AU FIL DES HOMELIES

Photos

TOI SUIS-MOI !

2 Tm 2, 8-13 ; Jn 21, 20-25

Mercredi de la sixième semaine de Pâques – B

(24 mai 2006)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

V

ous avez entendu cette histoire qui vous paraît sans doute un peu compliquée. Je ne sais pas si vous savez quand elle se passe : c’est au moment où Jésus est ressuscité, il va surprendre les disciples au bord du lac quand ils sont en train de pêcher. Je crois que les disciples n’avaient plus du tout le moral, ils pensaient que si jésus était mort, c’était fini, donc ils étaient repartis dans leur pays au bord du lac, et ils avaient repris leur métier de pêcheurs, puisque c’ étaient des pêcheurs. Ils considéraient que l’aventure était terminée. Et puis, vous connaissez la suite, Jésus apparaît sur le bord du lac le matin, alors qu’ils n’ont rien pris, et Jésus leur dit : lancez les filets. Ils obéissent et ils retrouvent plein de gros poissons alors qu’ils avaient pêché toute la nuit sans rien prendre. C’était déjà une surprise pour eux. A ce moment-là, saint Jean qui est le plus malin dit à saint Pierre : un coup pareil, c’est le Seigneur, ce n’est pas possible qu’on ait attrapé tout plein de poissons alors qu’on avait bagarré toute la nuit avec les filets et qu’il n’y avait rien eu, donc, c’est le Seigneur. Pierre qui a un tempérament de feu, lui, c’est un peu le gros costaud, celui qui fonce, Pierre prend son bateau, il avance, et avant d’arriver au bord du lac, il se jette en-dehors du bateau, il plonge tout nu dans l’eau, et il va devant Jésus.

Surprise pour tout le monde, au moment où ils arrivent, c’est Jésus qui a préparé le repas. Vous comprenez pourquoi Jésus a préparé le repas ? C’est parce qu’il veut expliquer à ses disciples que c’est lui qui leur donne sa vie. Quand on fait un repas, cela veut dire qu’on offre l’accueil, l’hospitalité, le bonheur d’être ensemble, mais c’est celui qui fait le repas, c’est la maîtresse de maison qui a la joie d’accueillir. Donc Jésus ici, fait le maître de maison, il leur prépare le repas. Le repas se passe bien, c’est du poisson, cela ne surprend personne puisqu’on est au bord du lac, c’est Jésus qui a préparé le feu, il fait cuire les poissons.

Très bien, magnifique repas. A la fin, il se passe quelque chose d’un peu bizarre, Jésus va leur rappeler des souvenirs. Il se tourne vers saint Pierre et lui dit : est-ce que tu m’aimes ? saint Pierre, dans sa tête, cela marche quand même assez vite, se demande : pourquoi est-ce qu’il me demande cela ? Tout d’un coup, il se souvient, c’est parce que je l’ai trahi. Qu’est-ce qu’on peut répondre dans ce cas-là ? Difficile, il sait très bien ce qu’il a fait, mais, il l’a trahi. Alors, il répond : bien sûr que je t’aime. Jésus vaut quand même lui faire comprendre qu’il n’est pas dupe, et il lui demande une deuxième fois : tu m’aimes ? et Pierre répond : oui, oui, je t’aime. Et la troisième fois, Jésus demande, alors là pour Pierre, cela devient évident, puisqu’il a renié trois fois, Jésus lui pose trois fois la question. A la troisième fois, Pierre dit : Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t’aime.

C’est déjà une très belle histoire qui se passe après Pâques, parce que vous voyez, Pierre a fait des bêtises, il n’aurait pas dû renier, il aurait dû avoir le courage de dire devant la servante, le soldat, moi, je suis le disciple de Jésus. Au lieu de prendre son courage à deux mains, il a été lâche, il n’a pas eu le courage de défendre ses opinions. Jésus veut lui faire comprendre quand même que ce n’est pas ce qu’il aurait fallu faire. Mais il le lui fait comprendre sans le désespérer. Quand vous avez fait des bêtises, vos parents vous disent, vraiment, je ne croyais pas cela de toi, tu es minable, tu n’as pas été capable d’avoir des bonnes notes à l’école, tu me déçois, etc … Jésus ne dit pas cela. Il dit simplement : est-ce que tu m’aimes ? Cela veut dire quoi ? Cela veut dire tout simplement : maintenant, on repart à zéro. C’est comme cela que ça se passe avec Jésus, c’est une des choses qu’il faudra que vous reteniez tout le temps : on repart à zéro.

