AU FIL DES HOMELIES

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LE BON PASTEUR

2 Co 3, 3-18 ; Jn 17, 11 d-19

Samedi de la sixième semaine du temps pascal – C

(6 mai 1989)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

J

e suis le Bon Pasteur et je donne ma vie pour mes brebis". C'est toute la miséricorde du Christ parmi nous sur la terre qui est exprimée dans ces lignes. En effet, quand Jésus se promenait sur les routes de Galilée, Il avait pitié des foules car elles étaient "comme des brebis sans pasteur". Et maintenant qu'Il vient de guérir un aveugle de naissance, et qu'on lui demande s'Il est de Dieu ou s'Il n'est pas de Dieu, le Christ explique, après avoir pris soin de cette pauvre brebis qu'était l'aveugle-né qui ne voyait plus, qui était égarée, Il explique que c'est Lui le bon pasteur.

Autrement dit, Jésus se situe devant ce peuple d'Israël, ou plus exactement situe le peuple d'Israël devant Lui, comme ce troupeau de brebis que Dieu avait déjà rassemblé sous la houlette du premier pas­teur David, mais ce troupeau s'était égaré. Ce trou­peau d'Israël que David avait fait paître et que David avait rassemblé autour de l'arche, à Jérusalem, dans la joie de la présence de Dieu, voici que ce troupeau avait été livré aux mercenaires, à des successeurs, des rois qui avaient gâché, qui avaient dispersé le trou­peau, qui l'avaient tondu pour se faire des vêtements de laine uniquement pour eux, des pasteurs qui avaient guidé le troupeau dans de pauvres pâturages, des pasteurs qui s'étaient soucié davantage de leur intérêt, de leurs égoïsmes, plutôt que du bien-être des brebis.

Et voici que Jésus, dans sa miséricorde et sa tendresse, Lui qui s'est fait l'un de nous, explique au peuple qu'Il voit si démuni, qu'il voit si pauvre et sans défense, Il lui explique que, malgré le péché, qui a dévasté ce troupeau, ce troupeau d’Israël reste peuple de Dieu, reste troupeau de Dieu. Malgré le péché, malgré tout ce qui brise notre cœur, malgré notre mi­sère, notre égoïsme, nous resterons toujours le trou­peau de Dieu. Et Jésus prend même soin d'ajouter qu'il y a encore d'autres brebis qui ne sont pas agré­gées au troupeau, qui ne font pas encore partie du bercail, mais elles sont déjà profondément appelées à faire partie du bercail. Oui, tous les hommes consti­tuent le troupeau de Dieu, le troupeau du Christ. Et c'est dans ce geste de miséricorde et de tendresse que Jésus s'adresse à tous ces hommes en leur disant : maintenant, sachez que vous avez trouvé le bon pas­teur, ou plus exactement que le bon pasteur vous a été donné.

Tel est le sens de l'évangile que nous lisons et méditons aujourd'hui. C'est que le vrai pasteur, l'uni­que pasteur, le Christ nous a été donné. Et comment nous a-t-il été donné ? Il nous a été donné dans la Pâque, car le troupeau de Dieu a besoin d'être guidé. On parle souvent du réflexe grégaire des troupeaux qui suivent la première brebis. Mais là, précisément, ce que le Christ veut nous montrer, c'est que mainte­nant, l'humanité n'est plus ce troupeau jeté au hasard de l'histoire, au hasard des meneurs, au hasard des mercenaires qui essaient de s'emparer du troupeau pour leur propre gloire, pour leur assurance, ou pour leur goût de détruire. Le troupeau ne vivra plus de cette espèce de hasard de l'histoire, mais il a vérita­blement trouvé Celui qui vient le guider, et qui vient le guider vers le Père.

