AU FIL DES HOMELIES

SUIVRE ... ATTENDRE ... DEMEURER

2 Tm 2, 8-13 ; Jn 21, 20-25

Mercredi de la sixième semaine du temps pascal – A

(8 mai 2002)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

ette dernière page de l'évangile de saint Jean par laquelle celui-ci se termine, est l'équiva­lent johannique de l'Ascension que nous al­lons célébrer demain. Elle ne décrit pas l'Ascension comme un voyage cosmique, intersidéral, à la ma­nière de la représentation que nous nous en faisons couramment, et que les synoptiques adoptent, ainsi que les Actes des apôtres, mais l'Ascension se passe comme une sorte de promenade de Jésus avec Pierre et Jean le long du lac de Galilée, promenade qui peu à peu les élève de ce monde vers le monde nouveau comme par une sorte de continuité sans rupture.

Au cœur du passage que nous venons de lire, il y a cette opposition entre ce que Jésus annonce à Pierre : "Quelqu'un te mettra ta ceinture pour te me­ner là où tu ne voudras pas aller", signifiant par là, la mort, le martyre par lequel Pierre devait glorifier Jé­sus, et ces paroles énigmatiques que Jésus réserve au disciple qu'il aimait, c'est-à-dire à Jean : "S'il me plaît, si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe", dit-il à Pierre. Il y a donc le disciple qui marche avec Jésus, qui suit Jésus, c'est Pierre, et puis le disciple qui demeure. Saint Jean qui écrit lui-même cette scène dont il est un des personnages essentiels, principaux, saint jean précise bien que c'est à tort qu'on a interprété ces paroles comme si Jean devait rester sur terre jusqu'à ce que le Christ revienne, c'est-à-dire la fin du monde, autrement dit, comme si elles annonçaient que Jean ne mourrait pas. Il dit de façon précise : le bruit s'est répandu que Jésus ne mourrait pas, mais Jésus n'avait pas dit : "Il ne mourra pas", Il avait dit : "Si je veux qu'il demeure". Saint Jean, par-delà l'image de celui qui marche avec Jésus et de celui qui demeure, veut définir les deux composantes essentielles de notre attitude au moment où Jésus par le mystère de son Ascension, retourne auprès du Père. Quand Jésus quitte visiblement ce monde, pour aller nous préparer une place dans le monde nouveau, le monde véritable, dont sa Résurrection est le surgissement, le commencement, il y a en ce qui nous concerne deux choses à faire : d'une part, suivre Jésus, non pas le suivre en nous élevant à travers les airs, mais le suivre, c'est-à-dire marcher vers le Royaume, marcher comme Lui à travers la Pâque, à travers la Croix, prendre sur nous notre croix, comme lui-même a pris la sienne, c'est-à-dire traverser le mystère de la mort qui débouche sur la résurrection, comme Lui a accepté d'être conduit à l'abattoir comme la brebis muette qui ne se défend pas et qui n'a pas de parole à la bouche, accepter comme Il l'annonce à Pierre que quelqu'un d'autre le mène là où il n'avait pas décidé d'aller.

Donc, suivre Jésus dans sa Pâque, dans son humiliation, dans son appauvrissement, dans sa mort. Et en même temps, il y a une deuxième attitude non moins essentielle, non moins fondamentale qui est de demeurer. Demeurer, nous pourrions prendre cela au sens de "rester là". Mais saint Jean nous prévient qu'il ne s'agit pas de cela. Demeurer est un mot qui est presque constamment présent dans l'évangile de saint Jean. L'Esprit au baptême de Jésus a demeuré sur Lui. Jésus par l'eucharistie vient demeure en nous, et par là même, Il nous fait demeurer en Lui, et il nous demande au moment où Il quitte de ce monde de demeurer. Ce mot vient de "demeure", ce qui veut dire faire son habitation, s'établir d'une manière permanente, stable, non pas se déplacer de lieu en lieu, non pas courir après quelqu'un, aller de-ci et de là à la recherche de quelque chose, d'un mystère, mais attendre. Attendre dans une sorte de paix qui est comme une fixation, pas dans le passé, une fixation ouverte qui étend notre présent jusqu'à son accomplissement. Demeure, c'est avoir cette certitude, cette persuasion que ce que nous sommes, là où nous sommes va vers une plénitude et un accomplissement. Bien sûr, toutes les images sont partielles et l'on pourrait aussi dans une autre homélie dire qu'il faut sans cesse chercher, il faut sans cesse aller à la recherche, à la découverte du mystère. Mais il est non moins vrai que nous devons savoir que ce mystère, il est déjà là et que ce qui n'est pas encore manifesté de lui pointe déjà à l'horizon, et que nous devons essentiellement attendre en nous approfondissant dans cette attente, en nous laissant de plus en plus pénétrer d'une manière immobile par cette attente de quelqu'un qui vient et qui est déjà là, et qui sans cesse nous emplit de sa présence et va nous combler. Il faut à la fois suivre le Christ, et en même temps, attendre sa venue, car en réalité si nous le suivons, si nous marchons vers Lui, il est encore plus vrai que Lui marche vers nous et que c'est en gardant les mains ouvertes et le cœur ouvert que nous avons le plus de chance de saisir cette venue, cette arrivée, d'être at­tentif dans notre attente, d'être tout tendu polarisé vers cette venue, ce surgissement imminent.

Que notre vie soit à la fois une manière de suivre Jésus, de l'accompagner, de l'imiter, de tout faire comme Lui, et puis aussi une sorte de profond silence, par lequel nous attendons dans la solitude, dans l'humilité, nous attendons qu'Il surgisse Lui-même au cœur de ce que nous sommes, au cœur de notre vie, et qu'il vienne tout transformer, tout ac­complir, tout renouveler. Le mystère de l'Ascension, par-delà les images que nous nous en faisons, ou les images que nous en donne d'ailleurs l'Écriture, le mystère de l'Ascension c'est ce mystère de notre rela­tion avec le Christ qui apparemment s'est éloigné mais qui vient, le Christ que nous devons à la fois suivre et attendre, le Christ dont l'essentiel, c'est de savoir qu'il va surgir au cœur de ce que nous sommes et de ce qu'est notre monde.

 

 

AMEN

 

 
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