C’est là qu’on en arrive à l’évangile qu’on a lu tout de suite, Jésus lui dit, bien, tu as fait des bêtises, tu m’as renié, ce n’est pas bien du tout, mais maintenant, suis-moi. C’est très important, c’est que Jésus dit à ce moment-là à saint Pierre : maintenant, je suis vivant, je suis ressuscité, c’est pour toute l’éternité, au moment du reniement, tu n’as pas osé me suivre, maintenant, il faut que tu me suives. Et il lui dit même quelque chose d’invraisemblable, tu vas me suivre, mais c’est quelqu’un d’autre qui va te mettre la ceinture pour marcher. Cela veut dire, tu n’iras peut-être pas où tu voudras, Jésus lui dit, peut-être qu’un jour, tu seras obligé de mourir pour moi, tu l’a évité la première fois, mais tu ne l’éviteras pas la seconde fois. Cela veut dire : à partir du moment où je suis ressuscité, je renouvelle mon amour et ma fidélité, mais toi, suis-moi.

Alors, Pierre commence à le suivre, et Jésus s’en va sur le bord du lac. Il se retourne, et il s’aperçoit que saint Jean suit aussi. Pourquoi saint Jean suivait-il ? Est-ce que c’était par curiosité, parce qu’il aurait bien voulu savoir ce que Jésus allait mijoter avec Pierre, ce n’est pas impossible ? Toujours est-il que Pierre dit : alors, lui, derrière, là, et lui Seigneur ? Et Jésus répond à Pierre : que t’importe ce que lui fait, si je veux qu’il attende jusqu’à mon retour. Ce n’est pas très facile à comprendre, mais c’est ce que dit Jésus. En réalité, il dit : toi, Pierre, je t’ai demandé de me suivre, tu as ton appel à toi, tu as ta manière à toi de vivre avec moi, et jean a la sienne. Celle de Jean, c’est sans doute autre chose. Je ne lui ai pas dit : suis-moi. Je lui ai dit autre chose. C’est son secret à lui, comme toi tu as ton secret à toi.

Vous voyez, je crois que cela, c’est exactement être chrétien. Chacun d’entre vous, et chacun d’entre nous ici, à chacun le Christ a dit quelque chose. Au jour de notre baptême, le Christ nous a appelés chacun personnellement, et nous n’avons pas dire après : et celui-là, pourquoi a-t-il été appelé comme ça, et moi comme ça, et lui encore autrement, et pourquoi lui il a des malheurs, et que moi je n’en ai pas, pourquoi j’ai des malheurs et que lui n’en a pas ? Et pourquoi lui il est doué et que moi je ne suis pas doué ? Toi, suis-moi ! Il faut que vous reteniez cela dans votre vie. Quand on est disciple de Jésus, il nous dit : toi, suis-moi de la manière que je veux pour toi. Donc, pour chacun d’entre nous, être baptisé, être disciple de Jésus, c’est suivre le chemin que Jésus nous a donné. Cela nous demande d’un petit peu réfléchir, de nous demander ce que Jésus veut pour nous, d’essayer de le faire, et de répondre « oui » quand il nous appelle, et de ne pas trop dire oui mais pourquoi celui-là, pourquoi pas celui-ci, pourquoi cela ? Ce ne sont pas des bonnes questions. La vraie question c’est : comment est-ce que je peux répondre quand Jésus me dit : suis-moi.

Vous êtes là aujourd’hui pour une sorte de temps de réflexion, je pense que ce matin vous avez déjà réfléchi à des questions comme ça, je ne sais pas lesquelles, peu importe, mais dans votre tête, et au fur et à mesure que vous continuerez à croire et à approfondir votre catéchisme, posez-vous toujours la question : qu’est-ce que Jésus veut pour moi, comment veut-il que je le suive ? Et ça, il n’y a que chacun personnellement qui peut y répondre, c’est ce qui est très important, et ce que je vous souhaite pour toute votre vie, c’est d’arriver vraiment à vous dire : quand le Seigneur m’a appelé par mon baptême, quand le Seigneur m’appelle jour après jour, comment est-ce que je réponds, qu’est-ce que je fais pour le suivre comme il le veut, le mieux possible ?

 

AMEN

 

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public