AU FIL DES HOMELIES

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TROIS FACETTES DE L'ASCENSION

2 Tm 2, 8-13 ; Jn 21, 20-25

Mercredi de la sixième semaine de Pâques – C

(16 mai 2007)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, nous sommes donc à la veille de la fête de l'Ascension. Les textes que nous venons d'entendre nous tournent vers ce mystère. En effet, les différents évangiles nous présentent ce mystère de l'Ascension de manière assez diverses. Chez saint Marc et chez saint Luc, l'Ascension correspond à ce que nous mettons habituellement sous ce terme : Jésus qui est avec ses disciples après leur avoir ses adieux, d'élève à leurs yeux, et disparaît. C'est donc un départ du Christ pour retourner auprès du Père, pour comme le disent les textes, siéger à la droite du Père. C'est donc le mystère de l'Ascension, celui du Christ qui retourne au Père avec son humanité, et désormais, Jésus homme et Dieu, est dans la gloire du Père, dans la gloire de la Trinité, et Il règne sur le monde.

Saint Matthieu nous présent les choses de façon un peu différente. Un départ de Jésus, une absence de Jésus ne nous est pas manifestée, au contraire, au moment où le texte va s'achever, Jésus dit : "Voici, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde". Matthieu insiste donc sur cette présence invisible, mystérieuse, mais réelle du Christ à son Église, même si nous ne le voyons pas, ne le touchons pas comme on pu le faire les apôtres, même après sa résurrection, le Christ est avec nous. Il demeure avec son Église, avec son peuple, Il est présent dans le cœur de chacun d'entre nous et Matthieu insiste précisément sur le baptême par lequel cette présence du Christ en notre cœur est réalisée.

Nous venons d'entendre la version de saint Jean. C'est encore une troisième manière de nous présenter l'Ascension. Pas plus que saint Matthieu, et à la différence de Marc et de Luc, Jean ne nous rapporte un départ du Christ. Mais, ce qu'il nous présente est très particulier. Après le repas au bord du lac qui marque dans saint Jean la dernière apparition du Christ, le Christ s'adresse à Pierre, c'est ce qui précède immédiatement ce que nous venons de lire, et après lui avoir demandé : "M'aimes-tu ? " et lui avoir confié son Église, Jésus dit à Pierre : "Maintenant, toi, suis-moi". Jésus parlant avec Pierre s'en va au bord de ce lac de Tibériade, cette mer de Galilée, et c'est toute l'expression de ce "suis-moi", Pierre marche aux côtés du Christ à la fois vers Passion qu'il subira à son tour, et vers la gloire où il sera introduit. Jean, le disciple bien-aimé marche à leur suite. Jésus dit à Pierre, que Jean restera sur la terre, même après le martyre de Pierre, de Paul, de tous les apôtres, Jean sera le dernier apôtre à vivre sur la terre, comme s'il attendait le retour du Christ.

Tout se passe donc comme si l'Ascension était une sorte de chemin continu entre la terre et le ciel. Jésus marche au bord du lac, suivi par Pierre et par jean, et l'évangile s'arrête à ce moment-là comme si toute l'histoire du monde était cette marche de Jésus qui nous entraîne avec lui vers le Père. Non pas un départ, une absence, mais une invitation à ne le suivre, une invitation à la fois à marcher avec lui jusqu'aux limites du monde qui semblent être sur le bord de ce lac où nous communiquons entre la terre et le ciel, soit que comme Pierre, on suive Jésus dans sa Passion sa mort et sa Résurrection, soit que comme Jean, on attende le retour du Christ.

De toutes manières, nous sommes là au bord du lac comme à la porte du ciel, comme si Jésus et nous à sa suite, nous étions en marche, de manière continue, jour après jour, tout au long de notre vie vers le ciel, d'où Jésus va revenir pour prendre en main cette terre pour en faire les cieux nouveaux et la terre nouvelle. Ce n'est pas la rupture dont nous parlent Luc et Marc, rupture qui est bien réelle, car tout ce temps de l'Église que nous vivons, nous ne voyons pas le Christ, nous ne le touchons pas. Ce n'est pas non plus la présence mystérieuse du Christ que nous raconte saint Matthieu, qui est invisiblement dans nos cœurs, c'est le Christ qui nous entraîne, qui nous fait marcher sur cette terre, en route vers le ciel d'où Il reviendra pour transformer cette terre en un ciel.

C'est donc l'insistance sur la continuité entre l'histoire et l'éternité, entre la terre et le ciel, entre cette vie où nous souffrons et la gloire qui va venir nous emporter, nous illuminer, nous transfigurer de l'intérieur. Ces trois présentations différentes de l'Ascension ne sont pas contradictoires, elles insistent sur des aspects complémentaires du mystère de l'Église. C'est vrai que nous vivons comme tournés vers le Christ qui est parti de cette terre pour aller vers le Père, c'est vrai que le Christ est mystérieusement présent dans notre cœur, c'est vrai aussi que nous sommes invités à marcher à ses côtés et à ainsi passer insensiblement de cette vie à la vie éternelle.

Que cette richesse du mystère de l'Ascension qui par ses différentes facettes explique, donne sens à notre existence chrétienne, à notre vie dans l'Église, à cette vie de l'Église qui attend le retour de son Christ, qui attend le moment où tout s'achèvera dans la gloire de Dieu, que cela nous aide à vivre mieux ce temps qui nous est donné pendant notre vie sur la terre, afin que nous parvenions nous aussi avec le Christ à la droite du Père.

 

 

AMEN

 

 

 
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