AU FIL DES HOMELIES

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LA GLOIRE

Rm 5, 1-15 ; Jn 17, 1-11 c

(16 mai 1980)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

L

 

a prière que l'Église va nous faire lire aujourd'hui, et encore dimanche, c'est une prière par laquelle le Christ demande à son Père la gloire. Et cela nous invite à réfléchir sur cette image, ce mot de gloire qui revient si souvent dans l'Écriture, dans l'Ancien Testament comme dans le Nouveau Testament et dans la bouche même du Christ, ainsi que dans la liturgie.

Pour nous, le mot "gloire" évoque plutôt le rayonnement de la lumière, l'éclat, la splendeur, et cette image n'est pas fausse. Mais dans l'étymologie de la langue même de l'Ancien Testament, le mot gloire évoque plutôt l'image d'un poids, d'une densité. La gloire c'est la pensée de Dieu, c'est-à-dire l'intensité, la force de sa présence. La gloire de Dieu, c'est le fait qu'Il est là, inéluctablement avec la force, la puissance et la densité d'un roc, autre image que l'Ancien Testament aime prendre pour parler de Dieu. Ce poids de Dieu, le poids de sa présence, c'est aussi, comme Jésus nous le révèle, le poids de son amour. Et saint Augustin a une très belle expression quand il dit que, à la différence des choses matérielles dont le poids nous entraîne vers le bas, le poids de Dieu, le poids de son amour, au contraire, attire vers le haut. Oui, l'amour de Dieu est comme une force d'attraction. En réalité, nous savons que la poussée des choses matérielles les entraîne vers le bas, et il résulte de cette force de la gravitation universelle, l'attraction des corps les uns par rapport aux autres. Ici l'image se fait encore plus immédiate : c'est l'attraction que Dieu exerce sur toutes choses qui ne les entraîne pas vers le centre de la terre, mais vers le centre du cœur de Dieu.

Oui, le poids de Dieu, le poids de son amour est une force qui nous aspire vers Lui. C'est dire que cette gloire, dont parle le Christ, qu'Il demande à son Père, et qu'Il veut aussi nous communiquer, cette gloire du Christ, ce n'est pas autre chose que l'amour même de Dieu, que la force d'attraction universelle, de gravitation de tout l'univers, en profondeur, qui est l'Amour même de Dieu, c'est-à-dire l'Esprit Saint. Car l'Esprit, c'est ce jaillissement d'amour entre le Père et le Fils, qui, du Père à travers le Fils se répand dans nos cœurs, comme vient de nous le dire saint Paul. L'Esprit, c'est la force qui fait vivre, qui fait se mouvoir, qui fait exister et qui attire toutes choses dans l'univers. Il n'y a que cette réalité, en profondeur. Il n'y a, en vérité, que cette force dans l'univers : l'Amour de Dieu, qui, jailli de son cœur, a fait surgir toutes les créatures et qui les ramène, avec une puissance invincible, vers son cœur.

Et cet Esprit Saint, c'est celui qui déjà au cours de l'Ancien Testament, s'est manifesté justement, comme la gloire de Dieu, comme cette nuée qui recouvrait le Sinaï, car cette nuée qui recouvrait le Sinaï au moment où Dieu voulait parler à Moïse, c'était l'affirmation de la présence de Dieu, l'affirmation de la force de Dieu, et déjà l'Esprit de Dieu qui prenait Moïse et tout le peuple sous son ombre. La gloire de Dieu, c'est encore cette nuée qui a recouvert la Vierge Marie quand l'Esprit Saint est venu façonner en son sein, la chair du Fils de Dieu, de Jésus. Et c'est cette même gloire qui, au jour de Pentecôte, sous la forme d'un feu, est descendue sur les apôtres pour remplir leur cœur d'un amour immense, infini qui, comme un feu, va se répandre à travers le chaume, à travers l'humanité tout entière, de broussaille en broussaille, d'être en être, pour que toutes les générations en soient embrasées.

Telle est l'œuvre de l'Esprit. Œuvre mystérieuse, souvent invisible, car l'amour est loin de régner sur la terre, car le cœur des hommes est loin d'être embrasé par cet amour, et que notre propre cœur est encore terriblement tiède, et pauvre, et replié sur lui-même. Pourtant, cette puissance d'amour de Dieu est à l'œuvre, en nous, autour de nous, en nos frères, partout. Il faut que nous sachions discerner cette présence, que nous sachions activer sa force vivifiante, car l'Esprit ne veut pas agir sans nous. Il nous est donné pour que nous le répandions, pour que nous soyons les témoins, les hérauts de cet Esprit Saint, pour que cet amour de Dieu, à travers nous devienne toujours plus fort, plus brûlant, pour que toutes choses enfin trouvent leur sens et leur fin en réintégrant ce cœur de Dieu où Jésus nous précède dans la gloire du Père.

 

AMEN

 
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