Et comment le Christ fait-il ? En donnant sa vie pour nous. Et c'est là le cœur même du mystère de l'Église. Si nous sommes un peuple rassemblé, si nous sommes le troupeau de Dieu, non pas le troupeau au sens de ces bêtes qui se suivent aveuglément les unes les autres, mais le troupeau au sens de ceux qui sont rassemblés autour du Christ, c'est parce que le Christ a introduit une nouvelle loi dans la vie du troupeau, c'est parce que le Christ a introduit la loi du don et de l'amour. Le Christ a donné sa vie et si nous sommes aujourd'hui Église, c'est-à-dire convocation et ras­semblement, ce n'est pas parce que nous voudrions par nous-mêmes nous rassembler ce n'est pas parce que, par nos propres forces ou par notre propre juge­ment, ou par nos opinions, ou par nos écritures nous voudrions ensemble perpétuer un peuple fermé sur lui-même, nous donnant à nous-mêmes nos propres lois. Mais c'est parce que nous avons été rassemblés par le don que Jésus a fait de sa propre vie. Il n'y a pas d'autre moyen de créer un lien, il n'y a pas d'autre moyen de constituer un troupeau dans sa vitalité et son dynamisme organique, que de donner sa vie pour le troupeau.

Vous le savez bien tous. Que ce soit dans vos expériences familiales, que ce soit dans vos expérien­ces professionnelles, il n'y a que quand on donne qu'on fait l'unité. C'est exactement cela que le Christ veut nous dire. Si aujourd'hui nous sommes rassemblés dans l'unité de la confession de Jésus Christ mort et ressuscité pour nous, c'est parce que notre communauté a jailli du don même de la vie, du don même de l'amour, de la vie même de Dieu livré pour nous sur la croix et c'est cette vie donnée qui nous rassemble tous. C'est l'amour qui fait l'unité. Et l'amour fait si bien l'unité qu'il est capable de se confier à d'autres.

Et c'est le sens des ministères dans l'Église, particulièrement de ce ministère épiscopal qui est le ministère pastoral, le ministère par lequel un homme choisi du troupeau, une brebis aussi pécheresse, aussi misérable que les autres est choisie, pour être le signe visible et vivant de ce don généreux de l’amour de Dieu aux hommes.

C'est pour cela que l'Église nous demande de prier aujourd'hui pour les vocations. Car le sens du ministère épiscopal, du ministère sacerdotal est préci­sément celui-ci : que le prêtre, lui qui est aussi pauvre et si démuni dans sa pauvreté humaine et dans ses limites humaines que tous ses autres frères, que le prêtre ait pour mission de rendre visible, au cœur de l’Église, cette initiative d'amour gratuit de Dieu, de rappeler sans cesse à l’Église que son rassemblement et son unité ne vient pas d'elle, mais qu'elle vient d’un amour qui jaillit du cœur même de Dieu.

C'est pour cela que le prêtre est appelé, c'est pour cela que l'évêque est appelé à accomplir cette charge, dont il n’est absolument pas digne, pas plus digne qu'aucun autre. C'est pour cela qu'il l’accomplit avec toutes les limites et les faiblesses de sa condition humaine et pécheresse. Mais en même temps, il est investi par la puissance et la promesse du Christ de ce pouvoir d'être pasteur, de servir les brebis, d'être signe visible de cette unité qu'Il ne donne pas de lui-même mais qu'il dispense par ses mains, au nom du Christ. C'est l'unité même du Christ qu'il répand aux pieds des fidèles.

Nous aurons à cœur, au cours de cette eucha­ristie, de prier à la fois pour tout le peuple de Dieu, j'entends d'abord tous les fidèles, afin que nous com­prenions bien et c'est peut-être aujourd'hui plus urgent que jamais, que l'unité du peuple de Dieu ne se fait pas sur la base d'une mentalité de mercenaires dans laquelle nous essaierions de nous arracher les uns les autres à nos propres idées, à nos propres convictions humaines, mais que cette unité du peuple de Dieu requiert sans cesse une purification de notre cœur, de notre orgueil, pour que nous sachions découvrir que l'unité du peuple de Dieu vient du Seigneur Lui-même.

Et qu'ensuite, dans un temps particulièrement grave comme le nôtre, par la crise du sacerdoce, nous ayons à cœur de prier pour tous les ministres, pour tous ceux qui ont la charge du peuple de Dieu, ceux qui, sans aucune raison de vertu, de prééminence per­sonnelle, sont appelés par Dieu à signifier au peuple que l'unité vient de Jésus mort et ressuscité. Que ceux-là vivent vraiment cet appel, dans leur pauvreté, en reconnaissant avec humilité, mais aussi dans la joie et dans la grandeur de servir leurs frères parce qu'ils sont investis du ministère de l'unité du troupeau.

 

 

AMEN

 

 
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