AU FIL DES HOMELIES

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 ET POURTANT, ÇA TIENT !

Rm 5, 1-11 ; Jn 17, 1-11c

(18 mai 2007)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Le combat

F

 

rères et sœurs, la manière dont saint Paul introduit dans la première lecture que nous avons entendu tout à l'heure, l'épître aux Romains, cette dimension de la vie de l'Esprit dans l'existence chrétienne est extrêmement intéressante. En effet, on pourrait s'attendre à ce que saint Paul dise immédiatement : l'Esprit c'est la puissance que les apôtres ont reçue au Cénacle, et que nous-même nous avons reçue par l'imposition des mains et qui nous a envoyé prêcher. Or, vous l'avez remarqué, il n'en est rien. Saint Paul ne prêche pas l'Esprit à travers une expérience de puissance, mais au contraire, à travers une expérience spirituelle de défaillance, et de ce qu'il appelle des tribulations (c'est le mot qui a donné "travail", c'est le supplice parce que dans l'Antiquité le travail était considéré comme un supplice).

Ici, saint Paul explique que c'est parce qu'il est dans les tribulations qu'il connaît les épreuves, les souffrances, et il sait que les tribulations, ces épreuves, produisent la constance, et la constance une vertu éprouvée, et la vertu éprouvée l'espérance. C'est un procédé assez classique dans l'Antiquité, quand on veut expliquer les comportements humains, les vertus, on énumère les vertus les unes après les autres comme si elles s'engendraient comme des perles sur un collier. C'est un peu artificiel, mais on voit quand même assez bien ce qui est la ligne de pensée de saint Paul, c'est de partir des épreuves, des moments difficiles, pour arriver au fait de tenir dans les moments pénibles, c'et la constance, et la constance qui produit finalement l'espérance. Le point de départ de Paul, et c'est cela qui m'intéresse, pour lui, son existence est d'abord une sorte de solidité, de fil conducteur au fil du temps, à travers les épreuves. Il dit qu'à ce moment-là, cela produit la constance, le fait de tenir bon, et on a là tous les éléments de ce qui va devenir plus tard la théologie de la vie chrétienne comme combat, la fidélité, ce qui donnera par exemple au baptême les exorcism es, l'huile de la force qui permet de tenir dans le combat. Mais ici, et c'est là tout à coup que Paul ouvre la perspective : "l'espérance ne déçoit point parce que l'amour de Dieu s'est répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous fut donné". Pour Paul l'expérience de l'Esprit dans l'Église, soit pour lui, soit pour sans doute l'Église de Rome à laquelle il s'adresse et aux autres Églises qu'il a connues, c'est le fait que dans la constance même et dans la tenue en patience, en endurance de l'Église, se manifeste la force de l'Esprit.

La plupart du temps on pense que l'expérience de l'Esprit pour les premiers chrétiens, ce sont les charismes à Corinthe : tous les gens un peu déjeantés qui tapent dans les mains et qui crient Alleluia. C'est un phénomène très partiel vis-à-vis duquel saint Paul est assez méfiant. Pour lui, l'expérience de l'Esprit n'est pas d'abord cette excentricité de comportement qui ne ressemble à rien de ce qui est l'habituel de la vie humaine, mais l'expérience de l'Esprit, c'est au contraire la constance et la patience dans les épreuves et ce qui fait que ça tient.

Je crois que c'est très important dès le premier jour où nous nous préparons à la Pentecôte, la première expérience de l'Esprit, c'est l'endurance, la constance. On s'aperçoit qu'à travers la vie chrétienne, à travers la grâce du baptême qu'on a reçu, rien n'est évident, il y a beaucoup de choses contraires. Evidemment, la réaction spontanée, c'est de se plaindre. Aujourd'hui, tout le monde se plaint, c'est à la mode. Paul ne se plaint pas des tribulations, il dit que cela produit la constance, et la constance ne déçoit pas parce qu'elle ouvre à l'espérance et l'espérance c'est le sceau même de la vie de l'Esprit dans notre propre existence de chrétien. C'est très intéressant que les premières communautés chrétiennes aient pu découvrir ainsi le rôle de l'Esprit. Ce n'est pas simplement comme on le dit souvent une sorte de puissance occulte qui téléguide le comportement, c'est ce qui fait tenir.

Vous soyez alors tout ce qu'on peut en tirer pour notre propre vie spirituelle. La vraie dimension de l'Esprit en nous, c'est d'abord cette endurance et cette patience. C'est cela l'Église. Evidemment dans le monde, elle est un peu maltraitée et de temps en temps elle subit les tribulations décrites par saint Paul. C'est vrai aussi qu'elle vise aussi souvent à se mettre à l'abri et de construire la clôture électrique autour d'elle, mais il demeure qua fondamentalement l'Église vit une existence exposée. Le signe même de l'Esprit c'est le fait que ça tient malgré toutes les épreuves. Et dans notre propre vie spirituelle, c'est vrai qu'à tout moment nous pouvons éprouver cette fragilité intérieure et ça pourrait craquer, ça pourrait s'effondrer, et pourtant, ça tient.

Je crois que c'est cela l'Esprit. La première expérience de l'Esprit, c'est "et pourtant, ça tient". Pour nous, c'est l'occasion de relire notre propre vie spirituelle, notre vie avec Dieu, et de nous dire: effectivement, au fil des jours, au fil des mois, au fil des années, à certains moments se met la lassitude, à certains moments s'introduit la plainte, et pourtant, ça tient !

 

AMEN

 

 

 

 
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