AU FIL DES HOMELIES

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LA MORT DU SAINT

Ep 3, 14-21 ; Jn 17, 20-26

Mercredi de la sixième semaine de Pâques – B

(28 mai 2003)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

J

e repense à une personne, l'autre jour, qui s'apprêtait à mourir et dans sa préparation au face à face, c'était comme si un torrent se libérait, les pardons jaillissaient, jaillissaient, ces pardons qui étaient enfouis depuis tellement longtemps, c'était comme une sorte de geyser tout à fait étonnant.

Je repensais aussi à une phrase de Bernanos, je crois que c'est dans le "Journal d'un curé de campagne", où il dit : "J'ai vu mourir un saint". Ce n'est pas comme on l'imagine, ce n'est pas comme dans les livres. Il faut se tenir là, ferme et l'on voit craquer l'armure de l'âme. C'est une façon de représenter la mort des saints. On nous a habitué à la mort du saint qu'on voit dans des draps tout blancs, entouré de ses disciples, déjà l'auréole pèse sur ses oreilles, il donne quelques consignes, quelques mots d'ordre, il est déjà tourné vers le ciel, et aussi il a le souci de prolonger son œuvre et son action.

Mais quelqu'un comme sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus que Bernanos a côtoyé spirituellement de près, et qui a énormément touché le cœur de l'écrivain, sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, quand on a enfin déblayé tout l'aspect à l'eau de rose qu'on a voulu mettre sur sa vie au carmel et sur son départ, sainte Thérèse nous apparaît comme une sainte qui a une mort de cette craquelure, de ces craquements de l'armure de l'âme. Ce sont des entretiens qui sont d'une force insoupçonnée, la force de quelqu'un qui nous fait toucher aussi cette âme qui a tellement approché le visage de Dieu, qu'à force de s'en approcher si près, on a l'impression que tout s'en va. On devrait courir et puis on n'a que la nuit de la foi et l'on se retrouve avec des arguments qui nous font trébucher sur cette terre. On voudrait pouvoir s'envoler, c'est tout le débat des entretiens de Thérèse avec son Seigneur avant la rencontre.

Jésus n'a pas la mort classique d'un saint dans son discours. C'est tout à fait étonnant. D'abord, Il présente cette fin de discours dans la plus large ouverture. Il prie pour le monde, pour toutes les générations, Il prie pour quelque chose qui va être beaucoup plus large que toute sa vie, mais à la limite, un saint pourrait aussi l'envisager. Mais ce qui est étonnant dans le texte que nous avons entendu, c'est qu'Il vit déjà avec son Père : "Moi en eux, Toi en moi, comme Toi Père tu es en moi, et moi en Toi". Ce n'est pas quelque chose qui est à venir, mais au moment de cet adieu, Il est déjà établi dans cette relation très particulière avec le Père. Il voit déjà ce qu'Il espère, Il vit déjà de cette espérance. Et Il vit dans ses disciples. Bien sûr le saint pourrait avoir des disciples et dire qu'ils vont poursuivre son oeuvre, mais Il vit vraiment dans ses disciples, de la même manière qu'Il vit en Dieu, Il vit déjà dans ses disciples : "Afin qu'eux aussi soient en nous". C'est peut-être aussi cela qui est assez particulier dans ce discours d'adieu de Jésus, et qui le distingue de beaucoup de saints, c'est qu'il n'y a pas de frontière. Il vit en Dieu, Il vit déjà de son Père, Il est établi dans cette relation avec son Père, et Il vit dans ses disciples, Il est établi dans cette relation avec ses disciples, et les deux ne font qu'un. C'est comme s'Il avait supprimé toutes les frontières, c'est comme s'il identifiait ainsi d'une manière très particulière la vie qu'Il mène avec Dieu et la vie qu'Il a avec ses disciples.

Cette vie qu'Il partage avec son Père, Il va la répandre encore plus largement dans le don très proche de l'Esprit, don de son amour pour ses disciples, pour son Église.

 

 

AMEN

 

 
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