AU FIL DES HOMELIES

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GARDER POUR ENVOYER !

Ep 3, 14-21 ; Jn 17, 11 d-19

Samedi de la sixième semaine de Pâques – C

(26 mai 2001)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

E

n relisant avec vous cet évangile, je me disais qu'il est bâti sur deux mouvements en tensions contradictoires, et que l'Église et la tradition chrétienne ont trop souvent mal compris. Jésus au moment de quitter ce monde, parle à son Père de ses disciples et il dit : "Garde-les". Garder ! Jésus se donne Lui-même comme le gardien, Il a gardé les disciples sauf celui qu'Il ne pouvait pas garder, comme par hasard, il y en a un qui lui a échappé. Donc, le Christ n'arrive pas à tout garder. Est-ce à cause de cette crainte que l'Église à certains moments est devenue une gardienne farouche, scrupuleuse, obsessionnelle, toujours garder, toujours préserver, toujours maintenir, toujours répéter l'identique, toujours faire la même chose. Le gardiennage est une chose redoutable. Cela peut être le maintien de l'identité dans le formol, cela peut être la répétition comme pour s'assurer que le temps ne passe plus, que le temps ne s'écoule plus, que l'on est pris dans une sorte de fixité, de rigidité, comme ces cadavres qui sont pris dans la glace. C'est vrai quand on regarde l'histoire de l'Église, quand on regarde aussi certains de nos comportements, nous ne sommes pas à l'abri de ce gardiennage-là, de cette espèce de fixité, de ce souci de l'identique, qui fait qu'au bout d'un certain temps on conserve le même pour le même.

Et pourtant, quand Jésus parle à son Père, Il parle d'une autre dimension. Il veut garder les disci­ples, mais pourquoi les garde-t-Il ? Il les garde pour les envoyer. Étrange attitude : garder, pour envoyer. A vues humaines, cela nous paraît contradictoire, parce que si on garde, on n'envoie pas, on garde pour soi, et pourtant ici, le Christ Lui-même dit : "Je ne puis pas les garder pour les maintenir en Moi, puisque Moi-même j'ai été envoyé par Toi, J'ai été envoyé hors de Toi sans le monde. Donc la véritable manière pour Moi de garder les disciples, c'est de les envoyer dans le monde". Ici le souci qu'a le Christ de garder ses disciples, prend une tout autre dimension on n'a pas une dimension de préservation de l'identité, mais cette dimension de l'envoi, de la mission. L'Église sera toujours envoyée dans le monde, et malheur à elle si elle l'oublie. L'Église sera toujours envoyée au-delà et presque en-dehors d'elle-même. C'est cela qui est l'objet de la foi, c'est de croire qu'effectivement si l'Église est projetée au-delà et en-dehors d'elle-même, en réalité, elle n'y perd pas son identité, mais elle la retrouve. "Celui qui veut garder sa vie la perd, celui qui accepte de la perdre par l'envoi et la mission, la trouvera".

Frères et sœurs, qui peut assurer une telle tension dans la vie de l'Église ? C'est pour cela que le Christ a donné l'Esprit. L'Esprit n'est pas simplement un Esprit de conservation, ou un Esprit conservateur, comme on fait maintenant pour les aliments, pour qu'ils restent toujours sous cellophane, à température constante et sans risque de dégénérer. L'Esprit n'est pas un conservateur dans ce sens-là. Il est un défen­seur. Il est donné à l'Église dans sa confrontation permanente et son envoi dans le monde. C'est pour cela que l'Esprit est si nécessaire, c'est pour cela qu'à un certain moment, un cléricalisme a cru qu'il pouvait se passer de l'Esprit parce qu'il était capable de se garder lui-même, et là, c'est le début de la catastrophe.

Demandons dans cette semaine où nous prions l'Esprit, de nous remettre dans cette véritable tension qui existe entre le fait d'être gardés par et dans le Christ, mais gardés pour être envoyés dans le monde au service de nos frères, à la rencontre de nos frères, dans la puissance de l'Esprit.

 

 

AMEN

 

 
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