

(12 mai 1999)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, en ce dernier jour avant l'As­cension, le passage de l'évangile de saint Jean que nous venons de lire, tout à la fois est la dernière page de l'évangile de saint Jean, et la suite de ce que nous lisions hier. Ces deux passages, consacrés l'un à Pierre et l'autre à Jean, nous les lisons à diffé­rentes reprises au cours de l'année liturgique, notam­ment aux fêtes de saint Jean et de saint Pierre, ou encore au moment du Bon Pasteur, mais la raison pour laquelle nous les lisons aujourd'hui, est très dif­férente.

En effet, cette fin de l'évangile de saint Jean, tient la place du récit de l'Ascension, que nous fête­rons demain, tel qu'il nous est donné par saint Luc, et saint Marc. Saint Jean, ne nous parle pas de l'Ascen­sion de Jésus, il ne nous parle pas d'un départ de Jésus quittant cette terre pour retourner auprès du Père. Il nous laisse à la fin de son évangile sur cette conver­sation de Jésus avec Pierre au bord du lac, conversa­tion au cours de laquelle Jésus a demandé à Pierre par trois fois :"M'aimes-tu ?" lui a confié l'Église, lui a annoncé son martyre, conversation qui s'achève au­jourd'hui sur la personne de saint Jean : "S'il me plaît, qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne".

Ces deux pages nous invitent à la compréhen­sion que saint Jean veut nous communiquer du mys­tère de l'Ascension, il ne le conçoit pas comme un départ physique du Christ, qui quitterait le monde, mais bien davantage comme une sorte de transforma­tion intérieure, de nous-mêmes, par le Christ, qui nous entraîne avec lui dans une vie nouvelle.

Autrement dit, pour saint Jean, il ne s'agit pas tellement d'un événement au cours duquel le Christ physiquement disparaîtrait, que d'une condition à la fois du Christ et de nous-mêmes avec lui, qui nous transforme et nous fait passer dans le monde nouveau. Et ce passage dans le monde nouveau s'accomplit en quelque sorte dès maintenant, ce n'est pas simplement plus tard que nous quitterons physiquement le monde par la mort, pour rejoindre le Christ dans un "ail­leurs", un "au-delà", c'est dès maintenant, à l'intérieur même de notre vie, que se produit une sorte de trans­formation, une transfiguration, qui fait naître au cœur de nous-mêmes, la vie du Christ, la vie éternelle, la vie du monde nouveau.

C'est la raison pour laquelle Jésus dit à Pierre: "Suis-moi !" La vie de Pierre, et plus particulièrement sa mort, son martyre, c'est une manière de suivre Jé­sus, de mettre ses pas dans les pas de Jésus, et donc, d'entrer avec Jésus dans le mystère de la vie humaine, de la résurrection qui est au cœur même non seule­ment de la mort, mais déjà de notre chemin ici-bas. Nous sommes en train de voir naître au fond de nous-mêmes, une vie nouvelle, notre vie de ressuscités. Elle n'est pas à renvoyer dans un au-delà, elle est déjà commencée, elle est déjà en train de surgir au fond de notre cœur. Et c'est la raison pour laquelle aussi, il dira à propos de saint Jean, non pas que saint ne mourra pas, mais : "s'il me plaît, qu'il demeure". De­meurer, chez saint Jean, cela veut dire avoir une sorte de profondeur, d'intensité, de densité de vie, qui trans­forme notre existence. Saint Jean va demeurer jusqu'à ce que le Christ vienne le prendre, c'est-à-dire que saint Jean va entrer lui aussi, dans ce mystère d'une vie nouvelle dont les frontières ne sont plus aussi précises que nous aimerions les voir, par des événe­ments comme le départ du Christ, l'Ascension, ou comme notre mort, non, il s'agit de basculer progres­sivement de la vie de ce monde, dans une vie autre, dans une vie qui nous prend de l'intérieur, et qui petit à petit va nous envahir, nous transformer, et qui sera la vie éternelle.

C'est dire que la vie éternelle est déjà com­mencée, à cet instant, qu'elle est déjà en travail, au fond de nous-mêmes, qu'elle est déjà en train de se réaliser peu à peu à travers tous les gestes, tous les événements de notre vie quotidienne.

Nous n'avons peut-être pas assez l'habitude de penser à la vie éternelle de cette manière, qui ne la renvoie pas d'un avenir plus ou moins lointain, mais qui la rend très concrète, c'est aujourd'hui, à chaque instant, jour après jour, dans chaque événement de notre vie, que commence à surgir cette vie éternelle, et que peu à peu, prenant toute la place, un jour, elle nous envahira totalement, nous transportera avec Le Christ, dans le Royaume, dans la vie nouvelle.

Alors, frères et sœurs, soyons attentifs à cette vie qui naît en nous, à cette résurrection qui naît en nous, à cette transformation de nous-mêmes dont cha­que instant de notre vie humaine est porteur, et à quoi rien de ce que nous vivons n'est étranger.

 

 

AMEN

 

 
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